Driss Benchikh : « l’IGOC 2026 offre un statut unique et ultra-flexible aux Marocains du Monde »

Interviewé par Lamiae Boumahrou I
À l’heure où les transferts des MDM atteignent des niveaux historiques et où le Royaume renforce son attractivité auprès de sa diaspora, l’Office des Changes poursuit l’adaptation de son cadre réglementaire pour faciliter l’investissement, la mobilité des capitaux et l’intégration économique des MRE. Dans cet entretien, Driss Benchikh, directeur de l’Office des Changes revient sur les principales avancées introduites par l’Instruction Générale des Opérations de Change 2026 (IGOC 2026), les nouvelles facilités offertes aux entrepreneurs de la diaspora ainsi que les mesures destinées à orienter davantage les flux des MRE vers l’investissement productif et innovant au Maroc.
EcoActu.ma : Comment la nouvelle IGOC 2026 simplifie-t-elle l’accès des MDM au régime de convertibilité pour le rapatriement des bénéfices et du produit de cession de leurs investissements au Maroc ?
Driss Benchikh : Reconnaissant le rôle déterminant des Marocains du Monde dans le développement économique national et la consolidation des équilibres extérieurs, l’Office des Changes a progressivement mis en place un cadre réglementaire spécifique, fondé sur la souplesse, la flexibilité et l’attractivité.
La réglementation des changes accorde, ainsi, aux Marocains Résidant à l’Étranger un statut particulier leur permettant de cumuler les avantages réservés aux résidents marocains et ceux octroyés aux non-résidents.
Dans ce cadre, les MRE peuvent, notamment, ouvrir des comptes en devises ou en dirhams convertibles auprès des banques marocaines, accéder au financement bancaire en dirhams pour l’acquisition ou la construction de biens immobiliers, transférer les revenus de travail perçus au Maroc ainsi que régler diverses dépenses personnelles, notamment liées à la scolarité, au commerce électronique, aux soins médicaux ou aux voyages.
S’agissant des investissements réalisés en devises ou en dirhams convertibles au Maroc, la réglementation des Changes garantit aux MRE la possibilité de transférer les revenus générés ainsi que le produit de cession ou de liquidation, y compris les plus-values, sans limitation de montant et sans exigence préalable de déclaration ou d’enregistrement auprès de l’Office des Changes. La seule condition requise consiste à justifier le financement initial en devises ou en dirhams convertibles.
L’Instruction Générale des Opérations de Change 2026 (IGOC 2026) a renforcé davantage ce dispositif en assouplissant les conditions d’accès au financement immobilier en dirhams au profit des MRE et des étrangers non-résidents. Les banques marocaines peuvent désormais financer jusqu’à 80 % de la valeur du bien acquis, contre 70 % auparavant, sans limitation du nombre de biens pour les MRE.
Ce régime avantageux traduit la volonté de l’Office des Changes de renforcer l’attractivité du Maroc auprès des Marocains du monde, de fluidifier leurs opérations en devises et de consolider la confiance dans le cadre réglementaire et financier national.
Quelles sont les nouvelles facilités accordées par l’Office des Changes pour l’ouverture et la gestion de comptes en devises ou en dirhams convertibles pour les entrepreneurs de la diaspora qui s’installent temporairement au Maroc ?
La réglementation des changes prévoit plusieurs facilités au profit des Marocains Résidant à l’Étranger qui s’installent temporairement au Maroc dans le cadre de leurs activités professionnelles. Les MRE recrutés directement par une entité résidente ou non-résidente et détachés au Maroc peuvent, ainsi, transférer librement les revenus salariaux perçus au titre de leurs activités exercées au Maroc.
Les revenus transférables comprennent, également, les pensions de retraite perçues au Maroc, les soldes de tout compte ainsi que les indemnités de licenciement versées par des employeurs marocains. Les Marocains du Monde peuvent aussi détenir des comptes en devises ou en dirhams convertibles à créditer librement de fonds rapatriés ou de fonds ayant le caractère transférable et à débiter librement des dépenses en devises ou en dirhams.
Par ailleurs, les ressortissants ayant transféré leur résidence fiscale au Maroc dans le cadre de la loi n°63-14 conservent l’ensemble des droits attachés à leur statut antérieur, sous réserve de la déclaration de leurs avoirs détenus à l’étranger, qu’il s’agisse de biens immeubles, d’actifs financiers ou de liquidités.
La réglementation des changes leur garantit, à ce titre, la pleine liberté de disposition de leurs avoirs à l’étranger. Ils peuvent notamment garder les liquidités dans les comptes bancaires à l’étranger, les transférer au Maroc et les loger dans des comptes EX-MRE et encore les retransférer à l’étranger.
Les Ex-MRE peuvent également transmettre, par voie successorale ou par donation, les biens et actifs déclarés, ainsi que procéder au règlement des frais de gestion et des échéances de crédit liés aux biens immeubles détenus à l’étranger.
Ce cadre vise à accompagner le retour des compétences marocaines à travers un environnement réglementaire clair et prévisible, favorisant ainsi leur intégration économique et la bonne gestion de leur patrimoine.
Alors que les transferts des MDM ont frôlé des records historiques fin 2024 (119 milliards de dirhams) et poursuivi leur progression en 2025, quelles mesures l’Office des Changes prend-il pour encourager l’orientation de ces flux vers l’investissement productif plutôt que vers l’épargne ou l’immobilier ?
Les transferts des Marocains Résidant à l’Étranger continuent d’afficher une dynamique particulièrement soutenue, confirmant leur rôle stratégique dans le soutien des équilibres extérieurs du Royaume et dans le financement de l’économie nationale. Après avoir atteint 95,5 milliards de dirhams en 2021, les recettes MRE ont enregistré une progression significative pour s’établir à 110,8 milliards de dirhams en 2022, soit une hausse de plus de 15 milliards de dirhams en une année. Cette tendance haussière s’est poursuivie en 2023, avec un niveau de 115,2 milliards de dirhams, avant d’atteindre 119 milliards de dirhams en 2024.
À fin Décembre 2025, les transferts des MRE ont franchi un nouveau palier historique pour atteindre 122 milliards de dirhams soit une progression de 2,6 % correspondant à une augmentation de plus de 3 milliards de dirhams par rapport à 2024. A fin Mars 2026, les transferts effectués par les Marocains Résidant à l’Étranger se sont établis à 29,7 milliards de dirhams, contre 26,6 milliards de dirhams à la même période de l’année précédente, enregistrant ainsi une progression de 11,7 % ou +3,1 milliards de dirhams.
Cette évolution traduit non seulement la résilience des transferts des Marocains du Monde face au contexte économique international, mais également la solidité des liens économiques, sociaux et patrimoniaux qui les unissent au Maroc.
Dans ce contexte, l’Office des Changes poursuivra ses efforts pour renforcer l’orientation progressive de ces flux vers l’investissement productif et créateur de valeur en misant sur l’innovation réglementaire et l’anticipation des évolutions économiques. L’objectif est de favoriser davantage l’investissement des MRE dans les secteurs productifs, notamment à travers la création d’entreprises, les prises de participation dans les startups marocaines, les projets industriels, technologiques et innovants.
Dans le cadre de l’allégement de la charge documentaire, quelles obligations existent pour un MRE qui souhaite injecter ses fonds en capital d’une startup marocaine ?
Le régime applicable aux investissements étrangers au Maroc garantit aux investisseurs étrangers, qu’ils soient personnes physiques ou morales, résidents ou non-résidents, ainsi qu’aux Marocains Résidant à l’Étranger, la possibilité de réaliser librement des opérations d’investissement au Maroc, sans autorisation préalable ni formalité d’enregistrement auprès de l’Office des Changes. Les investissements peuvent prendre différentes formes, notamment la création de sociétés, la prise de participation dans des entreprises marocaines, la souscription à des augmentations de capital, les avances en compte courant d’associés ou encore la création de succursales.
Lorsqu’ils sont financés en devises ou en dirhams convertibles, ces investissements bénéficient du régime de convertibilité garantissant le libre transfert des revenus générés ainsi que le rapatriement intégral du produit de cession ou de liquidation, y compris les plus-values réalisées. Dans le cadre de l’allégement de la charge documentaire, aucune déclaration préalable auprès de l’Office des Changes n’est exigée. La seule obligation consiste à pouvoir justifier le financement initial en devises ou en dirhams convertibles.
Les justificatifs correspondants sont conservés par l’investisseur, la banque, l’expert-comptable ou le notaire et sont présentés à l’établissement bancaire au moment du transfert des revenus ou du produit de cession. Cette approche vise à simplifier davantage le parcours de l’investisseur, à fluidifier les opérations et à renforcer l’attractivité du Maroc pour Marocains du monde souhaitant participer au financement de l’économie nationale.



