🎥Capital investissement : un levier transformationnel de l’économie qui voit grand

Une étude identifiant les leviers de transformation du Capital Investissement a été présentée en marge de la conférence annuelle, l’Association Marocaine des Investisseurs en Capital (AMIC). Réalisée en partenariat avec Strategy&, il s’agit d’une véritable feuille de route à horizon 2030 qui identifie trois axes prioritaires pour maximiser l’impact du Capital-investissement sur l’économie marocaine. Les détails.
À l’occasion de sa conférence annuelle, l’Association Marocaine des Investisseurs en Capital (AMIC), en partenariat avec Strategy&, a présenté une étude ambitieuse «Private Equity, the New Transformative Path to 2030 ». Ce rapport identifie les leviers de transformation du Capital Investissement et appelle à une mobilisation collective pour faire du secteur un moteur stratégique du développement économique du Maroc.
Cette étude, qui est une vraie feuille de route à horizon 2030, met en lumière les principaux défis et opportunités du secteur du capital-investissement au Maroc, tout en proposant des actions concrètes afin de renforcer et dynamiser l’écosystème à l’horizon 2030. À travers cette initiative, l’AMIC et Strategy& réaffirment leur engagement en faveur d’un développement durable et structurant du Private Equity, en tant que levier de transformation économique du pays.
Un contexte économique marocain particulièrement favorable au développement du Capital-investissement
Le Maroc se trouve dans une phase stratégique de transformation, portée par des fondamentaux macro-économiques solides et un alignement inédit de leviers favorables à l’essor du capital-investissement.
L’objectif fixé par le Nouveau Modèle de Développement de porter à deux tiers la part des investissements privés reflète une volonté claire de rééquilibrer les sources de financement au profit du secteur privé. Cela implique le renforcement des financements alternatifs, une évolution du cadre réglementaire et la structuration d’un environnement plus favorable à l’investissement.
La montée en puissance des PME marocaines, illustrée par une croissance de plus de 30 % du nombre de PME exportatrices entre 2016 et 2022, témoigne d’un tissu productif de plus en plus compétitif à l’international. Ce mouvement est soutenu par un écosystème dynamique, une diversification des régions partenaires, et des capacités industrielles en développement.
L’horizon 2030 constitue un tremplin, avec l’organisation de la Coupe du Monde, la mise en œuvre de grands projets d’infrastructure, ainsi que les différents plans sectoriels ambitieux du Royaume, notamment la transition énergétique (Stratégie Nationale de Transition Énergétique), la transformation industrielle (Plan d’Accélération Industrielle) et le développement digital (Maroc Digital 2030), qui dynamisent l’attractivité du pays, mobilisent les talents, et génèrent des opportunités d’investissement structurantes.
Dans ce contexte, le Capital-investissement s’impose comme un levier essentiel et est appelé à jouer un rôle moteur afin d’accompagner la transformation économique du pays en facilitant le financement, la montée en compétences et la structuration des entreprises.
« Le Maroc connaît un momentum unique sur lequel le Royaume peut s’appuyer pour accélérer le développement du Capital Investissement : solidité des fondamentaux économiques, existence d’un agenda politique et économique extrêmement favorable et riche en projets d’envergure nécessitant de nouvelles sources de financement », explique Jonathan Le Henry, Partner chez Strategy&, Head de la Région Maghreb
Un Capital-investissement marocain en forte accélération, porté par la structuration de l’offre et l’effet catalyseur du Fonds Mohammed VI pour l’Investissement
Porté par ce contexte économique favorable, le Capital-investissement marocain connaît une accélération remarquable, avec des indicateurs en nette progression :
- Le nombre de sociétés de gestion actives a doublé en dix ans, passant de 20 en 2014 à plus de 40 en 2025.
- Les levées de fonds ont triplé sur les deux dernières générations de fonds, atteignant 3,9 milliards de dirhams en 2024. Cette progression amorce un rééquilibrage avec les standards internationaux, avec un ratio ‘levées de fonds/PIB’ en hausse de 0,1 % à 0,2 % (à comparer à 0,2 % en Afrique du Sud et 1,4 % en France).
- Les montants investis ou réinvestis ont également triplé sur la période, traduisant à la fois une montée en puissance du capital-investissement dans le financement de l’économie et un renforcement de la professionnalisation du secteur.
- Le rythme de désinvestissement s’est accéléré, multiplié par trois par rapport à la génération précédente de fonds, signe d’un marché plus mature et liquide.
- Le Fonds Mohammed VI pour l’Investissement joue un rôle de catalyseur structurant, avec un effet multiplicateur estimé à trois, élargissant ainsi la base d’investisseurs et stimulant durablement l’attractivité du secteur.
« Nous avons franchi un cap : notre industrie, jadis marginale, est aujourd’hui un acteur central du financement des entreprises. Mais cette dynamique ne pourra se maintenir que si nous renforçons la base d’investisseurs locaux, diversifions les produits et continuons à structurer un écosystème propice à l’innovation et à la croissance des entreprises. »
Hassan Laaziri, Président de l’AMIC
Un risque croissant de polarisation des investissements, frein à une croissance équilibrée
Malgré la forte croissance du secteur, les opérations sont de plus en plus dominées par des prises de participation minoritaires, passées de 59 % à 94 % des deals en valeur entre 2006-2011 et 2018-2024, limitant ainsi la capacité d’action des investisseurs.
Par ailleurs, l’offre d’investissement reste désalignée avec la structure du tissu économique, concentrée sur les tickets supérieurs à 100 millions ou inférieurs à 10 millions de dirhams. Le segment intermédiaire (20–100 millions) demeure largement sous-adressé, faisant émerger un double risque : limiter l’accès des PME/ETI au financement et négliger un maillon stratégique de la croissance.
Une décennie de réformes structurantes pour lever les freins historiques et consolider le secteur
Les mesures de soutien prises ces dix dernières années ont atténué les points de fragilité initialement rencontrés et favorisé la structuration du secteur :
- Le cadre fiscal relatif au Capital investissement requiert un certain nombre d’ajustements. Ces blocages ont été en partie levés grâce à l’adoption d’une nouvelle loi sur les OPCC alignée sur les standards internationaux, et à l’assouplissement des règles de l’Office des Changes permettant désormais jusqu’à 50 % de financement à l’étranger.
- Certaines stratégies d’investissement restent sous-représentées, un déséquilibre partiellement corrigé par la mise en place de compartiments dédiés au sein du Fonds Mohammed VI pour l’Investissement, visant à orienter les sociétés de gestion vers les tickets inférieurs à 100 millions de dirhams.
- Concernant le financement, la faible mobilisation des investisseurs locaux et le manque de diversification ont été atténués par le lancement du Fonds Mohammed VI pour l’Investissement.
Ces avancées posent les bases d’un écosystème plus mature, mieux outillé pour accompagner la croissance des entreprises marocaines.
Des fragilités persistantes qui freinent encore le plein potentiel du Capital-investissement
Plusieurs éléments de faiblesse continuent de freiner la montée en puissance du Private Equity au Maroc :
- Des blocages fiscaux et réglementaires demeurent, tels que la TVA sur les frais de gestion, l’absence de fiscalité groupe. L’univers d’investissement des OPCC reste encore trop restreint, limitant leur capacité à intervenir.
- Les prises de participation majoritaires, les fonds de dette, le secondaire, le restructuring ou encore les tickets intermédiaires restent sous-exploités voire inexistants.
- La mobilisation des investisseurs locaux reste insuffisante, notamment du côté des institutionnels et des family offices, et le secteur reste fortement dépendant des DFI, malgré une tendance à la baisse. Ces limites montrent qu’un nouveau palier doit être franchi afin de consolider la dynamique vertueuse enclenchée.
« Après de premières réformes extrêmement positives, le Capital-investissement doit, avec le soutien des pouvoirs publics, enclencher de nouvelles réformes pour être au rendez-vous des ambitions de demain. Etendre et diversifier la base d’investisseurs marocains tout en réussissant à attirer de nouveaux investisseurs étrangers constitue la double priorité pour le secteur à court terme. », soutient Jonathan Le Henry, Partner chez Strategy&, Head de la Région Maghreb
Trois axes prioritaires pour maximiser l’impact du Capital-investissement sur l’économie marocaine
L’étude dresse une feuille de route ambitieuse, avec pour objectif d’atteindre un volume de 5 à 6 milliards de dirhams levés annuellement, structurée autour de trois leviers stratégiques : enclencher un cercle vertueux, renforcer la compétitivité du pays, et bâtir un nouveau dialogue public-privé.
Le premier axe vise à dynamiser l’investissement marocain en portant à 70 % la part des institutionnels marocains dans les levées de fonds, tout en élargissant la base d’investisseurs via la mobilisation des family offices. Il s’agit également de faire émerger les champions de l’industrie de demain, en soutenant des entreprises à fort potentiel de croissance.
Le deuxième axe cherche à renforcer l’attractivité de la place marocaine pour les investisseurs internationaux, avec pour objectif de favoriser l’internationalisation des entreprises marocaines via des partenariats et des relais de croissance à l’étranger.
Enfin, le troisième axe appelle à institutionnaliser le développement du capital-investissement à travers un nouveau dialogue public-privé dont l’AMIC serait le catalyseur.
« Le capital-investissement est bien plus qu’un outil de financement. C’est un levier de transformation pour bâtir des entreprises plus solides, plus responsables et plus compétitives. Notre ambition est claire : faire du Private Equity un pilier stratégique du Maroc de demain, au service de la création de valeur, de l’inclusion économique et de la souveraineté nationale. »
Hassan Laaziri, Président de l’AMIC.
Ce plan ambitieux vise une double contribution : renforcer la création de valeur au sein des entreprises et répondre aux grands enjeux socio-économiques du pays.
- Sur le plan micro-économique, il ambitionne de renforcer la performance des entreprises en agissant sur des leviers clés : amélioration de la gouvernance, émergence de champions nationaux, et diffusion des pratiques ESG, essentielles pour bâtir une compétitivité durable.
- Sur le plan macro-économique, il a pour objectif de soutenir la création d’emplois, le développement des compétences, et la stimulation de l’innovation — autant de piliers d’une transformation structurelle.
Au-delà du rendement financier, le plan positionne ainsi le capital-investissement comme un vecteur de progrès économique, de cohésion sociale et de souveraineté nationale.
Un appel à l’action collective
L’AMIC appelle à un engagement commun des investisseurs, des pouvoirs publics et des régulateurs pour faire du Capital-investissement un pilier stratégique du développement économique du Maroc. Avec cette feuille de route, l’AMIC et Strategy& entendent ouvrir une nouvelle page du capital-investissement marocain, plus ambitieuse, plus inclusive et tournée vers l’avenir.
