Retraite : quid de l’horizon de viabilité faute de réforme ?

Les régimes de retraite de base ont continué, en 2025, d’enregistrer des déséquilibres structurels, malgré une amélioration temporaire de certains indicateurs financiers à la suite des augmentations salariales issues du dialogue social du 29 avril 2024. La réforme systémique du secteur, fondée sur la mise en place de deux pôles public et privé demeure indispensable pour résorber une grande partie des engagements non couverts et assurer la soutenabilité financière des régimes à long terme.
Les cotisations des régimes de retraite, collectées auprès d’une population de 5,1 millions de cotisants, ont atteint 73,0 Mds de DH en 2025, en hausse de 9,3% par rapport à 2024.
Les prestations, qui ont bénéficié à 1,5 million de pensionnés, ont enregistré, quant à elles, une progression de 5,8% et se sont élevées à 75,3 Mds de DH, selon le Rapport de stabilité financière de l’exercice 2025.
Les cotisations du régime CMR-RPC ont enregistré une hausse de 11,7% pour se situer à 35,6 Mds de DH contre 31,9 Mds de DH en 2024. Cette progression est portée par la mise en œuvre de la seconde échéance de l’augmentation salariale du dialogue social, à partir de juillet 2025. Les prestations du régime ont progressé de 4,7% atteignant 41,1 Mds de DH.
Le déficit technique s’est ainsi résorbé, passant de -7,3 Mds de DH à -5,4 Mds de DH. Grâce à un solde financier de 3,6 Mds de DH, le solde global du régime s’est amélioré pour atteindre -2,0 Mds de DH au lieu de -4,1 Mds de DH en 2024.
Le régime RCAR-RG a également enregistré une progression notable de ses cotisations en hausse de 8,7% pour atteindre 3,8 Mds de DH. Cette évolution s’explique également par les revalorisations salariales opérées au sein des établissements publics, ainsi que pour les agents non titulaires de l’État et des collectivités territoriales.
Les prestations ont, quant à elles, progressé de 3,6% pour s’établir à 8,4 Mds de DH. Le déficit technique du régime est resté quasi stable aux alentours de -4,5 Mds de DH.
Toutefois, et grâce à un solde financier de 4,9 Mds de DH, le régime a enregistré un solde global du régime excédentaire de 221 MDH.
La branche long terme de la CNSS a enregistré, en 2025, un excédent global de 2,4 Mds de DH en retrait par rapport à 4,0 Mds de DH enregistrés en 2024.
Les cotisations collectées ont atteint 20,3 Mds de DH, en hausse de 5,2% par rapport à 2024, tandis que les prestations se sont élevées à 18,3 Mds de DH, en progression de 8,8%, pesant sur le solde technique qui s’établit à 2,0 Mds de DH contre 2,4 Mds de DH en 2024.
En ce qui concerne la CIMR, le régime a enregistré en 2025 une hausse des cotisations de 9,9%, s’élevant à 13,2 Mds de DH.
Les prestations ont progressé à 7,5 Mds de DH, soit une hausse de 7,2%. Cette dynamique a permis une amélioration du solde technique, qui progresse de 4,9 Mds de DH à 5,7 Mds de DH. Combiné à un solde financier de 4,1 Mds de DH, le solde global du régime s’établit à 8, Mds de DH, en progression de 8,0% par rapport à 2024.
Les réserves constituées par les régimes de retraite ont atteint 340,827 Mds de DH à fin 2025, en augmentation de 4,3% par rapport à 2024. Sur les cinq dernières années, ces réserves ont enregistré une progression annuelle moyenne de 1,5%. Hormis les dépôts auprès de la CDG de la branche long terme de la CNSS d’un montant de 69,0 Mds de DH, ces réserves sont représentées à hauteur 54,3% de titres de taux, de 33,9% d’actions et parts sociales et de 10,7% de placements immobiliers.
Les projections financières des deux régimes du pôle public sur la base des données de l’exercice 2025 confirment les prévisions précédentes.
Pour le régime CMR-RPC, l’horizon de viabilité se situe entre 5 et 6 années. En outre, si les flux financiers supplémentaires induits par les augmentations des salaires n’ont pas permis d’allonger significativement l’horizon de viabilité du régime, ils ont, néanmoins, contribué à améliorer ses indicateurs d’équilibre à long terme. En effet, le taux de cotisation d’équilibre se situerait à 32% contre 35% avant les augmentations salariales, soit quatre points de plus par rapport au taux de cotisation en vigueur au lieu de 7 points auparavant. Par ailleurs, le régime bénéficie également d’une tarification équilibrée, instaurée à la suite de la réforme paramétrique de 2016.
Le régime du RCAR-RG bénéficie d’un horizon de viabilité relativement confortable de 29 ans, soutenu notamment par une assise financière importante et renforcée par les récentes revalorisations salariales.
Toutefois, ces augmentations, combinées à la sous-tarification structurelle du régime, induisent une dégradation des indicateurs d’équilibre à long terme. Dans ce contexte, le retard de la mise en place de la réforme systémique du pôle public risque de réduire les marges de manœuvre disponibles et d’accroitre le coût de sa mise en œuvre.
Les évaluations prospectives de la branche long terme de la CNSS révèlent un horizon de viabilité limité à 10 ans et un taux de préfinancement de 58%, traduisant une sous-tarification structurelle des droits octroyés.
La préservation de la viabilité financière à long terme de cette branche nécessite la mise en place d’ajustements paramétriques portant notamment sur le taux de cotisation, l’âge de départ à la retraite et l’adaptation du mécanisme d’acquisition des droits.
En ce qui concerne la CIMR, les évaluations actuarielles confirment la viabilité de la caisse sur l’ensemble de l’horizon des projections, ses réserves poursuivant leur tendance haussière.
