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Economie

Le cash en circulation au Maroc : 28% du PIB, ça interpelle !

cash

Ecrit par Soubha Es-Siari I

Au Maroc, le cash c’est 28% du PIB en circulation. C’est trop. Les dispositions contenues dans les lois de finances se caractérisant par le plafonnement des transactions cash auprès des commerçants n’ont pas eu les effets escomptés. D’autres mesures méritent d’être mises en place pour contourner le problème dans ses multiples facettes.

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La persistance du cash inquiète le Wali de BAM qui à l’occasion de chaque conseil met le doigt sur cette plaie qui fait trop mal à l’économie marocaine. L’accumulation du cash interpelle à un moment où les technologies de l’information progressent à une vitesse grand V. A l’occasion du dernier conseil de BAM tenu ce 24 septembre, Abdellatif Jouahri a donné l’exemple de deux pays notamment l’Egypte et le Kenya qui souffrent au même titre que le Maroc du poids inquiétant de l’informel. Et pourtant le cash représente respectivement 2% et 12% du PIB au Kenya et en Egypte. Au moment où le cash représente 28% du PIB au Maroc. Il est l’un des pays où le poids du cash est très important.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. L’analyse de l’agrégat monétaire montre que la progression de la demande des moyens de paiements (5,3%) est tirée par la composante fiduciaire (+8,1%), suivie par celle de la composante scripturale (+6,3%), des Placements à vue (+5,3%) et des Autres Actifs Monétaires (+1,1%).

Source : Bank Al-MaghribDans l’ensemble, il paraît que cette dynamique en faveur du cash est encore plus soutenue au terme du quadrimestre de cette année 2024. Elle est dans la lancée de la forte hausse enregistrée depuis l’éclatement de la crise sanitaire en 2020 comparativement aux années couvrant la période 2010-2018.

Au-delà des chiffres susmentionnés, la question qui mérite d’être posée est la suivante : quelles sont les raisons de cette forte préférence des marocains pour le cash ?

De prime abord, il faut rappeler que dans une économie telle que la nôtre où prédomine le secteur de l’informel, un bon nombre d’entreprises préfèrent en effet réaliser une grande partie de leurs activités marchandes en recourant « au noir » sans laisser aucune trace comptable. Autrement dit, cette préférence pour le cash est souvent drivée par l’évasion fiscale. D’autres plus dangereux recourent « au noir » pour se lancer ensuite dans des opérations de blanchiment en achetant des actifs immobiliers ou bien transférer les fonds ainsi détournés vers l’étranger pour des raisons qui souvent sont en violation avec la loi en vigueur au Maroc.

Selon une étude réalisée dans le département de recherche de BAM, la demande de cash non transactionnel qui se situait autour de 20% au début des années 2000 fluctuerait durant les années post pandémie entre 60% et 80% de la valeur des billets de 100 DH et 200 DH en circulation. Si une partie important de cet encours au cash sert à alimenter l’économie informelle, l’autre partie, compte tenu des structures économiques non monétarisées notamment en milieu rural et au niveau de certaines couches de la population urbaine non bancarisée sert à répondre au motif de transaction. C’est pour dire le rôle que joue la bancarisation dans l’éradication du cash. Dans certains pays développées où la bancarisation est de 100% telle que la Suède, le cash est inexistant.

Les pays à développement comparable ont pris à bras le corps la problématique  et ont mis en place des mesures à même de mettre un terme au cash. Certains à travers le développement de nouvelles technologies de l’information via le mobile bancaire et d’autres par le biais de mesures administratives contraignantes.

Au Maroc, les dispositions contenues dans les lois de finances se caractérisant par le plafonnement des transactions cash auprès des commerçants n’ont pas eu les effets escomptés. D’autres mesures méritent d’être mises en place pour contourner le problème dans ses multiples facettes d’autant plus que le Marc se prépare à lancer le e-dirham. Un projet qui parait trop ambitieux à l’heure actuelle pour l’économie nationale qui n’arrive pas à se débarrasser du cash ou du moins à le réduire.

Au lendemain du conseil, la banque centrale a annoncé dans un communiqué une mesure qualifiée d’une réelle avancée par les opérateurs. Il s’agit du plafonnement des frais d’interchange fixée désormais à 0,65% contre 1,2%. Ledit communiqué précise que les commissions sur paiement par carte ne peuvent être refacturées par les commerçants aux consommateurs et de ce fait n’affectent pas le prix des biens ou services concernés par ces transactions.

D’après un opérateur : « La mesure est significative et devrait donner un sacré coup de pouce au développement du paiement par carte bancaire dans notre pays ». Cette mesure peut être considérée comme étant incitative visant la promotion du paiement digital. D’autres mesures doivent suivre dans le cadre de la stratégie numérique Maroc Digital 2030 dévoilée ce mercredi 24 septembre par le ministère de tutelle. Autrement, l’économie marocaine continuera à pâtir de ce phénomène dont l’amplification ne serait pas exempte d’impact aussi bien sur le plan économique que politique.

Encadré : L’encours du cash avoisine les 24% du stock monétaire

A fin décembre 2023, l’encours des ‘’Billets et Monnaies en Circulation’’ (BMC) ressort à presque 413 Mds de DH, avec un poids pondéral approchant les 24% dans le total de la masse monétaire au sens de M3 pour un flux additionnel de plus de 40 Mds de DH, soit le deuxième pic après celui de 52,5Mds de DH enregistré en 2020 dans le contexte de la crise de la pandémie au covid19. Analysé dans une optique de long terme, le stock de moyens de paiements au sens de M3 culmine à fin décembre de l’année écoulée à 1.751 Mds de DH contre 892 Mds de DH en 2010, soit un coefficient multiplicateur de 1,96 correspondant à un doublement des moyens de paiement ou une hausse annuelle moyenne de 5,3%.


Lire également : Interchange monétique domestique : BAM plafonne les frais à 0,65% de la valeur de la transaction

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