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Société

Eradication du travail des enfants : le CESE plaide pour une politique publique intégrée

enfants cese

Le Conseil économique, social et environnemental (CESE) a organisé, ce mercredi à son siège à Rabat, un atelier de restitution consacré à la présentation de son avis intitulé “Pour une politique publique effective d’éradication du travail des enfants au Maroc”.

Cet avis s’inscrit dans un contexte marqué par les avancées importantes réalisées par le Royaume, sous la conduite éclairée de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, que Dieu L’assiste, en matière de protection de l’enfance et de promotion des droits de l’enfant, indique un communiqué du CESE.

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Sa restitution intervient également quelques semaines après la célébration de la Journée mondiale contre le travail des enfants, le 12 juin, ainsi que le lancement, sur orientations de Son Altesse Royale la Princesse Lalla Meryem, Présidente de l’Observatoire national des droits de l’enfant, de la campagne nationale “Non au travail des enfants” qui rappelle la nécessité de poursuivre les efforts de prévention, de protection et de mobilisation de l’ensemble des acteurs.

À cette occasion, le Président du CESE, Abdelkader Amara, cité par le communiqué, a souligné que le Maroc a accompli, au cours des dernières décennies, des progrès significatifs dans la lutte contre le travail des enfants grâce aux réformes législatives, institutionnelles et sociales engagées ainsi qu’à l’adoption d’une feuille de route nationale visant son éradication à l’horizon 2030, conformément au cadre normatif national et aux conventions internationales ratifiées par le Royaume.

Ces efforts ont permis de réduire de plus de 80 % le nombre d’enfants âgés de 7 à 17 ans exerçant une activité économique entre 1999 et 2024, celui-ci atteignant 101.000 en 2024. Pour autant, les formes les plus préoccupantes du travail des enfants subsistent, notamment les travaux dangereux, le travail domestique, certaines situations de travail forcé, de mendicité organisée et d’exploitation sexuelle, précise la même source.

Le Président du Conseil a relevé que la persistance de ce phénomène résulte de plusieurs facteurs complexes et multidimensionnels, parmi lesquels la vulnérabilité économique et sociale de certains ménages, les ruptures des parcours éducatifs, le poids de l’économie informelle, les disparités territoriales ainsi que certaines représentations socioculturelles liées au travail précoce, particulièrement en milieu rural.

Il a rappelé que son éradication ne saurait reposer sur la seule application des dispositions légales mais exige une action résolue sur les causes structurelles qui l’alimentent et une mobilisation convergente de l’ensemble des acteurs concernés.

Le Conseil fonde son approche sur un principe essentiel: la place naturelle de l’enfant, après la famille, est l’école ainsi que les espaces d’éducation, de formation et de socialisation. Toute activité économique exercée en dehors de ce cadre, sans finalité éducative ou formative, doit être proscrite.

Cette exigence implique également de garantir aux familles les conditions économiques et sociales nécessaires pour permettre aux enfants de poursuivre leur parcours éducatif et de développer pleinement leurs capacités.

Dans cette perspective, le CESE appelle à faire évoluer le cadre stratégique actuel vers une politique publique nationale intégrée fondée sur l’intérêt supérieur de l’enfant et articulée autour de deux objectifs complémentaires : l’éradication de toute forme de travail des enfants de moins de 16 ans et la sécurisation de la transition des jeunes âgés de 16 à 18 ans vers la vie active, à travers des parcours structurés d’apprentissage, de qualification et d’insertion professionnelle.

Cette politique reposerait sur quatre principes structurants : la tolérance zéro à l’égard du travail des enfants de moins de 16 ans, un soutien aux ménages vulnérables conditionné à la scolarisation des enfants, la valorisation du capital humain à travers des parcours sécurisés d’apprentissage et d’insertion pour les jeunes de 16 à 18 ans ainsi que la convergence des politiques publiques tout au long du parcours de l’enfant.

Pour sa part, la membre du CESE et rapporteure de l’avis, Karima Mkika, a présenté les principales recommandations émises par le Conseil, à savoir la révision des dispositions de l’article 143 de la loi n° 65-99 portant Code du travail, afin de relever à 16 ans révolus l’âge minimum d’admission à l’emploi, en alignement avec l’âge de fin de l’obligation de scolarité.

Il s’agit également de la révision du texte réglementaire fixant la liste des travaux interdits aux moins de 18 ans pour y intégrer explicitement les risques émergents liés au développement des plateformes numériques, à l’usage intensif des technologies numériques et aux nouvelles formes d’exploitation du travail des enfants, outre le renforcement de la continuité entre les dispositifs d’éducation, de formation et d’insertion professionnelle dans le sens de sécuriser les parcours des jeunes de 16 à 18 ans et de prévenir leur exposition au travail précoce en structurant un continuum cohérent entre l’école, la formation et l’insertion professionnelle.

Ceci passe notamment par la mise en place d’un statut national de l’apprenti garantissant un cadre juridique clair, une protection sociale adaptée et une formation en alternance adaptée aux réalités territoriales et sectorielles, la facilitation de la réintégration des jeunes issus des écoles de la deuxième chance dans les filières de formation professionnelle, à travers des parcours certifiants et qualifiants et l’introduction de la clause “zéro travail d’enfant” comme exigence structurante de la commande publique et des dispositifs de RSE, en imposant aux opérateurs une obligation de traçabilité complète et vérifiable sur l’ensemble des chaînes de valeur et de sous-traitance.

Il s’agit aussi du renforcement et de la modernisation des structures de l’inspection du travail, notamment par le recours aux techniques de datamining pour cibler les secteurs à haut risque et par l’établissement d’un lien effectif entre les infractions constatées et des sanctions dissuasives pouvant aller jusqu’au retrait des licences d’exploitation, des agréments ou à l’exclusion de tout dispositif public de subventions ou d’incitation.

S’y ajoutent la pleine opérationnalisation des dispositifs territoriaux de protection de l’enfance, tout en développant un système de suivi et d’évaluation intersectoriel et territorialisé de la situation du travail des enfants, fondé sur des indicateurs mesurables et des rapports périodiques réguliers, outre la capitalisation sur la plateforme de signalement de l’Observatoire National des Droits de l’Enfant, afin d’y intégrer explicitement les situations de travail des enfants, d’assurer la centralisation unique des signalements et une coordination renforcée des acteurs en vue d’un traitement rapide, coordonné et traçable.

Le CESE insiste aussi sur le renforcement de l’appui financier et technique aux associations de terrain, afin d’accroître leurs capacités d’identification, d’accompagnement et d’orientation des enfants concernés vers l’école, la formation ou la réinsertion familiale, en diversifiant les modalités de prise en charge selon les profils et les niveaux de risque.

Convaincu que l’éradication durable du travail des enfants passe nécessairement par une mobilisation continue de l’ensemble des acteurs et un renforcement de la coopération entre les institutions concernées, le CESE a conclu, le 30 mars 2026, une convention-cadre de partenariat avec l’Observatoire national des droits de l’enfant.

Cette convention a pour objectif de renforcer la coordination entre les deux institutions et de soutenir les efforts nationaux en matière de protection de l’enfance, de promotion des droits de l’enfant et de lutte contre le travail des enfants, conclut le communiqué.

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