Ecrit par Imane Bouhrara I
Les prémices d’un nouveau record du cash en 2024 se confirment. À fin avril, la circulation fiduciaire au Maroc a franchi un nouveau seuil à 403,3 Mds de DH, selon Bank Al-Maghrib. Certes, on note une décélération à 8,5% en avril après une hausse de 10,2% en mars 2024, mais ça reste énorme. Ce qui dénote que résorber le phénomène du cash n’est pas pour sitôt.
La question du cash n’est pas neuve au Maroc d’ailleurs ceux qui l’évoquent telle une problématique doivent se rendre à l’évidence que pour la majorité des Marocains, c’est la norme, c’est une culture que les évolutions technologiques n’ont jamais réussi à ralentir ni à inverser. Chiffres à l’appui.
D’ailleurs, la crise du Covid-19 marque un retour en arrière phénoménal au Maroc avec des prévisions records en 2024 et en 2025, ce qui est veritablement un grand manque à gagner car une grande partie de ce cash reste hors circuit économique et une autre alimente l’informel voire aussi des activités illicites.
Toujours est-il que l’idée première est que le cash n’a pas aussi mauvaise réputation auprès des Marocains, et ce n’est pas seulement culturel. Il y a aussi une grande défiance vis-à-vis du circuit bancaire, des nouvelles technologies mais aussi des rémunérations d’épargne peu attrayantes et des outils de placements souvent méconnus des novices.
Ces éléments réunis rendent difficile la lutte contre le cash, ou plutôt d’essayer de réduire le cash. En effet, souvent les acteurs économiques évoquent la question comme s’il s’agissait d’un argent blanchi.
Or, hormis ce qui est illicite, informel ou frauduleux ou ceux qui jouent à cash-cache avec les autorités, un citoyen fait ce qu’il veut de son argent, que ça plaise ou non. Et le Marocain aime avoir une gestion physique (visuelle et même olfactive) de son argent, donc le cash en partie ou en totalité, sans jeu de mot.
On peut éditer de nouvelles séries de billet de banque pour sortir l’argent qui dort sous le matelas, il finira toujours par retrouver sa place douillette. Sauf à atterrir entre les mains d’un cambrioleur, et c’est l’un des risques d’avoir du cash chez soi.
Il y a donc un grand travail à faire en matière d’éducation financière pour changer le comportement du Marocain et son rapport à l’argent. Cela demande du temps et la finesse dans l’approche, bien que les jeunes générations sont plus décomplexées face à l’usage des nouvelles technologies dans les paiements…
Ça d’une part.
D’autre part, il est aisé de comprendre ceux qui sonnent le hallali à chaque fois que BAM dévoile les statistiques monétaires et sur les records de circulation fiduciaire au Maroc. Et là, il ne s’agit pas de promouvoir une nouvelle culture financière mais véritablement de lutte contre l’informel et la fraude notamment fiscale, sociale et douanière.
Là encore, il faut faire la part entre une partie de réticence liée à une culture ancrée notamment dans les transactions commerciales par exemple, et ce qui entre dans le cadre de la fraude ou la concurrence déloyale de l’informel.
Bien évidemment l’État y va de main douce multipliant les amnisties sans pour autant s’attaquer au vif du sujet qui est l’informel mais là c’est une autre paire de manche.
L’autre phénomène est celui des fraudeurs, quel que soit le type d’activités, n’acceptent pas les moyens de paiement traçable les reliant à un achat ou une quelconque prestation. Certains arguent par des problèmes de TPE, non vérifiables, alors que d’autres expliquent clairement que c’est en raison du fisc.
Sans oublier les opérateurs à cheval entre formel et informel qui recourent au cash massivement… et là, il n’y a pas mieux que les contrôles inopinés car il s’agit véritablement d’imposer au client ou usager de payer en cash.
Et enfin, la partie cachée de l’Iceberg est bien évidemment le cash issu du blanchiment d’argent. Le Maroc peut se féliciter d’être sorti de la liste grise du GAFI mais en interne, il doit faire preuve de beaucoup de vigilance quant à la conformité de tous les secteurs aux obligations LBC/FT particulièrement dans des secteurs comme le commerce ou l’immobilier.
Il y a lieu de souligner dans ce sens les efforts fournis par l’Agence nationale du renseignement financier, des départements concernés mais aussi des autorités policières et judiciaires… des efforts qui ont permis de parachever la mise en conformité du dispositif national de LBC/FT, avec les normes internationales. Sachant qu’il va y avoir un prochain round du processus d’évaluation mutuelle auquel sera soumis à nouveau le dispositif national à l’instar des dispositifs des pays membres du GAFIMOAN.
Maintenant ce dispositif tire sa pertinence de sa capacité à jouer un rôle important dans cette lutte contre le cash douteux sur la base de données sectorielles sur les risques de blanchiment d’argent, ce qui devrait se traduire par une atténuation de l’usage du cash.
Il faudra également attendre la fin d’année pour voir les résultats de l’amnistie sur le cash. Au-delà de cette date, il faudrait vraiement faire montre de plus de rigueur contre le cash massif qui est en réalité source de vulnérabilité…
Autrement, on se retrouvera encore l’année prochaine, à faire mine d’être choqués des nouveaux records du cash.






