Civisme : le paradoxe marocain sous la loupe du CESE

Le Conseil économique, social et environnemental (CESE) a organisé, à son siège à Rabat, un atelier de restitution consacré à la présentation des conclusions de son avis intitulé : « le comportement civique dans les espaces publics : vers le renforcement des valeurs de citoyenneté au service du développement durable».
Cette rencontre a permis de mettre en lumière le civisme en tant que levier essentiel de cohésion sociale, de confiance collective et d’amélioration de la qualité du vivre-ensemble. Elle a également été l’occasion de présenter les principales conclusions et recommandations de cet avis, visant à promouvoir le comportement civique dans les espaces publics à travers le renforcement de l’éducation à la citoyenneté, la consolidation du principe d’exemplarité dans la gestion des affaires publiques et le respect effectif des règles encadrant l’espace public, afin de réhabiliter ce dernier en tant que bien commun au service du développement durable.
Dans son allocution d’ouverture, Abdelkader Amara a souligné que l’espace public constitue un cadre de vie partagé par les citoyennes et les citoyens, où se déploient les interactions sociales et les pratiques quotidiennes de la vie collective. Il a rappelé que les comportements civiques s’y expriment à travers le respect des règles communes, la considération d’autrui et la préservation des biens partagés, ainsi que par l’attachement aux valeurs d’une citoyenneté active.
Le Président du CESE a également mis en avant la richesse du patrimoine civilisationnel national, fondé sur les valeurs de solidarité, de respect mutuel et d’intérêt général. Il a rappelé que cet héritage continue de se manifester aujourd’hui, notamment à travers les élans de solidarité et de mobilisation citoyenne observés lors des crises, traduisant un forte capacité d’engagement collectif, portée par la cohésion sociale, le sens des responsabilités et le civisme.
L’analyse présentée met toutefois en évidence, dans certaines situations, l’existence d’incivilités dans l’espace public, se traduisant notamment par des atteintes à la propreté, des dégradations des équipements collectifs, des comportements à risque sur la route, ainsi que des débordements ponctuels dans les enceintes sportives, particulièrement dans des contextes de forte tension émotionnelle. Ces situations traduisent, selon le Président du CESE, une appropriation inégale des règles de cohabitation, de respect des biens collectifs et de sécurité.
Au vu de ces constats, plusieurs initiatives publiques ont été engagées afin de consolider l’ancrage des comportements civiques, mobilisant notamment le système éducatif et les médias publics, ainsi que des dispositifs de sensibilisation à dimension religieuse et des programmes de réinsertion.
Il demeure, selon l’avis du CESE, que ces actions, sectorisées et insuffisamment articulées, ne permettent pas d’assurer un ancrage durable des comportements civiques. Cet enjeu requiert une appréhension plus approfondie des déterminants structurels des incivilités, qui résultent d’une combinaison de facteurs émotionnels, organisationnels et socio-économiques.
Ces phénomènes renvoient aux évolutions des processus de socialisation, marqués par la diversification des influences, notamment numériques, contribuant à la recomposition des repères et des comportements individuels et collectifs.
Ils reflètent également des fragilités sociales et territoriales liées aux inégalités d’accès aux ressources et aux opportunités d’insertion. S’y ajoutent des facteurs institutionnels relatifs à l’effectivité de l’application des règles, à la lisibilité des normes collectives et à la capacité de régulation de proximité.
Partant des constats issus des auditions des parties prenantes et des résultats de l’enquête terrain menée par le CESE, le Président du Conseil a souligné que l’espace public doit être réhabilité en tant que bien commun, garantissant qualité, accessibilité et respect des usages. Il a également relevé que la Coupe du monde 2030, dont l’organisation sera assurée conjointement par le Royaume, l’Espagne et le Portugal, constitue une opportunité stratégique d’accélération, en faisant du civisme un axe structurant des préparatifs de cet événement.
Le CESE considère que le renforcement du civisme repose sur trois piliers complémentaires :
- le renforcement de l’éducation et de la responsabilisation des citoyennes et des citoyens au respect des règles de civisme ;
- la consolidation de l’exemplarité des institutions et des acteurs publics et privés ;
- l’amélioration de l’effectivité de l’application des règles dans les espaces publics.
Pour sa part, Abdessadek Saïdi, membre du CESE et rapporteur de la thématique, a présenté les principales recommandations issues de l’avis. Parmi les propositions formulées :
Lancer un projet national intégré de promotion du civisme dans les espaces publics, fondé sur une approche participative et déployé aux niveaux national et territorial, adossé à une charte nationale fixant les règles de comportement à respecter dans ces espaces.
Examiner l’opportunité d’élargir le champ d’intervention de la « Fondation Maroc 2030 » pour qu’elle contribue à la mise en œuvre du projet national proposé, en coordination avec l’ensemble des acteurs et partenaires concernés, notamment la société civile, en vue de promouvoir le comportement civique dans les espaces publics, comme axe majeur des préparatifs de la Coupe du monde 2030.
Assurer l’application stricte, selon des procédures simplifiées, des dispositions pénales relatives aux infractions et délits mineurs portant atteinte à l’ordre public et à la sérénité publique, tout en veillant à la mise en œuvre effective des peines alternatives.
Mettre en place un cadre normatif unifié des sanctions administratives relatives aux atteintes au civisme dans l’espace public, tenant compte des spécificités régionales et intégrant des mesures alternatives à caractère éducatif et réparateur, telles que les travaux d’intérêt général.
Élaborer et mettre en œuvre un code national de conduite civique dans les services publics, en cohérence avec la Charte des services publics, afin de clarifier les responsabilités des fonctionnaires et des usagers, d’harmoniser les standards de qualité des services et de consacrer le rôle exemplaire des services publics dans la promotion du civisme et des principes de bonne gouvernance.
Intégrer explicitement, dans le cadre référentiel des curricula, programmes et manuels scolaires, et ce dès le préscolaire et à toutes les composantes et tous les niveaux du système d’éducation et de formation, des activités visant le développement des comportements civiques et l’appropriation des valeurs qui les sous-tendent, tout en en assurant la mise en œuvre effective à travers des approches pédagogiques adaptées, notamment par le renforcement des activités parascolaires.
Par ailleurs, le Conseil a consacré, dans le cadre d’un focus particulier de cet avis, un focus sur le civisme dans les manifestations sportives nationales et internationales, compte tenu de leur importance particulière. Il y appelle à renforcer les comportements citoyens au sein des enceintes sportives, afin de garantir des événements sûrs, inclusifs et de qualité, et de faire du sport un véritable espace de cohésion sociale et de rayonnement du Royaume.
A cet effet, le CESE a émis des recommandations visant à promouvoir auprès des publics les valeurs de respect, de fair-play et de vivre-ensemble, à renforcer les dispositifs de prévention et de médiation dans et aux abords des stades, à améliorer la sécurité, l’accessibilité, l’aménagement et la gestion des infrastructures sportives et à mobiliser les outils numériques afin d’anticiper les risques, optimiser la gestion des flux et renforcer la sécurisation des événements.


