Clap de fin pour GITEX Africa : le futur technologique du continent se dessine à Marrakech

La quatrième édition de GITEX AFRICA Morocco s’est achevée de manière marquante à Marrakech ce jeudi, au terme d’une journée durant laquelle les participants se sont penchés sur l’avenir de l’intelligence artificielle, de la connectivité et des infrastructures critiques. Les échanges ont accordé une attention particulière au développement d’une intelligence artificielle souveraine, à une modernisation pensée dès l’origine sous l’angle de la sécurité, ainsi qu’à la construction d’écosystèmes numériques résilients appelés à structurer la prochaine étape de la croissance digitale du continent africain.
Placée sous le Haut Patronage de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, que Dieu L’assiste, et sous l’autorité du Ministère de la Transition numérique et de la Réforme de l’administration, GITEX AFRICA Morocco est accueilli par l’Agence de Développement du Digital (ADD) et organisé par KAOUN International, organisateur mondial des événements GITEX.
Au fil d’un programme de clôture particulièrement dense, des experts internationaux, des décideurs publics et des dirigeants de premier plan ont examiné la manière dont l’Afrique peut mobiliser les technologies émergentes pour faire progresser une innovation inclusive, consolider sa souveraineté numérique et protéger ses systèmes critiques dans un monde de plus en plus complexe et largement façonné par l’intelligence artificielle.
Les discussions ont mis en évidence l’urgence d’investissements coordonnés, d’une gouvernance capable d’anticiper les évolutions à venir et d’une coopération transfrontalière renforcée, afin de permettre au continent non seulement de s’adapter aux mutations technologiques mondiales, mais aussi d’en devenir l’un des acteurs qui les orientent durablement dans les années à venir.
Faire progresser une intelligence artificielle inclusive grâce à l’ancrage local et à l’intelligence culturelle
Alors que l’économie numérique africaine entre avec intensité dans une ère définie par l’intelligence artificielle, les grands modèles de langage et les systèmes d’IA agentique s’imposent comme des leviers essentiels d’inclusion, d’accessibilité et d’innovation adaptée aux réalités locales. Lors d’un panel dédié, intitulé « Finally! AI Speaks My Language: LLMs And Agentic AI for African Communities », des équipes de recherche africaines ont présenté une nouvelle génération de solutions déjà déployées ou en voie de déploiement, fondées sur des modèles linguistiques locaux et sur des architectures d’IA agentique.
Conçus pour refléter avec davantage de justesse la diversité linguistique du continent ainsi que ses réalités socio-économiques, ces systèmes rendent l’accès aux services numériques plus intuitif, aussi bien dans les secteurs publics que commerciaux. Dans le même mouvement, ils ouvrent la voie à de nouveaux gains d’efficacité grâce à des capacités autonomes de prise de décision en plusieurs étapes.
Philipe Beaudoin, Senior Director of Research Law Zero, Canada, a déclaré : « La souveraineté de l’IA doit être au cœur de la manière dont les gouvernements envisagent l’intelligence artificielle à l’avenir. Il ne s’agit pas de se refermer sur soi ou de s’isoler des autres cultures, mais d’affirmer clairement que la façon dont les populations vivent, perçoivent le monde et se comportent dans un pays donné a de l’importance, et que ces communautés ont quelque chose de précieux à apporter au monde. Les grands modèles de langage doivent être des systèmes qui respectent les cultures en profondeur, et non de manière superficielle, et les pays engagés dans le développement d’une IA souveraine doivent aussi accorder une véritable attention à cette dimension. »
Les intervenants ont mis en avant le potentiel transformateur de l’IA agentique pour les services en Afrique, en particulier au sein des communautés sous-desservies et multilingues, grâce à l’intégration du contexte local, des nuances culturelles et des spécificités linguistiques dès la conception des systèmes. En parallèle, ils ont également insisté sur la valeur d’une coordination réelle entre les différentes parties prenantes.
Jason Harver, EVP and General Manager, BET+ / Paramount, USA, a ajouté : « Les gouvernements doivent être pleinement impliqués. Les ONG doivent l’être aussi. Les entreprises qui bénéficieront de technologies déployées localement doivent également prendre part à cet effort. Il faut une mobilisation collective pour rassembler tout le monde et reconnaître la valeur de long terme que représente l’investissement dans la collecte de données et dans l’ajustement des modèles aux langues et aux cultures spécifiques. »
Repenser la modernisation : passer d’une défense réactive à une résilience numérique intégrée dès la conception
À mesure que les organisations accélèrent leur transition vers des architectures cloud natives et des écosystèmes numériques toujours plus interconnectés, la modernisation ne peut plus être définie uniquement par la vitesse ou par l’innovation. Elle repose désormais sur la résilience. C’est l’un des principaux enseignements qui s’est dégagé d’un autre panel majeur, intitulé « Building Tomorrow: Why Modernisation Requires a Security-First Mindset », au cours duquel les experts ont souligné que la sécurité devait évoluer, passant d’un mécanisme de protection réactif à un principe structurant, intégré à chaque étape de la transformation digitale.
Justin Williams, Group CISO, MTN Group, Afrique du Sud, a déclaré : « La sécurité devient un moteur de résilience lorsqu’elle est intégrée dès le départ, et non ajoutée à la fin. Cela exige un travail de fond, une forte mobilisation en interne et des structures adaptées, avec des équipes sécurité qui travaillent main dans la main avec l’IT, les métiers et les fonctions de gestion des risques, afin que la gouvernance soit intégrée dans chaque nouvelle solution dès le premier jour. »
Tout en rappelant la complexité croissante des écosystèmes numériques contemporains, les échanges ont aussi souligné qu’aucune organisation ne peut fonctionner en vase clos et que les infrastructures d’aujourd’hui s’inscrivent dans un maillage profondément interconnecté. Justin Williams a poursuivi : « Même si vous faites tout correctement en interne, votre sécurité peut encore être compromise par vos partenaires, vos fournisseurs ou des composants open source. C’est précisément pour cette raison que la sécurité des tiers doit être considérée comme une discipline centrale pour l’entreprise. »
Les intervenants ont également examiné la manière dont les Chief Information Security Officers redéfinissent aujourd’hui leur rôle afin d’intégrer la sécurité sur l’ensemble du cycle de vie des systèmes modernes, depuis l’architecture initiale jusqu’au déploiement, puis à l’optimisation continue. Ils ont estimé qu’en adoptant une approche résolument centrée sur la sécurité, les entreprises peuvent construire des infrastructures de nouvelle génération à la fois plus agiles, plus intelligentes et intrinsèquement mieux protégées, capables de résister à l’intensification des cybermenaces tout en soutenant une croissance numérique durable.
Duncan Rae, Group CISO & Head of Information Security and Governance, Pepkor, Afrique du Sud, a déclaré : « La sécurité doit être pensée pour l’entreprise, et non imposée à l’entreprise. Cela suppose de sortir des silos, de comprendre ce que les dirigeants cherchent à accomplir et de nouer suffisamment tôt les bonnes relations pour apporter de la valeur. Lorsque la sécurité devient une composante naturelle de l’équipe, au lieu d’être la validation de dernière minute, elle commence réellement à s’inscrire dans le fonctionnement quotidien de l’entreprise. »
Redéfinir la confiance et la résilience en cybersécurité à l’ère de l’intelligence artificielle : une priorité régionale
Dans un paysage de menaces de plus en plus complexe et alimenté par l’intelligence artificielle, les stratégies Zero Trust s’imposent désormais comme un levier essentiel pour protéger les infrastructures critiques. Elles marquent le passage d’une logique de défense périmétrique à une vérification continue de chaque utilisateur, de chaque appareil et de chaque système. Lors du panel intitulé « Zero Trust for Critical Infrastructure in an AI-Powered Threat Landscape », les experts ont examiné la manière dont ces approches peuvent répondre à des cybermenaces dopées par l’IA, toujours plus sophistiquées, en renforçant la résilience, en limitant les mouvements latéraux et en sécurisant à grande échelle les systèmes vitaux.
Rubén Cortés Domingo, CIO and CISO, Open Government of Catalonia, Espagne, a déclaré : « Dans les infrastructures critiques, le Zero Trust ne peut pas s’arrêter à la prévention. Il faut aussi prévoir ce qui se passe lorsqu’un incident survient, la façon dont on le communique et la rapidité avec laquelle les services peuvent être rétablis. Nous l’avons appris de manière brutale pendant la pandémie de COVID, lorsque nos infrastructures se sont retrouvées sous pression face à une demande exponentielle, ce qui nous a contraints à repenser l’ensemble de notre stratégie. Le passage au cloud public a renforcé notre capacité à monter en charge et notre résilience, mais le véritable changement a consisté à comprendre que la gouvernance, et pas seulement la conformité, devait occuper une place centrale dans la cybersécurité. »
Osama Hijji, Group CISO, EFG Holding, Égypte, a ajouté : « Le paradoxe est évident. Le Zero Trust nous dit de ne faire confiance à rien ni à personne. Pourtant, dès qu’une personne interagit avec une intelligence artificielle et reçoit une réponse convaincante, elle relâche souvent toute vigilance. C’est pourquoi la régulation est indispensable, mais elle doit porter sur les usages réels et non sur des risques purement théoriques. Il faut aussi garder à l’esprit qu’une machine ne peut pas être tenue responsable. La responsabilité doit toujours rester humaine et, en définitive, remonter à un niveau supérieur. »
Alors que les acteurs africains et internationaux se sont retrouvés à Marrakech pour cette troisième et dernière journée, GITEX AFRICA Morocco 2026 a confirmé son rôle de plateforme mondiale où politiques publiques, investissements et mise en œuvre technologique convergent pour accompagner l’émergence d’une Afrique numériquement souveraine, connectée au reste du monde et compétitive sur le plan économique.

