Ecrit par Imane Bouhrara I
L’épisode de sècheresse et de pénurie hydrique ou de stress hydrique pour les plus optimistes, que vit le Maroc pendant au moins cinq ans d’affilée, a suscité beaucoup d’inquiétudes. On évoque les effets sur la campagne agricole, l’impact sur les agriculteurs, sur les prix et la disponibilité des produits, sur la disponibilité de l’eau d’irrigation, d’industrie et d’eau potable…
Cette conjoncture semble « ajouter une couche » à ce que vit le monde rural au Maroc et semble compromettre une ambition exprimée depuis quelques années de renforcer la classe moyenne rurale, sachant qu’elle ne représente que 47 % de la classe moyenne marocaine soit 6,4 millions d’habitants sur près de 20 millions (HCP 2014). Cette proportion a certainement régressé en raison de la pandémie qui a créé un choc tous azimuts et les effets des sécheresses répétitives. Certes, il ne faut pas confondre entre développement de l’agriculture et du monde rural mais la corrélation demeure forte.
Pour preuve, en cette conjoncture de sécheresse, la situation du marché de travail dans le monde rural est plus qu’alarmante avec la perte de 159.000 postes de travail entre le T1 2023 et le T2 2024 ( sur une population rurale estimée à 13 millions d’habitants au Maroc en 2023 dont 4,5 millions d’actifs ) et si le chômage a cru de 0,8% au niveau national, il a progressé de 1,1% en milieu rural.
Le volume du sous-emploi a également progressé de 12,1% à 12,5% en milieu rural, alors qu’il a régressé de 9,1% à 9% en milieu urbain. Aussi, la part des travailleurs sans couverture médicale est de 90% dans le milieu dural contre 61,6% en milieu urbain (HCP). Guère mieux pour les salariés en milieu rural.
Il faut également souligner la prévalence notable de NEET dans les milieux ruraux du pays, avec un taux de 32% contre 21,9 % en milieu urbain. Et grain de sel, ce taux est de 51,5% pour les femmes NEET dans le rural contre 28,2% en zone urbaine.
Il faut noter que les actifs sans diplôme dans le milieu rural avoisinent les 70% de la population de 15 ans et plus.
Bien évidemment ces chiffres n’ont pour vacation que de planter le décor et de se demander comment dans de telles conditions peut-on espérer renforcer la classe moyenne rurale et au-delà des vœux quelle place accorde-t-on au monde rural dans les politiques publiques actuelles ?
Il va sans dire que si l’on exclut deux ou trois départements ministériels, le rural est marginal sachant que la moitié de la population rurale a des activités qui n’ont aucun lien avec l’agriculture.
On n’en est plus seulement à se demander quelles offres de soins, d’éducation, de formation et de logements aux ruraux qui sont à la base des services publics de base et un droit légitime de ces populations, mais quelle stratégie d’attractivité de ces territoires, d’investissement, de création de valeurs, de richesse et d’épanouissement pour ne plus cantonner ces territoires dans le rôle de grenier, de bassins de voix électorales, de femmes de ménages… Le concept de « Rural » rétrograde, marginal est tellement dépassé !
À l’évidence, il y a beaucoup de travail à faire et il semble aussi que l’expérience du Plan Maroc Vert n’a pas réellement permis de retenir la leçon.
Il ne s’agit pas d’avoir une stratégie mais des politiques publiques diversifiées et incitatives à même d’améliorer la productivité de ces territoires et en assurer la prospérité.
À commencer par la collecte de données granulaires pour identifier les facteurs de productivité cachés et un profilage de la population rurale pour mieux l’adresser. Surtout les jeunes qui eux ne pensent qu’à une chose… aller voir si l’herbe est plus verte de l’autre côté de la Méditerranée. Un mouvement qui a introduit depuis des décennies les germes d’une transformation voire d’un bouleversement du concept traditionnel du « Rural », qui est désormais à cheval entre Orient et Occident qui ne se contente plus des miettes, ce qui déconstruit les trois dimensions sociologiques fondatrices du Rural à savoir une prééminence des activités agricoles et pastorales, un système de valeurs plus ancré aux traditions et des modes de vie différents des urbains.
Pourtant cette nouvelle dynamique d’évolution peine à trouver son pendant dans les politiques publiques qui demeurent très centralisées. A bon entendeur.






