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Economie

Cloud : pourquoi le Maroc traîne-t-il le pas ?

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Ecrit par S. Es-Siari I

Le retard qu’accuse le Maroc dans le développement du cloud mérite d’être débattu à quelques jours de la tenue à la ville ocre Marrakech du Gitex 2024 où le numérique va battre son plein.  Entre autres raisons, la loi 05-20 relative à la cybersécurité promulguée en 2020 dont les décrets d’application peinent valeur aujourd’hui à voir le jour.

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Le retard accusé dans le développement économique du Maroc est souvent attribué aux décrets d’application qui prennent du temps après l’adoption de chaque loi. C’est d’ailleurs le cas de la loi 05-20 relative à la cybersécurité. Cette loi ayant été promulguée en 2020, quatre ans plus tard, on attend toujours les décrets d’application ainsi que les listes de classification des données en fonction de leur niveau de sensibilité. Or cette classification se veut déterminante voire indispensable pour faire le choix des infrastructures les plus appropriées.

A quelques jours de la tenue du Gitex 2024 à la ville ocre du 29 au 31 mai courant, nous ne pouvons faire fi d’attirer l’attention sur le retard accusé en la matière et qui handicape parmi tant d’autres freins le développement du cloud au Maroc.

Avec un chiffre d’affaires de 544 Mds de $ en 2022 en augmentation de 21% par rapport à 2021, le marché mondial du cloud devrait atteindre 1.158 Mds de $ en 2026 et 1.400 Mds de $ en 2027, profitant de la progression de l’Internet, de l’accélération de la transformation digitale des entreprises et de l’augmentation de l’équipement smartphone dans le monde entier. Rien qu’en Europe, le marché du cloud devrait dépasser les 500 milliards d’euros en 2030, soit dix fois plus qu’aujourd’hui.

Malgré un potentiel aussi important, le Maroc accuse un retard dans l’adoption du cloud. En attestent plusieurs indicateurs :  le taux d’externalisation des ressources informatiques ne dépassait pas 14% en 2020, tandis qu’il atteignait 35% en Europe de l’Ouest et 51% en Asie-Pacifique; l’offre nationale de cloud reste orientée vers les besoins les plus basiques (hébergement, infrastructure, applications fréquentes…), sans couvrir toute la diversité des offres applicatives et services à haute valeur ajoutée (software as a service).

En sus de la non application de la loi 05-20 relative à la cybersécurité promulguée en 2020, ce retard est également attribué au coût relativement élevé de la connectivité et au manque de ressources humaines qualifiées. Ledit retard du Maroc s’explique également par l’étroitesse du marché national en raison d’un faible ancrage de la culture du cloud chez les acteurs marocains qui privilégient encore la possession et la gestion directe des infrastructures et des applications en interne.

Pour le combler, le plan d’action « Priorité au cloud » publié en septembre 2023, le CESE identifie les voies et moyens devant favoriser l’adoption et le déploiement du cloud en tant que vecteur d’accélération de la transformation digitale du Maroc, tout en assurant la souveraineté des données sensibles et vitales. Pour ce faire le CESE préconise :

  • D’encourager l’installation des grands acteurs du cloud (hyperscalers) au Maroc, en mettant en place des mesures incitatives et en favorisant le développement d’une offre diversifiée de fibre optique moins chère et adaptées aux besoins de ces acteurs.
  • De promouvoir un écosystème national de startups qui puisse tirer profit de la technologie cloud (Iaas, PaaS et SaaS). Cela passe par le développement des compétences locales dans les métiers du cloud et l’ac- compagnement TPE/ PME désirant adopter le cloud tout en accordant aux entreprises utilisatrices des inci- tations financières.
  • De prioriser l’usage du cloud pour tous les nouveaux projets gouvernementaux et accompagner les administrations dans la migration de leurs systèmes existants vers le cloud tout en veillant à la mise en place des solutions de cloud souverain pour les applications et les données à caractère vital et sensible.

En conclusion, on ne peut que déplorer la situation au Maroc eu égard aux défis à relever en ce qui concerne l’intelligence artificielle, à l’importance du cloud dans le développement technologique et, partant, dans l’enjeu de la souveraineté numérique. Parce qu’on ne peut ignorer que la transformation digitale des entreprises et des administrations, la souveraineté numérique et la compétitivité économique sont aujourd’hui les trois enjeux du cloud qui se hisse en priorité stratégique.

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