Comment la demande d’électricité et sa variation ont-elles été satisfaites durant T-2 2025 ?

Côté demande, le transfert progressif de la distribution d’électricité MT et BT aux 12 Sociétés Régionales Multiservices (SRM) fait augmenter les livraisons de l’ONEE pour compenser les pertes techniques et non-techniques des réseaux MT et BT désormais descendues vers les SRM.
Ainsi, ce 2ème trimestre de 2025 continue de voir une amélioration du rendement des livraisons de l’ONEE-BE avec une vitesse inédite qui est due au transfert des réseaux de distribution, et de leurs pertes, aux SRM. Côté offre, c’est la production thermique fossile et le solde des échanges qui ont assuré la plus grande part de la variation de la demande.
Les sources de données sont officielles : celles des données énergétiques[1], [2], [3], [4], [5], [6], [7] et des revenus[8].
L’Annexe contient ce qui relève de l’offre et la demande trimestrielle sans être spécifique à celui du 2ème trimestre 2025. Depuis des décades, la demande électrique à satisfaire au Maroc est maximale durant l’été.
SATISFACTION DE LA DEMANDE D’ÉLECTRICITÉ DES 2èmes TRIMESTRES RÉCENTS
Les données rapportées dans le Tableau 1 sont celles du Maroc pour le 2ème trimestre de l’année 2025. Le Tableau 1précise aussi les valeurs de l’année précédente ainsi que celles de l’année 2019, avant COVID.

Tableau 1 Offre et demande d’électricité du 2ème trimestre de 2025 comparées à 2024 et 2019
C’est la production thermique (+847 GWh) et le solde des échanges (+298 GWh) qui ont assuré la plus grande part de la variation de la demande. Que les livraisons totales de l’ONEE aient augmenté plus que l’ENA, résulte du transfert de clients MT et BT de l’ONEE vers les SRM. Ainsi, l’ENA n’a eu besoin que de +1’033 GWh pour une augmentation des LT de +1’707 GWh. Pour comprendre, voir l’explication[9].
SCHÉMA DES FLUX D’ÉLECTRICITÉ AU 2ème TRIMESTRE 2025
La Figure 1 montre le schéma simplifié des flux d’électricité jusqu’à la sortie du réseau de l’ONEE-BE. Encore indisponible, nous ne montrer pas nos estimations de la décomposition du thermique fossile (charbon, pétrole et gaz naturel). Toutefois, d’autres éléments mentionnés y sont estimés par nos soins.

Figure 1 Schéma des flux d’électricité jusqu’à la sortie du réseau de l’ONEE-BE durant le 2ème trimestre 2025
A cause de la hausse du thermique fossile (+847 GWh soit +12.1%) combinée à la légère baisse des renouvelables (‑111 GWh soit ‑3.4%) l’intensité des émissions de la production nette d’électricité devrait se dégrader par rapport à celle du 2ème trimestre de 2024 où elle était de 663 gCO2/kWh de la production nette locale. Nous sommes loin des 550 gCO2/kWh pour qu’en moyenne, la recharge des batteries des voitures électriques sur le réseau marocain cause moins de gaz à effet de serre qu’un véhicule Diesel récent[10].
SATISFACTION DE LA VARIATION DE LA DEMANDE AU 2ème TRIMESTRE 2025
Comment a-t-on augmenté l’offre face à la hausse de 1’033 GWh, dernière à droite dans la Figure 2 ?
- Par une augmentation de 847 GWh du poste ‘Thermique’ à 7’849 GWh en 2025Q2,
- Par une augmentation de 298 GWh du poste ‘Imports nets’ à 1’072 GWh en 2025Q2,
- Par une augmentation de 31 GWh du poste ‘Turbinage STEP’ à 102 GWh en 2025Q2,
- Par une augmentation de 24 GWh du poste ‘Barrages’ à 134 GWh en 2025Q2,
- Par une diminution de 15 GWh du poste ‘Chaleur industrielle’ à 35 GWh en 2025Q2,
- Par une diminution de 16 GWh du poste ‘Absorptions (négatives)’ à -148 GWh en 2025Q2,
- Par une diminution de 43 GWh du poste ‘Solaire’ à 501 GWh en 2025Q2,
- Par une diminution de 92 GWh du poste ‘Éolien’ à 2’490 GWh en 2025Q2.

Figure 2 Mode de satisfaction de la variation de l’électricité nette appelée au 2ème trimestre 2025
CONCLUSIONS SUR LE COMPORTEMENT DU 2ème TRIMESTRE 2025
Durant ce 2ème trimestre 2025, la poursuite de l’inédite amélioration, depuis des décades, du rendement des livraisons de l’ONEE-BE n’est due qu’au transfert des pertes des réseaux de distribution aux SRM. Nous verrons dans le futur ce que les SRM vont faire quant à la transparence de l’information des ventes à leurs clients mais il est permis d’imaginer le pire à cause du fait que les SRM vont hériter des mauvaises habitudes des Régies Communales qui n’ont jamais été ni régulières, ni ponctuelles, ni à jour dans la publication de leurs chiffres de ventes.
Finalement, durant ce 2ème trimestre 2025, c’est encore le thermique qui s’accorde la part du lion dans la satisfaction de l’augmentation de la demande. Résultant d’une amélioration de l’hydroélectricité (malgré la sécheresse), et de baisses de l’éolien et du solaire (malgré la remise en route de la Centrale Solaire de NOOR III[11]), les renouvelables ont perdu 111 GWh (‑3.4%) durant ce 2ème trimestre 2025. Or, quand la production d’électricité renouvelable progresse, le pays coche trois cases : l’indépendance énergétique, l’économie de devises et l’environnement.
ANNEXE : FLUCTUATIONS DE L’OFFRE ET DE LA DEMANDE TRIMESTRIELLES
D’une part, que les tranches de centrales thermiques du Maroc sont souvent mises à l’arrêt séquencé pour maintenance durant l’hiver ou le début du printemps et, d’autre part, les centrales renouvelables (éoliennes et solaires) ont des productions naturellement variables. L’ensemble confère une saisonnalité géographique des flux d’apport d’électricité, sans compter la saisonnalité de la répartition géographique de la demande.
Côté demande
La Figure 3 montre que, même si les maximums de la demande trimestrielle se sont toujours situés au 3èmes trimestres, ils ne sont pas parfaitement synchrones avec les maximums des pertes des livraisons totales de l’ONEE, sans doute à cause d’une différence dans la répartition géographique des flux.

Figure 3 Livraisons totales de l’ONEE-BE (bleu) et ses pertes moyennes trimestrielles (rouge) depuis 2017
La Figure 3 montre aussi que jusqu’à 2024 inclus, les minimums des pertes se sont toujours situés entre l’automne et l’hiver (4èmes ou 1ers trimestres). Toutefois, le comportement des livraisons totales et la baisse des pertes depuis 2025Q1 son inédites. On voit bien qu’avec des livraisons plus élevées qu’on ne pourrait attendre pour un 2ème trimestre, les pertes dans les livraisons de l’ONEE-BE ont baissé beaucoup trop brutalement. Ceci ne peut être dû à une évolution « naturelle » mais à un artefact créé par le fait que l’ONEE-BE livre de moins en moins d’électricité aux clients finaux du fait de la création des Sociétés Régionales Multiservices (SRM) qui vont, elles, récupérer individuellement les pertes des réseaux de distribution se trouvant sur leurs territoires et ceci devrait continuer progressivement jusqu’à l’effacement complet de l’ONEE-BE de l’ensemble de la distribution d’électricité du pays, sans doute en 2027.
A terme, l’ONEE-BE affichera des pertes proches de 5% en ne conservant que les réseaux efficaces de la haute et très haute tension après avoir cédé la totalité de ses réseaux de basse et moyenne tension aux Sociétés Régionales Multiservices (SRM) et il en résultera que les pertes les plus lourdes seront progressivement transférées aux SRM. Un article précédent[12] a chiffré le manque à gagner résultant des « pertes non-techniques » qui vont être transférées aux SRM avec les réseaux de distribution.
Côté offre
Pour une période donnée, ici trimestrielle, le facteur de charge est un ratio qui donne la part de la production d’électricité d’équipements donnés par rapport à celle qu’ils auraient pu produire pendant toute la période à puissance nominale. La Figure 4 montre ce ratio qui décrit le degré de sollicitation de l’ensemble de la capacité de production d’électricité du Maroc durant chacun tous les trimestres passés.

Figure 4 Evolution du facteur de charge trimestriel de l’ensemble de la capacité de production d’électricité du Maroc
Sur la Figure 4, on voit que c’est durant les 3èmes trimestres que les équipements de production électriques sont le plus sollicités, à cause des maximums de la demande montrés dans la Figure 3.
Les interconnexions électriques du Maroc avec ses voisins lui permettent certes d’évacuer des excédents de puissance mais elles offrent aussi une alternative d’approvisionnement qui, à un moment donné, peut se justifier économiquement ou par des déficits ponctuels de capacité.
La Figure 5 montre l’évolution du solde trimestriel de ces échanges (positif pour les soldes importateurs et négatif pour les soldes exportateurs). Là aussi, les maximums sont globalement synchrones avec ceux de la demande (Figure 3).

Figure 5 Evolution du solde trimestriel des échanges avec les voisins
Sur la Figure 5, on voit que c’est durant les 3èmes trimestres que les interconnexions électriques avec l’étranger sont le plus sollicités, à cause des maximums de la demande montrés dans la Figure 3.
On remarquera que le passage aux soldes exportateurs (négatifs) coïncide avec la mise en service de la centrale de Safi alors que la remontée vers les soldes importateurs (positifs) coïncide avec l’arrêt des centrales au gaz naturel suite à la cessation des livraisons algériennes par le Gazoduc Transmaghrébin. Le maintien du solde positif des imports au-delà de 2022 pourrait être dû à des options d’approvisionnement plus compétitif dans les imports que dans la production locale après la crise ukrainienne.
Par Amin BENNOUNA (sindibad@uca.ac.ma)
RÉFÉRENCES
[1] Royaume du Maroc, Ministère de l’Energie, des Mines et de l’Environnement, Portail qui a été désactivé des statistiques de l’Observatoire Marocain de l’Energie (OME), https://www.observatoirenergie.ma/data/
[2] Royaume du Maroc, Ministère de l’Economie, des Finances, et de la Réforme de l’Administration, Direction des Etudes et des Prévisions Financières (DEPF), « Notes de Conjoncture« , http://depf.finances.gov.ma/etudes-et-publications/note-de-conjoncture/
[3] Royaume du Maroc, Ministère de l’Economie, des Finances, et de la Réforme de l’Administration, Direction du Trésor et des Finances Extérieures (DTFE), « Notes de Conjoncture« , https://www.finances.gov.ma/fr/Nos-metiers/Pages/notes-conjoncture.aspx
[4] Royaume du Maroc, Bank Almaghrib, Revue de la Conjoncture Economique, http://www.bkam.ma/Publications-statistiques-et-recherche/Documents-d-analyse-et-de-reference/Revue-de-la-conjoncture-economique
[5] Haut Commissariat au Plan, « Annuaire Statistique du Maroc, Version électronique après 2013« , https://www.hcp.ma/downloads/Annuaire-statistique-du-Maroc-version-PDF_t11888.html, Version papier ou scannées avant 2013 https://cnd.hcp.ma/
[6] Haut Commissariat au Plan, « Bulletins statistiques« , https://www.hcp.ma/downloads/?tag=Bulletins+statistiques
[7] Red Eléctrica de España, Intercambios, https://www.ree.es/es/datos/intercambios
[8] Banque Mondiale, https://donnees.banquemondiale.org/pays/maroc?view=chart
[9] Pour alimenter un client consommant 1000 kWh/mois dans la zone ONEE-BE en décembre 2024, l’opérateur devait lui livrer 1000 kWh/mois. Si l’on suppose que les pertes en ligne sont de 15%, Pour satisfaire la même consommation du client dont l’abonnement serait transféré à une SRM en janvier 2025, l’ONEE doit livrer à ladite SRM 1’176 kWh/mois (1000/85%).
[10] Amin Bennouna, « La majorité véhicules électriques du Maroc contribuent plus qu’ailleurs au réchauffement climatique« , EcoActu 04 Mars (2022), https://www.ecoactu.ma/vehicules-electriques-rechauffement-climatique/
[11] Amin Bennouna, » NOOR 3 : anatomie d’une panne« , EcoActu 01 Avril 2024, https://ecoactu.ma/noor-3-ouarzazate-solaire-acwa/
[12] Amin Bennouna, « Deux milliards de Dh par an, c’est la ‘patate chaude’ que l’ONEE va transférer aux SRM avec les pertes ‘non techniques‘ », EcoActu 24 Avril (2025), https://ecoactu.ma/patate-chaude-que-lonee-va-transferer-aux-srm/

