Commerce extérieur : quand la flambée des importations fragilise l’élan exportateur du Maroc

Selon les derniers indicateurs de l’Office des Changes arrêtés à fin août 2026, le commerce extérieur marocain affiche une dynamique à double tranchant : un moteur touristique et d’investissements qui tourne à plein régime, face à un rebond d’importations qui creuse mécaniquement le déficit commercial. Derrière la rigueur des chiffres, c’est le reflet de notre quotidien et de nos choix de consommation qui se dessine.
La hausse des importations creuse le déficit
Au cours des huit premiers mois de l’année 2026, les échanges commerciaux de marchandises ont connu une hausse globale. Mais la balance penche nettement d’un côté. Les importations de biens ont bondi de 15,8 %, atteignant le sommet de 617,5 Mds de DH, contre 533,2 Mds de DH un an plus tôt.
En face, l’effort industriel et exportateur du pays reste solide. Les exportations de marchandises progressent de 8,7 % pour s’établir à 334,9 Mds de DH. Cependant, ce rythme ne suffit pas à compenser les achats à l’international.
Résultat des courses :
- Un déficit commercial qui s’aggrave de 25,4 %, s’établissant à-282,6 Mds de DH.
- Un taux de couverture en recul, qui s’établit à54,2 % (soit une perte de 3,5 points par rapport à fin août 2025). Concrètement, nos ventes de marchandises ne couvrent plus qu’un peu plus de la moitié de nos achats.
Heureusement, l’économie marocaine possède d’autres forces invisibles dans la seule balance des marchandises. Ce que le Maroc perd sur les conteneurs de biens, il le rattrape en partie grâce à la rubrique voyageurs et MRE.
La balance des services reste le grand amortisseur de ce choc commercial. Au cœur de cette performance, la véritable locomotive reste le tourisme. Les recettes Voyages ont franchi la barre symbolique des 97,9 Mds de DH, s’offrant une superbe progression de 9,7 %. Malgré une légère augmentation des dépenses des Marocains à l’étranger (+6,6 %), le solde touristique affiche un excédent record de 74,6 Mds de DH.
De leur côté, les Marocains Résidents à l’Étranger (MRE) continuent de prouver leur attachement indéfectible au développement du pays. Leurs transferts d’argent affichent une croissance solide de 9 %, injectant de précieuses devises directement dans le tissu économique national.
Un horizon attractif pour les investisseurs
Si le tableau commercial demande de la vigilance, le signal envoyé aux marchés internationaux demeure excellent. Le flux des Investissements Directs Étrangers (IDE) enregistre une hausse spectaculaire de 65 %.
Les récents efforts de digitalisation et de facilitation des échanges — illustrés par le lancement de nouvelles applications réglementaires et de formation par l’Office des Changes — portent manifestement leurs fruits auprès des capitaux internationaux.
Le Maroc de 2026 est une économie dynamique qui investit massivement pour les années à venir, ce qui explique cette forte demande d’importations (biens d’équipement, matières premières). Le défi des prochains mois consistera à transformer cette dynamique d’investissement en capacités d’exportation accrues, afin de rééquilibrer une balance commerciale pour l’instant portée par le tourisme et l’élan de générosité de ses enfants de l’étranger.
