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Economie Nationale

Concurrence dans la Santé : « Il faut désormais soigner l’offre », plaide Mehdi Tazi

Concurrence santé CGEM Mehdi Tazi

Après avoir réussi l’un des plus grands chantiers sociaux de ces dernières années avec la généralisation de l’Assurance Maladie Obligatoire, le Maroc fait face à un nouveau défi : être capable de répondre à une demande de soins qui explose. C’est le constat dressé par Mehdi Tazi, Président de la CGEM, lors de la conférence internationale organisée par le Conseil de la concurrence sur l’avenir du système de santé marocain.

Pour le représentant du patronat, la réussite de la couverture sociale est indiscutable. En quelques années, le nombre de bénéficiaires de l’AMO est passé de 42 % à 88 % de la population, soit plus de 32 millions de Marocains. Une avancée historique qui change profondément la donne dans le secteur de la santé. 

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Mais ce succès pose aussi une question cruciale : les infrastructures, les cliniques, les médecins et les équipements suivent-ils le rythme ?

« Plus de patients ont désormais accès aux soins. C’est une excellente nouvelle. Mais il faut maintenant que l’offre de santé grandisse au même rythme que la demande », a résumé Mehdi Tazi. 

Dans cette équation, la concurrence a un rôle essentiel à jouer. Pas une concurrence basée sur les prix, car la santé obéit à des règles particulières, mais une concurrence qui pousse les établissements à améliorer la qualité des soins, à investir davantage et à offrir une meilleure expérience aux patients. 

Le secteur privé est appelé à prendre toute sa part dans cet effort. Aujourd’hui, le Maroc compte 475 cliniques privées regroupant plus de 20 000 lits, ainsi que 280 centres d’hémodialyse, 850 laboratoires d’analyses et plus de 15 000 cabinets médicaux. Pourtant, les besoins restent immenses, notamment dans les territoires où l’offre demeure insuffisante.

Car au-delà des chiffres, c’est aussi une question d’équité territoriale. Alors que certaines métropoles disposent d’une offre relativement dense, d’autres régions continuent de manquer de structures et de spécialistes.

Pour la CGEM, l’objectif est simple : permettre à un citoyen vivant à Guelmim, Béni Mellal ou Casablanca d’accéder à des soins de même qualité. 

Encore faut-il lever les freins qui ralentissent les investissements. Parmi les obstacles régulièrement remontés par les opérateurs figurent la pénurie de ressources humaines qualifiées, le manque de foncier disponible, la lourdeur des procédures administratives ou encore les délais d’obtention des autorisations nécessaires à l’ouverture de nouveaux établissements. 

« La concurrence ne consiste pas seulement à contrôler les acteurs déjà présents. Elle suppose aussi de permettre à de nouveaux opérateurs d’entrer sur le marché », a insisté le responsable patronal. 

Autre sujet sensible : la Tarification Nationale de Référence, qui sert de base aux remboursements de l’Assurance Maladie Obligatoire. Pour de nombreux actes médicaux, les tarifs de référence remontent encore à 2006. Une consultation de médecine générale reste ainsi calculée sur une base de 80 dirhams et celle d’un spécialiste sur 150 dirhams. 

Vingt ans plus tard, ces montants apparaissent de plus en plus déconnectés de la réalité économique du secteur. Résultat : l’écart entre le coût réel des soins et les remboursements est souvent supporté directement par les patients. La révision en cours des tarifs est donc considérée comme une nécessité par les professionnels. 

La question est d’autant plus pressante que les finances du système sont sous tension. Entre 2022 et 2024, les dépenses de l’AMO ont bondi de 83 %, tandis que les ressources n’ont progressé que de 36 %. Un déséquilibre qui oblige à rechercher davantage d’efficacité dans l’organisation des soins. 

Pour Mehdi Tazi, l’avenir passe aussi par l’innovation. Télémédecine, intelligence artificielle, partage sécurisé des données médicales : ces outils pourraient contribuer à réduire les inégalités territoriales, améliorer les diagnostics et fluidifier les parcours de soins. À condition, toutefois, de mettre en place un cadre clair pour protéger les patients et garantir une utilisation responsable des données.

Au fond, le message de la CGEM est clair : après avoir réussi à élargir l’accès aux soins, le Maroc doit désormais réussir le pari de l’offre. Attirer les investissements, accélérer la création de nouvelles capacités de soins, moderniser les tarifs de référence et encourager l’innovation seront les clés pour transformer l’ambition de la couverture sociale universelle en une amélioration concrète et durable du système de santé.

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CGEMconseil de la concurrenceMehdi Tazisanté

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