đ„ Contribution du secteur privĂ© Ă horizon 2035 : ces verrous Ă faire sauter

Ecrit par Soubha Es-Siari I
La place quâoccupe le secteur privĂ© dans la transformation structurelle de notre Ă©conomie nâest plus Ă dĂ©montrer. Le secteur privĂ© dispose de potentiel pour faire sortir le Maroc du piĂšge des Ă©conomies Ă revenus intermĂ©diaires mais encore faut-il mettre en place les mesures idoines pour que sa contribution ne se rĂ©duit pas uniquement aux recettes fiscales.
Cette thĂ©matique a fait lâobjet de la 8e Ă©dition du forum Centralien Supelec organisĂ©e ce 11 novembre sous la thĂ©matique : Maroc 2035 : quelle contribution du secteur privĂ© ? Cette question aussi pertinente engage bien entendu lâavenir du Maroc dans un contexte en perpĂ©tuelle mutation.
Ătaient prĂ©sents Ă cette rencontre dâĂ©minentes personnalitĂ©s du monde politique et des affaires venus dĂ©battre du rĂŽle censĂ© jouer le secteur privĂ© dans une Ă©conomie comme la nĂŽtre, une Ă©conomie engagĂ©e dans une foultitude de projets structurants mais Ă©galement des dĂ©fis Ă relever pour permettre au secteur privĂ© de jouer son rĂŽle comme il se doit et ce conformĂ©ment aux orientations du nouveau modĂšle de dĂ©veloppement (1/3 public et 2/3 privĂ©).
Cette rencontre au-delĂ dâune plateforme de rĂ©flexion se veut Ă©galement un appel Ă lâaction. La contribution du secteur privĂ© ne doit pas se rĂ©duire Ă sa contribution fiscale mais Ă son appui Ă cette dynamique dans laquelle sâest inscrit le Maroc.
Intervenant Ă cette rencontre, Ahmed Chami prĂ©sident du CESE a tenu Ă rappeler les progrĂšs rĂ©alisĂ©s par le Maroc au cours des 20 derniĂšres annĂ©es. Il cite Ă cet Ă©gard, le chiffre dâaffaires des exportations industrielles qui est passĂ© de 61 Mds de DH en 1999 Ă 316 Mds de DH en 2023. « DĂ©jĂ au premier trimestre 2016, les exportations de lâautomobile avaient dĂ©passĂ© celles des phosphates », annonce-t-il. Pour la premiĂšre fois et ce depuis quelques mois, les ventes de lâautomobile marocaines en Europe ont dĂ©passĂ© celles de la Chine.
Toutefois, cela nâempĂȘche pas de dire que des zones dâombre subsistent et que des dĂ©fis restent Ă relever. Le prĂ©sident du CESE cite en premier le taux de chĂŽmage oscillant autour de 13,6% qui reste inacceptable. Le nombre de jeunes en situation de NEET qui reste aussi important soit 25% de la population globale. Des indicateurs qui font peur dâautant plus que le dividende dĂ©mographique prendrait fin en 2040. Câest pour dire quâil faut en profiter aujourdâhui de cette fenĂȘtre dĂ©mographique.
Autre handicap pesant sur la dynamique de croissance est lâinĂ©galitĂ© territoriale sachant que 4 rĂ©gions sâaccaparent 65% du PIB. Ajoutons Ă cela que notre tissu Ă©conomique est trĂšs fragile : 95% des entreprises font moins de 10 millions de DH de chiffre dâaffaires. Aussi, lâinformel reprĂ©sente 30% du PIB et plus de 60% de lâemploi.
Le prĂ©sident du CESE rappelle par ailleurs quâavec 3.900 $ de PIB par habitant, le Maroc est toujours coincĂ© dans le groupe des pays Ă revenus intermĂ©diaires. Or pour sortir de ce piĂšge des pays Ă revenus intermĂ©diaires, le Maroc est appelĂ© Ă enregistrer un taux de croissance de 5 Ă 6%. DâoĂč le rĂŽle quâest appelĂ© Ă jouer le secteur privĂ© pour enclencher une nouvelle dynamique d’investissement et rĂ©aliser des taux de croissance Ă mĂȘme de permettre Ă notre Ă©conomie de relever autant de dĂ©fis y compris celui de l’emploi.
Autre chiffre citĂ© par Ahmed Chami est l’indice ICOR qui caracole autour de 10. Cet indicateur mesure le degrĂ© d’efficacitĂ© de l’utilisation du capital dans une Ă©conomie. Plus le coefficient est Ă©levĂ©, moins l’utilisation du capital est efficace.
Pour le Maroc, il reste tout de mĂȘme Ă©levĂ© si l’on prend en considĂ©ration que le taux dâinvestissement est de lâordre de 32% pour une croissance oscillant bon an mal an autour de 2 Ă 3%. Chami illustre ses propos par des exemples Ă©difiants tels que le cas de la Turquie dont les 2/3 de lâinvestissement sont dĂ©jĂ assurĂ©s par le privĂ©, aux USA, 82% des investissements reviennent au privĂ©, en Europe, 80% des investissements sont Ă©galement rĂ©alisĂ©s par le privĂ©âŠ
Chami exhorte lâinvestissement dans le software (innovation , recherche et dĂ©veloppement animationâŠ) parce que nous avons suffisamment investi dans le hardware.
AprĂšs avoir brossĂ© le tableau, la premiĂšre question quâil faut donc se poser est : y a-t-il des opportunitĂ©s dâinvestissement ? Oui, il existe beaucoup de secteurs porteurs dans lesquels il faut investir (Ă©nergie, Ă©conomie bleue, nouvelles technologiesâŠ). Sans oublier le marchĂ© intĂ©rieur qui regorge dâopportunitĂ©s. Mais encore faut-il banir les distorsions Ă©conomiques. Parce que si lâEtat accorde des avantages fiscaux Ă l’investissement dans l’immobilier, tout investisseur serait attirĂ© par lâimmobilier que par d’autres secteurs plus risquĂ©s. De mĂȘme, si des secteurs sont protĂ©gĂ©s par des barriĂšres Ă lâentrĂ©e trĂšs importantes, lâinvestisseur ne pourra pas y accĂ©der et donc va se tourner vers la pierre. A ce titre, lâEtat de par ses instances de rĂ©gulation peut jouer un rĂŽle particulier en matiĂšre dâinvestissement.
Il peut Ă©galement jouer un rĂŽle dĂ©cisif dans le dynamisme entrepreunerial . Aussi, force est de rappeler quâil existe des barriĂšres d’ordre administratif et dâoĂč lâenjeu de remplacer les autorisations par un cahier de charges quâil faut respecter sauf dans les secteurs stratĂ©giques et vitaux tels que la santĂ©. Il faut par ailleurs renforcer le rĂŽle de lâinstance de la concurrence pour crĂ©er un climat des affaires plus sain.  La rĂ©forme de la justice est Ă©galement impĂ©rative pour que les investisseurs soient plus confiants.
Il s’avĂšre Ă©galement indispensable d’orienter les investissements vers des activitĂ©s productrices de valeur ajoutĂ©e et au cas oĂč elles sont risquĂ©es, il faut quâil y ait des fonds dâaccompagnement.
Chami met lâaccent sur lâinnovation qui reste peu dĂ©veloppĂ©e sans oublier le financement et dâoĂč le rĂŽle que le marchĂ© de capitaux est appelĂ© Ă jouer. Commnet les entreprises puevent-elles se dĂ©velopper si elles doivent se baser Ă 90% sur les financements du secteur bancaire.
Stratégie du Maroc, Transformation structurelle
Force est de constater quâau-delĂ de lâobjectif de diversification productive, la transformation structurelle aÌ travers les activiteÌs dâexportation demeure lieÌe non seulement aux volumes eÌcouleÌs sur les marcheÌs exteÌrieurs mais aussi et surtout aÌ leur contenu technologique. Il semble bien que, suivant lâexpeÌrience des pays nouvellement industrialiseÌs, le degreÌ de sophistication des produits exporteÌs importe plus pour la croissance et les revenus que les volumes eÌcouleÌs. Ce constat a conduit les analystes aÌ eÌvaluer le potentiel dâexportation dâun pays suivant une meÌthodologie speÌcifique baseÌe sur « lâapproche espace-produit » aÌ travers une classification deÌtailleÌe des produits selon le niveau de productiviteÌ quâils incorporent et leur degreÌ de complexiteÌ.
La consolidation de cette dynamique sâimpose actuellement pour la transformation en profondeur des structures Ă©conomiques, la libĂ©ration du potentiel de croissance et lâaccĂšs Ă un meilleur positionnement sur la scĂšne internationale. Cela passe eÌgalement par le deÌploiement dâimportants efforts pour le renforcement des meÌcanismes dâinclusion et de deÌveloppement social. LâeÌlargissement du systeÌme de protection sociale contribue, en effet, autant aÌ la dynamique eÌconomique quâau renforcement de la coheÌsion sociale et aÌ lâinclusion aÌ travers les diffeÌrents dispositifs de soutien aux populations vulneÌrables.
