Coût du transport maritime : quel impact sur l’inflation au Maroc ?

La hausse des coûts du transport maritime a un effet significatif et persistant sur l’inflation au Maroc. Cet impact varie selon qu’il s’agisse de l’indice Harpex, qui reflète les coûts du transport de conteneurs, ou de l’indice Baltic lié aux matières premières. L’analyse.
Après le choc inflationniste qui a secoué le monde et continue de secouer certaines économies et face au contexte géopolitique et guerres commerciales déclarées de part et d’autre, le spectre d’une envolée de l’inflation pointe à l’horizon.
Le cas des États-Unis, où le taux d’inflation a poursuivi sa hausse à 2,7% en juin. Si dans le cas américain cette reprise de l’inflation est liée aux droits de douanes, dans d’autres économies comme la nôtre, elle est liée aux prix des matières importées mais aussi et surtout de la volatilité des coûts de fret comme ce fût le cas durant la crise Covid mais également en 2021 où les indices de transport maritime avaient atteint des niveaux record.
Une période qui a fait l’objet d’une analyse scientifique de ses auteurs Saida Hajjaji et Kamal Lahlou, parue dans la lettre de recherche de Bank Al-Maghrib.
Ce papier scientifique rappelle que le transport maritime demeure un pilier du commerce mondial, assurant près de 80% des échanges en volume.
Cette prédominance en fait également un déterminant essentiel de la formation des prix des biens échangés, en particulier pour les économies ouvertes comme celle du Maroc.
Durant ces dernières années, les coûts du fret maritime ont connu une volatilité sans précédent, alimentée par une succession de chocs.
En effet, la pandémie de Covid-19 a profondément perturbé les chaînes d’approvisionnement, engendrant des goulets d’étranglement et une flambée des taux de fret, exacerbée par la reprise économique post-pandémie.
En effet l’année 2021 a été marquée par des indices du transport maritime ayant atteint des niveaux record sous l’effet de la congestion portuaire, de la pénurie de conteneurs et de la hausse des coûts énergétiques.
La guerre en Ukraine est venue aggraver la situation en bouleversant les routes commerciales et en augmentant les coûts opérationnels.
Dans leur analyse, les auteurs ont cherché à évaluer l’impact des fluctuations du fret maritime sur l’inflation au Maroc en répondant aux interrogations suivantes : Quelle est l’ampleur et le délai de la transmission des hausses des coûts du transport à l’inflation ? Quels en sont les principaux canaux de transmission ?
L’analyse repose sur deux approches économétriques complémentaires : un modèle SVAR avec identification des chocs à la Cholesky et un modèle VAR avec restrictions de signes.
Ces modèles ont été appliqués à des données mensuelles couvrant la période 2012-2022 en vue d’examiner l’évolution des effets inflationnistes dans le temps.
Deux indices de référence du fret maritime ont été retenus : l’indice Harpex, qui reflète l’évolution des coûts d’expédition des conteneurs, et l’indice Baltic, qui mesure les fluctuations des prix du transport des matières premières en vrac.
D’autres variables influençant l’inflation ont également été intégrées, notamment les cours internationaux du pétrole, les prix des matières premières non énergétiques, les prix à la production industrielle et le crédit bancaire.
Hausse des coûts du transport maritime : un effet significatif et persistant sur l’inflation au Maroc
Selon l’article, l’indice Harpex, qui reflète les coûts du transport de conteneurs, exerce une pression plus forte sur l’inflation que l’indice Baltic, davantage lié aux matières premières.
Une augmentation de 100% des taux de fret Harpex entraîne une hausse de 0,3% de l’inflation globale (IPC), de 0,5% de l’inflation sous-jacente (IPCX) et de l’inflation des biens échangeables (IPCXE).
En comparaison, un choc similaire sur l’indice Baltic se traduit par une hausse plus modérée de l’inflation, atteignant au maximum 0,2 %.
L’analyse met ainsi en évidence un effet plus marqué du fret maritime sur l’inflation sous-jacente et les prix des biens échangeables, une tendance qui s’explique par la nature des produits transportés.
Les biens importés, qu’ils soient destinés à la consommation finale ou intermédiaire, sont particulièrement exposés aux fluctuations des coûts du transport maritime.
En revanche, l’impact sur l’inflation globale est atténué par le poids des composantes domestiques dans le panier de consommation.
Un autre enseignement clé de ce travail est que la transmission des coûts du fret à l’inflation ne se fait pas instantanément.
L’effet se diffuse progressivement et ne commence à se dissiper qu’après 8 mois pour l’inflation globale et jusqu’à 12 mois pour l’inflation des biens échangeables. Cette dynamique souligne l’importance des effets indirects, notamment la répercussion des coûts du transport sur les prix des intrants intermédiaires, qui se traduit par une augmentation des coûts de production avant d’impacter les prix finaux.
En guise de conclusion, les résultats de ce travail confirment que les coûts du transport maritime constituent un facteur qui influence l’inflation au Maroc.
En raison de son ouverture commerciale significative et de sa forte dépendance aux importations, l’économie marocaine est de plus en plus exposée aux variations des taux de fret.
Par ailleurs les auteurs alertent sur le fait que si marché du transport maritime ait connu une relative stabilisation en 2023 et 2024 après les tensions des années 2021-2022, plusieurs risques demeurent.
La concentration accrue du secteur, où trois grandes alliances contrôlent plus de 80% du marché mondial du fret conteneurisé, réduit la flexibilité des prix et pourrait accentuer la volatilité des coûts à l’avenir.
Par ailleurs, les tensions géopolitiques continuent d’exercer des pressions sur les prix des carburants, les routes maritimes ainsi que les chaînes logistiques mondiales.
Enfin, dans la perspective d’amélioration de ce travail, les auteurs préconisent de développer des indices spécifiques permettant de suivre l’évolution des coûts du fret appliqués aux importations marocaines.
Parallèlement, une réflexion sur la diversification des modes de transport semblerait pertinente pour atténuer l’impact des chocs du fret sur l’inflation.

