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Economie

Croissance économique 2026 : le dosage macroéconomique actuel est-il toujours judicieux ?

croissance

Ecrit par Soubha Es-Siari I

Si la politique budgétaire adoptée par les pouvoirs publics s’inscrit dans une logique de rendre plus dynamique la croissance économique, le maintien du taux directeur pour le quatrième trimestre successif à son niveau à la fin de l’année 2025 semble quelque peu en décalage par rapport au besoin pressant de soutien à l’activité notamment dans un contexte désinflationniste. Analyse

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Les dernières projections économiques nationales de plusieurs institutions nationales ou internationales sont globalement positives et attestent d’un redressement du cycle économique. La plus récente est celle des services du FMI qui ont déclaré à l’occasion de leur mission de consultations au titre de l’article IV avec le Maroc que la croissance économique en 2025, estimée à 4,9% a été stimulée par la vigueur des secteurs agricoles et de la construction ainsi que des services. Cette dynamique devrait se poursuivre en 2026, avec une croissance projetée à 4,9%.

Aussi, lors du précédent conseil, les projections de Bank Al-Maghrib tablaient-elles sur une accélération de la croissance économique de 3,8% en 2024 à 4,6% cette année, et sur une consolidation à 4,4% en 2026.

Ces projections et bien d’autres annoncent à ce titre une forte inflexion dans le sentier de croissance par comparaison à la tendance moyenne des dernières années. Le redressement attendu du cycle d’activité tel qu’il ressort des différentes  projections se révèle d’autant plus favorable qu’il s’accompagne d’une forte réduction des tensions inflationnistes.

Après avoir culminé à 6 % en 2022, la hausse des prix a été progressivement contenue ces dernières années pour s’établir au terme de l’exercice 2025 à une moyenne de 0,9 %. Les pronostics pour l’année en cours s’inscrivent dans le prolongement de cette tendance avec taux d’inflation prévisionnel ne dépassant guère 1,3 %.  C’est ce qui ressort des projections de BAM lors du dernier conseil tenu au mois de décembre.

La reprise du cycle de croissance dans un contexte fortement désinflationniste ne manque pas d’interpeller quant aux orientations assignées au dosage macroéconomique et son degré d’adaptation à l’évolution de l’activité.

Si au plan budgétaire,  les choix opérés dans le cadre de la Loi de Finances 2026 s’inscrivent franchement dans un soutien accru à l’activité économique à travers l’effort d’investissement public, force est de constater que la politique monétaire marque encore un certain décalage par rapport aux développements conjoncturels actuels et à venir.

Ceci apparaît à travers le maintien du taux directeur inchangé au niveau de 2,25 pour la quatrième fois consécutive, depuis la dernière baisse qui remonte au premier trimestre de l’année précédente. Sachant que la conduite de la politique monétaire repose fondamentalement sur un arbitrage délicat entre stabilité des prix et soutien de l’activité, les choix opérés en le cas d’espèce sont qualifiés par nombre d’économistes comme étant trop prudentes.

En effet, si les arguments en faveur de la prudence monétaire sont, en règle générale, recevables, de tels arguments apparaissent insuffisants dans la situation actuelle au regard de la stabilisation de l’inflation et aux besoins de croissance.

Dans un contexte pareil marqué par une désinflation, le maintien du taux directeur à son niveau au début de l’année précédente peut se ressentir sur le coût du crédit, pénalisant ainsi la relance de l’investissement privé, principal moteur de la croissance à moyen terme.  A ce titre, une baisse graduelle et mesurée du taux directeur est de nature à stimuler la demande de crédit sans remettre en cause l’objectif de stabilité des prix.

Aussi est-il important de rappeler que les besoins de financement liés aux transformations structurelles de l’économie marocaine sont considérables. La modernisation de l’agriculture, la transition énergétique, le développement industriel et les investissements dans les infrastructures hydriques nécessitent des conditions financières plus favorables.

Autrement dit, en l’absence d’un assouplissement monétaire, la charge du soutien à la croissance repose essentiellement sur la politique budgétaire, dont les marges de manœuvre demeurent limitées par les impératifs de soutenabilité des finances publiques, en l’occurrence la dette publique.

Cette situation révèle une certaine asymétrie du dosage macroéconomique, dans laquelle la politique monétaire apparaît relativement plus prudente au regard de l’évolution récente de l’inflation.

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