🎥 La dédollarisation de l’économie mondiale : entre intentions et réalité

Ecrit par Soubha Es-Siari I
Bien qu’il soit contesté par tous, le dollar est et restera encore en tête. Le passage d’une monnaie dominante à une autre de réserve est souvent lent très lent même. Il a fallu 20 ans pour que le dollar remplace la livre sterling. Les taux de change varie chaque jour mais les parts de marché respectives des devises qui représentent le système monétaire mondial évoluent très lentement.
La dédollarisation de l’économie mondiale : les intentions et la réalité a fait l’objet de la thématique de la conférence inaugurale de la rentrée académique de l’ISCAE. Cette conférence a été animée par Christian De Boissieu, professeur émérite Paris 1 Sorbonne, Economiste et vice-président des cercles des économistes en France.
Selon l’économiste, la domination du dollar est due certes au poids économique des USA mais également à leur puissance militaire. C’est pour dire le lien étroit entre l’économie et le militaire.
La dollarisation se définit comme l’usage extensif du dollar américain entre acteurs économiques non américains. Elle reflète la confiance dans le système économique, financier et juridique des États-Unis.
A rappeler que l’économie mondiale s’est rapidement dollarisée avec l’avènement des accords de Bretton Woods de 1944, qui établissent que « le dollar est aussi bon que l’or ».
Il rappelle également dans la foulée que souvent le temps entre le passage d’une monnaie dominante à une monnaie de réserve est lent. D’ailleurs, il a fallu 20 ans pour que le dollar remplace la livre sterling. Les taux de change varie chaque jour mais les parts de marché respectives des devises qui représentent le système monétaire mondial changent très lentement.
En 2000, le dollar représentait 70% des réserves des banques centrales dans le monde, aujourd’hui, 25 ans après, il se situe à 59%. En 25 ans, il n’a perdu que 10 pbs. « Les mécanismes géopolitiques et économiques sont la source de la prédominance du dollar. Selon lui, le yen japonais et la livre sterling sont tombés en 2e division et c’est irréversible. Le yen chinois représente 3% des réserves mondiales des banques centrales sachant que la Chine est la 2e puissance économique mondiale et dans les prévisions, elle va devenir la première puissance économique », indique Christian De Boissieu. Le yen chinois est peu utilisé dans l’économie mondiale parce qu’il n’est pas convertible. ‘Tant que les chinois n’ont pas rendu leur devise pleinement convertible sur le plan international, il est difficile de la concevoir comme monnaie internationale », explique Christian De Boissieu.
De plus en plus, la finance chinoise s’impose à l’instar de la finance américaine et européenne. Donc dans 10 ans, la finance mondiale sera organisée autour de 3 devises : le dollar, bien qu’il perde des parts de marché sera numéro 1, l’euro sera là (il a permis à des économies de traverser la crise) et le yen va gagner des parts de marché.
Interrogé sur la possibilité que le bitcoin pourrait remplacer le dollar, il répond en précisant que le bitcoin est un actif pas une monnaie. Le bitcoin n’ a pas de cours légal.
Dédollarisation : un serpent de mer
Avec la fin du système monétaire international intervenue en 1971-1973, la question de la dédollarisation est devenue un serpent de mer. Depuis la grande crise financière de 2007-2009, les prémices d’une dédollarisation durable semblent se manifester plus sérieusement, du fait de la montée en puissance économique et géopolitique de la Chine, et des soubresauts du système financier américain.
Plusieurs indicateurs permettent d’affirmer que la dollarisation de l’économie mondiale reste encore très marquée en 2023.
Tout d’abord, le dollar demeure la monnaie refuge en cas de crise économique. Lors des cinq dernières récessions qui ont touché les États-Unis, et plus largement les économies développées (1981-1982, 1990-1991, 2001, 2007-2009 et 2020), le rendement des obligations d’État américaines à 10 ans (T-Bonds) a chuté de plus de 16 % en moyenne, démontrant ainsi que la dette souveraine des États-Unis est très prisée durant les périodes de forte aversion au risque.
Ensuite, le billet vert est privilégié dans la finance internationale…
Quid de l’élargissement des brics ?
Les BRICS, initialement formés par le Brésil, la Russie, l’Inde, la Chine et l’Afrique du Sud ont évolué au fil des ans pour devenir un acteur incontournable sur la scène internationale. Cette coalition, désormais renommée BRICS+ suite à l’ajout de cinq nouveaux pays au 1er janvier 2024 (Egypte, Éthiopie, Iran, Arabie Saoudite et Émirats Arabes Unis) cherche à promouvoir la coopération et la solidarité entre les nations émergentes et en développement. Depuis leur création, les BRICS se sont réunis lors de sommets annuels pour coordonner leurs politiques et renforcer leur influence collective.
Le lancement d’une nouvelle monnaie s’inscrirait dans le cadre d’une stratégie plus large visant à réduire la dépendance des BRICS+ vis-à-vis du dollar américain. Cette initiative permettrait aux BRICS+ de contourner le système de paiement international actuel, SWIFT, basé sur le dollar, et donc contrôlé par les États-Unis. L’affranchissement des BRICS+ vis-à-vis du dollar américain serait également synonyme de protection contre les sanctions américaines découlant de l’extraterritorialité du droit américain lié à l’usage du dollar.
En créant un système de paiement indépendant, les BRICS+ pourraient ainsi contourner les restrictions financières imposées par les États-Unis et renforcer leur autonomie économique. Enfin, la dédollarisation permettrait de renforcer le commerce intra-BRICS+, qui est d’ores et déjà vigoureux, mais fortement polarisé par la Chine. L’empire du milieu étant le partenaire commercial de la majorité des BRICS+, l’axe d’amélioration principal pour le groupement de pays est ainsi le commerce intra-BRICS+ hors Chine. L’usage d’une monnaie commune pourrait être un levier afin d’y parvenir.
Toutefois, la mise en œuvre d’un tel système ne sera pas sans défis. Les différences politiques, économiques et technologiques entre les pays membres des BRICS+ pourraient compliquer la coordination et la mise en œuvre du projet. De plus, il existe un véritable gouffre entre la volonté politique des gouvernements de certains membres et celle des leurs entreprises. Les gouvernements les plus libéraux des BRICS+ devront ainsi être en capacité de convaincre les acteurs privés locaux de l’intérêt supérieur de la MNBC face au dollar, une tâche qui s’annonce difficile.
Enfin, il est difficilement imaginable que les États-Unis restent passifs vis-à-vis de la situation, il est fort probable que l’Oncle Sam intervienne pour entraver la tentative des BRICS+ de briser l’hégémonie du dollar sur les marchés financiers et commerciaux internationaux.

