Évaluation financière : les points forts et les zones de vigilance de l’économie

Malgré les incertitudes mondiales, les fondamentaux économiques du Maroc se renforcent avec une croissance de 4,9 % et une inflation contenue à 0,8 % en 2025. Cette dynamique vertueuse s’appuie sur un secteur financier performant, marqué par une hausse spectaculaire des résultats nets bancaires de 22,7 %. Néanmoins, une évaluation rigoureuse de la stabilité financière impose d’analyser les risques associés à cette reprise : une dette bancaire des entreprises non financières s’elevant à 657 milliards de dirhams et un taux de créances en souffrance de 8,3 % qui appelle à une vigilance continue. C’est ce qui ressort du 13ème numéro du Rapport sur la Stabilité Financière au titre de l’exercice 2025 publié par Bank Al-Maghrib, l’ACAPS et l’AMMC.
Dans un environnement mondial bousculé par les tensions géopolitiques et le resserrement budgétaire, l’économie marocaine fait preuve d’une résilience remarquable. Portée par le redressement du secteur agricole et la dynamique continue des activités non agricoles, la croissance nationale a bondi à 4,9 % en 2025, contre 4,4 % l’année précédente. Cette accélération s’est opérée sous le signe de la maîtrise des prix, avec une inflation exceptionnellement basse stabilisée à 0,8 %. Selon les projections de Bank Al-Maghrib, cette trajectoire positive devrait culminer à 5,2 % en 2026, avant de refluer à 3,1 % en 2027, parallèlement à une remontée progressive de l’inflation à 1,5 % puis 2,1 %.
Sur le front extérieur, le Royaume s’appuie sur des piliers solides. Si le déficit du compte courant s’est creusé pour atteindre 2,4 % du PIB en 2025, il reste parfaitement contenu grâce à la performance des recettes touristiques et des transferts des Marocains résidant à l’étranger (MRE). Portés par des investissements directs étrangers (IDE) en nette progression, les avoirs officiels de réserve se renforcent confortablement, garantissant désormais 5 mois et 11 jours d’importations.
Enfin, l’État maintient le cap de la rigueur budgétaire. Grâce à l’optimisation des recettes fiscales et à l’allègement de la charge de la compensation, le déficit public (hors cessions de participations) s’est réduit à 3,5 % du PIB en 2025. Cette dynamique vertueuse permet au ratio de la dette du Trésor d’amorcer un léger repli à 66,6 % du PIB, confirmant la solidité des équilibres macroéconomiques du pays face aux incertitudes mondiales.
Les entreprises non financières affichent une dette bancaire de 657 milliards de dirhams et une amélioration des délais de paiement, tandis que le secteur bancaire présente une hausse de 22,7 % du résultat net en 2025 avec un taux de créances en souffrance de 8,3 %. La structure financière montre un recul du taux de défaut à 11,2 % et une meilleure gestion des créances clients.
Sur le plan macroprudentiel, l’évaluation des principaux indicateurs de suivi n’a pas mis en évidence de risques cycliques justifiant l’activation du coussin de fonds propres contracyclique, dont le taux a ainsi été maintenu à 0%. Par ailleurs, la liste des banques d’importance systémique nationale est demeurée inchangée, de même que le niveau de la surcharge en fonds propres qui leur est applicable.
De son côté, le secteur des assurances a poursuivi sa dynamique de croissance dans un contexte économique globalement favorable. Son chiffre d’affaires a atteint 63,2 milliards de dirhams, en progression de 7,5%, porté à la fois par la branche vie (8,4%), soutenu par la bonne tenue de l’activité épargne dont la collecte a progressé de 8,9%, et par la branche non-vie (6,6%).
Sur le plan de la rentabilité, le secteur a dégagé un résultat net de 5,3 milliards de dirhams, en hausse de 21,4%, reflétant principalement la bonne performance des produits financiers. Grâce à cette évolution favorable, le rendement des fonds propres (ROE) a atteint 11,1%, son plus haut niveau sur les dix dernières années.
Portées par la bonne performance du marché financier, les plus-values latentes ont fortement augmenté pour atteindre 62,5 milliards de dirhams, portant leur ratio aux placements à 23,8%, un record historique, en lien principalement avec la poursuite de la progression des valorisations boursières.
Ces améliorations des plus-values latentes et de la rentabilité ont permis de renforcer les éléments constitutifs de la marge de solvabilité du secteur, dont le ratio réglementaire a progressé de 54,7 points pour atteindre 409,4%. Par ailleurs, les exercices de stress tests ont confirmé la résilience globale des entreprises d’assurances face aux conditions macroéconomiques et techniques défavorables.
Pour leur part, les régimes de retraite de base ont continué, en 2025, d’enregistrer des déséquilibres structurels, malgré une amélioration temporaire de certains indicateurs financiers à la suite des augmentations salariales issues du dialogue social du 29 avril 2024. Ces hausses ont certes généré un surcroît de ressources pour les régimes du secteur public, mais elles ne permettraient pas d’augmenter significativement l’horizon de viabilité du régime CMR- RPC et se traduiraient, pour le régime RCAR-RG qui se caractérise par une sous-tarification des droits octroyés, par une dégradation de ses indicateurs d’équilibre. En dépit d’un excédent global de la branche long terme du régime de la sécurité sociale (CNSS-LT) soutenu par une dynamique démographique favorable, la sous-tarification structurelle persistante de cette branche fragilise ses équilibres à long terme.
Dans ce contexte, la réforme systémique du secteur, fondée sur la mise en place de deux pôles public et privé demeure indispensable pour résorber une grande partie des engagements non couverts et assurer la soutenabilité financière des régimes à long terme.
Sur le marché boursier, l’indice MASI a enregistré une performance annuelle de 27,6%, favorisée par l’amélioration des perspectives économiques et la progression des résultats des sociétés cotées. Cette dynamique s’est accompagnée d’un renforcement de la liquidité, dont le taux est passé de 12,5% à fin 2024 à 14,2% à fin 2025, d’une progression du volume annuel des transactions qui a atteint 137,3 milliards de dirhams, ainsi que d’une nette hausse des levées de capitaux qui ont atteint 10,4 milliards de dirhams contre 6,3 milliards en 2024. Pour ce qui est du niveau de valorisation, le ratio cours/bénéfices (PER) est ressorti globalement à 20 fois au lieu de 21,7 fois à fin 2024. Sur le marché obligataire, les émissions de bons du Trésor (BDT) se sont établies à 162 milliards de dirhams en 2025, contre 172 milliards en 2024, confirmant la tendance baissière amorcée depuis 2023. L’encours des BDT est ainsi ressorti à 787 milliards de dirhams à fin 2025 en hausse de 4% par rapport à 2024.
Au niveau du marché de la dette privée, les émissions se sont élevées à 117,7 milliards de dirhams, en hausse de 16%, portées essentiellement par le dynamisme des émissions obligataires (+113%). Les opérations de placement privé ont représenté 75,5% du volume global des émissions obligataires, contre 50% en 2024. L’encours de la dette privée a ainsi progressé de 10% pour atteindre 308 milliards de dirhams à fin 2025. Les indicateurs financiers des sociétés non financières émettrices de dette privée sont demeurés globalement solides, en dépit d’une légère hausse de leur ratio d’endettement net rapporté aux fonds propres (gearing), passé de 86,8% en 2024 à 88,8% en 2025.
L’actif net global des Organismes de placement collectif en valeurs mobilières (OPCVM) a poursuivi sa tendance haussière, enregistrant une progression de 20,2% à 785 milliards de dirhams à fin 2025. Concernant l’activité de titrisation, le volume des émissions des fonds (FPCT) a connu une hausse exceptionnelle à 15,5 milliards de dirhams contre 2,4 milliards un an auparavant, l’actif total ressortant à 31,8 milliards à fin 2025. De leur côté, les OPCI ont maintenu leur dynamique de croissance, leur actif net global s’étant accru de 23% à 133,9 milliards de dirhams. Par ailleurs, l’activité de capital-investissement a poursuivi sa progression, l’actif net des OPCC s’étant établi à 5,52 milliards de dirhams, en hausse de 75,9%, porté par la création de nouveaux fonds.
Le volume des opérations de prêt de titres s’est situé à 435,6 milliards de dirhams en 2025, en hausse annuelle de 25%. Ces opérations sont restées dominées par les BDT avec une part de 95,5% des titres prêtés en 2025. Les OPCVM et les banques demeurent les principaux intervenants sur le marché du prêt de titres.
Les infrastructures des marchés financiers consolident leur résilience et contribuent à la stabilité financière
Les Infrastructures des Marchés Financiers (IMF) ont continué de faire preuve d’une résilience notable en 2025, tant sur le plan financier qu’opérationnel. Les infrastructures d’importance systémique ont notamment assuré un niveau élevé de disponibilité et de fiabilité de leurs services, garantissant l’exécution sécurisée et continue des opérations de paiement, de compensation et de règlement et contribuant ainsi au bon fonctionnement du système financier.
Au total, la résilience du système financier s’est confirmée en 2025, soutenue par le raffermissement de l’activité économique, la solidité des institutions financières et le renforcement des infrastructures des marchés financiers. Les analyses de vulnérabilité et les exercices de résistance réalisés au cours de l’année confirment la capacité du système financier à absorber des chocs sévères.
Cela étant, plusieurs facteurs de vigilance appellent une surveillance rapprochée. Ils sont liés notamment à la persistance de l’incertitude sur le plan international, à la progression de l’endettement de certains agents économiques, ainsi qu’aux risques émergents, en particulier ceux d’ordre technologique. Ces évolutions continueront de faire l’objet d’un suivi rapproché dans le cadre de la politique macroprudentielle.
