Fête de l’Unité : de la continuité nationale au tournant stratégique

La première Fête de l’Unité invite à relier la mémoire nationale aux évolutions de la question du Sahara marocain. À la lumière du communiqué du Cabinet Royal du 30 octobre 2026, elle prend une portée particulière : celle d’une continuité historique qui se prolonge dans l’action diplomatique et dans l’ambition africaine du Royaume.
Le Maroc est dans son Sahara. Cette affirmation résume un engagement national dont la portée dépasse les seules séquences diplomatiques. Elle renvoie à l’histoire de l’État, aux liens entre le Trône et les populations sahariennes, ainsi qu’aux efforts consentis pour le parachèvement de l’intégrité territoriale. La Fête de l’Unité donne à cette continuité une place durable dans la mémoire collective.
Cette première célébration intervient dans une séquence que le Cabinet Royal présente comme un pas significatif vers la clôture du dossier aux Nations unies. Pour en apprécier la portée, il convient de relier les fondements de la position marocaine aux acquis diplomatiques et aux perspectives de coopération qu’ils permettent d’envisager.
Une continuité historique devenue mémoire nationale
La légitimité historique défendue par le Maroc repose notamment sur les liens de Beïa entre les sultans et les tribus sahariennes. Ces liens occupent une place centrale dans l’argumentation du Royaume : ils inscrivent l’appartenance dans une organisation politique où l’allégeance au Souverain participait à la continuité de l’État. Le discours royal du 6 novembre 2024 a rappelé l’importance de cet héritage dans la cause nationale.
Le recouvrement de Tarfaya en 1958, de Sidi Ifni en 1969, la Marche Verte en 1975, puis Oued Eddahab en 1979 jalonnent le parcours marocain de parachèvement de l’intégrité territoriale. La Fête de l’Unité permet de transmettre cette histoire comme un ensemble cohérent, en reliant les étapes territoriales à la mobilisation nationale qui les a accompagnées.
Son sens tient aussi à cette inscription dans la durée. Les avancées diplomatiques prennent place dans une histoire collective, portée par l’engagement du Roi et du peuple. La célébration offre ainsi l’occasion de comprendre ce qui relie la mémoire des sacrifices aux responsabilités du présent.
La portée du tournant diplomatique
Le communiqué du 30 octobre 2026 situe la non-reconduction du mandat de la MINURSO dans une transformation du traitement du dossier. Il annonce que la présence de la mission devrait cesser dans les prochains jours et estime que cette évolution devrait conduire au retrait de la question de l’ordre du jour du Conseil de sécurité. Il présente également le processus politique onusien comme suspendu et annonce des démarches auprès d’autres organes de l’ONU.
La distinction entre cette orientation marocaine et les actes institutionnels nécessaires à sa réalisation demeure essentielle. L’absence de renouvellement de la mission ne constitue pas, à elle seule, une résolution adoptant un règlement définitif. La portée politique de cette séquence s’apprécie donc aussi à travers les suites diplomatiques et institutionnelles qui lui seront données.
La résolution 2797 de 2025 avait déjà placé la proposition marocaine d’autonomie à la base des négociations et reconnu qu’une véritable autonomie pourrait constituer une issue des plus réalisables. Pour le Royaume, l’enjeu est désormais de consolider les acquis et de faire évoluer les conditions dans lesquelles sa cause nationale est traitée.
Une dimension régionale à prendre en compte
L’analyse doit également intégrer le rôle de l’Algérie. Depuis le milieu des années 1970, son soutien au Front Polisario constitue une donnée structurante du différend. Les archives du Département d’État américain décrivaient dès 1977 un appui en armes, en formation et en logistique. Le Congressional Research Service rappelle encore en 2024 que l’Algérie accueille le mouvement sur son territoire.
Pour le Maroc, cette implication entretient depuis un demi-siècle la contestation de son intégrité territoriale et contribue à la persistance du conflit. Le discours royal du 6 novembre 2014 soulignait déjà la nécessité de faire assumer à l’Algérie sa responsabilité dans la recherche d’une solution. Prendre en compte ce rôle permet de comprendre les blocages régionaux auxquels la diplomatie marocaine a dû répondre dans la durée.
La continuité de la diplomatie royale
Sous l’impulsion de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, l’initiative d’autonomie présentée en 2007 a donné une expression politique concrète à la position du Royaume. Elle propose une large gestion régionale des affaires publiques dans le cadre de la souveraineté marocaine, en associant unité nationale et participation des populations.
Le dialogue au plus haut niveau et le travail diplomatique dans les enceintes internationales ont progressivement élargi les soutiens. La reconnaissance américaine annoncée en 2020, la position espagnole de 2022 en faveur de l’autonomie et la position française de 2024, qui inscrit le présent et l’avenir du Sahara dans le cadre de la souveraineté marocaine, marquent des étapes majeures de cette évolution.
Le soutien constant des partenaires arabes, notamment des États du Conseil de coopération du Golfe, renforce cette dynamique. Le communiqué du Cabinet Royal indique que plus des deux tiers des membres de l’ONU appuient l’autonomie sous souveraineté marocaine comme seul cadre de solution. La consolidation de ces engagements demeure un axe essentiel de l’action du Royaume.
Le Sahara dans la projection africaine du Royaume
Le leadership régional du Maroc s’appuie également sur une capacité à proposer des coopérations répondant aux besoins de ses partenaires. La coopération Sud-Sud, dans la formation, l’agriculture, les services financiers, l’énergie ou les infrastructures, donne un contenu économique à cette diplomatie.
L’Initiative atlantique visant à favoriser l’accès des pays du Sahel à l’océan illustre cette ambition. Le désenclavement peut ouvrir de nouvelles possibilités commerciales et renforcer l’intégration régionale. Les provinces du Sud y occupent une place stratégique, notamment à travers le projet de port Dakhla Atlantique et les connexions qu’il doit permettre de développer.
Cette ouverture prolonge le rôle de pont que joue le Maroc entre l’Europe et l’Afrique. Elle donne au Sahara marocain une place croissante dans les échanges et les partenariats du Royaume. L’intérêt de cette projection se mesurera à ses effets pour les populations : emplois, formation et participation des entreprises locales aux nouvelles activités.
L’attachement au cessez-le-feu, réaffirmé dans le communiqué, inscrit cette ambition dans une exigence de stabilité. La défense des intérêts nationaux et la construction de partenariats durables se rejoignent ici : les coopérations ont besoin de sécurité, de confiance et de visibilité.
Une transmission tournée vers l’avenir
La Fête de l’Unité peut devenir un rendez-vous vivant de transmission. Pour les jeunes Marocains, dans le Royaume comme à l’étranger, comprendre cette journée suppose de connaître les étapes historiques, les fondements de la position marocaine et la portée exacte des textes internationaux. Cette connaissance nourrit une fierté capable de s’exprimer avec assurance et précision.
La continuité nationale prend ainsi une dimension concrète : préserver la mémoire, comprendre les acquis et participer à l’avenir des provinces du Sud. Le tournant stratégique trouve sa portée dans cette articulation entre la légitimité que défend le Royaume, la reconnaissance internationale qu’il consolide et les perspectives de développement et de coopération qu’il ouvre.
Écrit par Ali Lahrichi
Professeur de Droit et Sciences politiques
Bibliographie
Cabinet Royal. « Communiqué du Cabinet Royal ». 30 octobre 2026. Portail du Chef du gouvernement.
Cabinet Royal. « Communiqué instituant la Fête de l’Unité ». 4 novembre 2025. Portail Maroc.ma.
Congressional Research Service. Algeria. Mise à jour du 24 juillet 2024, IF11116.


