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Economie

Finances publiques : la croissance fiscale suffira-t-elle à freiner la spirale des intérêts ?

finances publiques commande publique

En matière de finances publiques, derrière les chiffres publiés par la Trésorerie Générale du Royaume (TGR), se cache une réalité socio-économique importante : le coût de l’argent emprunté. À fin août 2026, les charges en intérêts de la dette publique ont atteint le montant colossal de 35 Mds de DH. Une hausse de 3,4% en un an qui illustre parfaitement les eaux troubles des taux d’intérêt élevés dans lequel s’enfoncent depuis longtemps les finances de l’État.

Ces milliards peuvent sembler abstraits. Toutefois, ils représentent un véritable coût d’opportunité social. Chaque dirham versé pour rémunérer les créanciers est un dirham qui n’ira ni dans la construction d’écoles, ni dans la mise à niveau des hôpitaux, ni dans le financement de la transition énergétique. À titre de comparaison, ce montant engloutit près du triple de ce que l’État a dépensé pour soutenir le pouvoir d’achat via la Caisse de compensation (11,1 Mds de DH) sur la même période.

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Certains analystes soulignent que l’augmentation de 3,4% des charges d’intérêts reste inférieure au rythme de croissance des recettes ordinaires (+5,5%). «Tant que la dynamique fiscale (menée par l’IS et la douane) surperforme l’évolution du coût de la dette, le pays évite le décrochage », explique un spécialiste en finances publiques. Néanmoins, le fait que ces intérêts absorbent désormais près de 10% des recettes ordinaires de l’État constitue un seuil d’alerte structurel majeur. Ce montant limite considérablement l’espace budgétaire pour d’autres chantiers prioritaires en ces temps qui courent.

Une double peine : rembourser plus cher pour refinancer l’existant

Cette lente dérive budgétaire s’explique par un environnement financier international rigide. Les vagues successives de resserrement monétaire des grandes banques centrales ont durablement renchéri le loyer de l’argent. Pour le Maroc, qui a dû émettre d’importantes obligations internationales ces dernières années, l’heure des comptes a sonné.

L’analyse de la dette budgétisée révèle ce qui suit :

  • Le poids des intérêts :35 Mds de DH injectés à fonds perdus pour honorer le simple coût des emprunts passés.
  • Le remboursement du principal :37,3 Mds de DH (+4,1%) consacrés à l’amortissement du capital. Ce poste est lourdement impacté par l’explosion des remboursements de la dette extérieure (+7,3 Mds de DH), que la baisse de la dette intérieure (-5,8 Mds de DH) ne suffit plus à compenser.

Le paradoxe d’un État qui produit, mais qui paie son passé

Le plus désobligeant dans cette configuration économique tient à un paradoxe. Les efforts fiscaux des Marocains paient : les recettes douanières et domestiques (portées par l’impôt sur les sociétés) affichent une santé de fer. Mais cette excellente performance se retrouve littéralement siphonnée par le service de la dette et la hausse des dépenses de fonctionnement. C’est ce qui explique le creusement du déficit budgétaire à 56,9 Mds de DH.

Sans ce fardeau des intérêts, les comptes publics frôleraient l’équilibre. Ce constat pose une question fondamentale sur la viabilité de notre modèle de développement : jusqu’à quand l’économie réelle pourra-t-elle financer l’inertie de la dette passée sans asphyxier les investissements d’avenir ?

 « Le Maroc subit le contrecoup des émissions obligataires internationales passées à des taux plus élevés », décrypte un économiste de marché. Cependant, les experts rappellent que la stratégie globale du Ministère de l’Économie et des Finances et de Bank Al-Maghrib visant à préserver un stock de devises solide (les avoirs officiels de réserve ayant franchi le cap historique des 500 Mds de DH en août 2026) offre un excellent bouclier. Ce matelas de sécurité rassure les investisseurs étrangers et protège la signature souveraine du Royaume sur les marchés internationaux.

Malgré le creusement du déficit budgétaire global à 56,9 Mds de DH, les économistes invitent à regarder le solde budgétaire ordinaire, qui reste excédentaire à 4,7 Mds de DH. Cet indicateur prouve que l’État parvient encore à couvrir ses dépenses courantes par ses revenus habituels, sans avoir à s’endetter pour payer le fonctionnement de base. La trajectoire de réduction du déficit vers les objectifs cibles de moyen terme (3% à l’horizon 2026-2027) reste validée par les institutions internationales comme la Banque mondiale, à condition que la croissance économique promise à 4,1% pour 2027 se concrétise.

En fin de compte, la gestion de cette charge de la dette sera le fil conducteur du prochain Projet de Loi de Finances (PLF). Le gouvernement devra arbitrer avec précision : continuer à soutenir la relance économique et l’État social tout en veillant à ce que le loyer de l’argent ne vienne pas asphyxier les générations futures.


Lire également : Trésor : le déficit budgétaire a atteint 56,9 Mds de DH à fin août 2026

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