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Economie

Fossé entre communication politique et insuffisance de la production électrique renouvelable à satisfaire la demande locale

électrique

Le schéma des flux d’entrée d’électricité de la Figure 1 visualise la terminologie utilisée dans la suite :

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Figure 1 Schéma synoptique simplifié des flux d’électricité à l’entrée du réseau électrique national

  • la production brute locale (PBL) englobe la totalité des apports d’électricité des centrales électriques du pays, qu’elles soient de source renouvelables ou non, y compris celles qui produisent de nouveau de l’électricité après l’avoir consommée,
  • la production nette locale est obtenue après en déduisant de la PBL précédente toute l’électricité absorbée par la production d’électricité elle-même,
  • l’électricité nette appelée (ENA) est obtenue en déduisant de la PNL précédente le solde net de l’électricité importée (ajout des imports et déduction des exports).

Les réactions injustifiées de la droite et de l’extrême-droite espagnoles aux tristes évènements de Ceuta ont fait découvrir à certains que le Maroc était aussi énergétiquement dépendant de l’Espagne. Précisément :

  1. Pour la satisfaction de la quasi-totalité de sa demande en gaz naturel, en fait 91,7% en 2025, soit la totalité de l’alimentation des deux centrales électriques à cycle combiné alimentées par le Gazoduc Maghreb-Europe (GME) traversant le Détroit de Gibraltar. En 2025, elles ont assuré :
    • 9,9% de la production nette locale d’électricité,
    • soit 9,7% de la production brute locale d’électricité,
    • ou bien encore 9,1% de l’électricité nette appelée qui est, en fait, la demande à l’entrée du réseau électrique marocain.
  2. Pour la satisfaction d’environ un cinquième de sa demande en gasoil, en fait 21,4% en 2025.
  3. Pour la satisfaction d’une partie substantielle de ses besoins en électricité nette appelée, en fait 7,6% en 2025, qui est importée à travers l’interconnexion électrique Maroc-Espagne traversant elle aussi le Détroit de Gibraltar.

Mais l’Espagne est aussi devenue premier client et, simultanément, premier fournisseur du Maroc après avoir occupé la première place de partenaire commercial du Maroc depuis 2012. La valeur des produits exportés par le Maroc vers l’Espagne (19,6 milliards €) a, pour la première fois en 2025, dépassé celle des produits espagnols vers le Maroc (16,5 milliards €). Les relations marocco-espagnoles ne s’arrêtent pas :

  • ni, spécifiquement, à la lutte contre l’immigration illégale attendue par l’Espagne, et l’UE,
  • ni à la dépendance énergétique que nous avons spécifiquement détaillée plus haut.

Finalement, quoi de plus normal qu’une interdépendance entre deux pays voisins pour lesquels l’accord d’association avec l’UE facilite les échanges et la proximité physique permet de les accélérer. En l’absence des apports énergétiques (gaz naturel, électricité) qui venaient du voisin de l’Est jusqu’à fin 2021, il est donc heureux d’avoir un voisin du Nord qui contribue substantiellement à la satisfaction de notre demande électrique. Il ne faudrait donc pas que cet article soit mal interprété car ce n’est pas la faute des espagnols si le Maroc subit, depuis fin 2021, une érosion de son indépendance électrique en faveur de l’Espagne qui est essentiellement due aux retards accumulés dans l’équipement en centrales de production d’électricité éoliennes et surtout solaires. Personne ne nie les efforts consentis mais, comme nous le verrons, force est de constater que les réalisations sont plutôt insuffisantes.

 Satisfaction de l’électricité nette appelée par la production locale et les imports 

Pour les deux dernières décades, la Figure 2 montre l’évolution du schéma simplifié des flux d’entrée d’électricité jusqu’à la sortie du réseau de l’ONEE-BE. Il a été volontairement choisi de représenter les valeurs des cumuls des douze mois glissants précédant chaque date pour avoir une résolution plus fine que l’annuelle mais peu soumises aux variations saisonnières.

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Figure 2 Les trois composantes satisfaisant l’électricité nette appelée (production renouvelable ou non et imports)

Le graphique de la Figure 2 montre bien l’augmentation régulière de la production nette locale (somme des la verte et de la rouge) et la compensation du déficit apportée par les imports nets d’électricité pour satisfaire la demande en électricité nette appelée.

 1- Taux de couverture de l’électricité nette appelée par la production locale et les imports 

Pour les deux dernières décades, la Figure 3 montre le taux de couverture (ou taux de satisfaction) de l’électricité nette appelée :

  • par la production nette locale (en bleu et se rapportant à l’échelle de gauche),
  • et son complément, par les imports, (en rouge et se rapportant à l’échelle de gauche),

Ici aussi, sont représentées les valeurs des cumuls des douze mois glissants précédant chaque date.

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Figure 3 Taux de couverture de l’électricité nette appelée par la production nette locale et les imports

 2- Taux de couverture de l’électricité nette appelée par la production locale et les imports 

La Figure 4 montre :

  • la part de l’électricité renouvelable dans la production nette locale (en bleu),
  • le taux de couverture de l’électricité nette appelée par l’électricité renouvelable seule (en rouge),
  • le taux de couverture de l’électricité nette appelée par l’électricité éolien et solaire (en vert).

Ici aussi, sont représentées les valeurs des cumuls des douze mois glissants précédant chaque date.

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Figure 4 Part d’électricité renouvelable dans la PNL et taux de couverture de l’ENA par l’électricité renouvelable

En moyenne annuelle sur vingt ans, la satisfaction de l’électricité nette appelée par la production à partir de sources renouvelables (courbe rouge précédente de l’éolien, du solaire et de l’hydroélectricité des barrages) n’a augmenté que de 0,876% par an. A la cadence moyenne des vingt dernières années, il faudrait 114 ans pour que le Maroc satisfasse son électricité nette appelée avec de l’électricité renouvelable.

Il nous paru judicieux d’ajouter la part de l’éolien et du solaire seuls (en vert) parce que :

  • les variations interannuelles de la pluviométrie étant bien plus importantes que celle du vent ou de l’ensoleillement, les oscillations les plus grandes sont dues à l’incidence de la pluviométrie sur la production d’hydroélectricité,
  • les sites de grande production hydroélectrique sont pratiquement tous saturés et ce sont plus les réalisations de parcs éoliens et de fermes solaires qui sont les plus à même d’évaluer l’efficacité gouvernementale à réaliser les attentes de S.M. Le Roi en termes d’indépendance énergétique.

 3- Analyse et commentaires   

En moyenne annuelle sur vingt ans, la satisfaction de l’électricité nette appelée par la production à partir de d’éolien et de solaire n’a augmenté de 1,35% par an. Cette cadence est donc applicable à la moyenne des quatre derniers gouvernements dont aucun n’a été réellement capable d’accélérer la cadence :

  • Abbas El Fassi (PI) entre 2007 et 2012 : 0,36% par an
  • Abdelilah Benkirane (PJD) entre 2012 et 2017 : 1,29% par an
  • Saâd Eddine El Othmani (PJD) entre 2017-2021: 2,00% par an
  • Aziz Akhannouch (RNI) entre 2021 et 2026 : 2,09% par an

Finalement, aucun des quatre gouvernements n’aura eu de vraies raisons de pavoiser, et pourtant, de mémoire, sans aucune humilité, ils ont tous commencé leur législature en promettant des réalisations fulgurantes et ont terminé leur mandat en annonçant avoir ouvert la voie d’un avenir radieux pour les prochains gouvernements.

Par ailleurs, pour satisfaire ses besoins en ENA, le Maroc a importé 16% de l’ENA en moyenne entre fin 2007 et fin 2017. Puis, la mise en service de la centrale au charbon de Safi a permis à la production nette du Maroc de satisfaire progressivement, et même dépasser légèrement, un taux de satisfaction des besoins en ENA de 100% de sorte qu’à fin 2021, le gouvernement actuel recevait en héritage un système de production marocain d’électricité autosuffisant. Depuis lors, l’appel aux imports d’électricité a augmenté régulièrement pour atteindre 8,6% à la fin juin 2026. En fait, aujourd’hui, on ne sait pas :

  1. si l’augmentation régulière actuelle des imports est due au fait que l’électricité importée d’Espagne coûte moins cher que les combustibles que l’ONEE-BE aurait dû importer pour produire lui-même la même quantité d’énergie électrique : dans ce cas, pourquoi n’a-t-on pas accéléré la réalisation de centrales éoliennes et solaires qui produisent de l’électricité à moins de 0,35 Dh/kWh au lieu d’en importer d’Espagne à 0,57 Dh/kWh en moyenne en 2025.
  2. si, dans le cas contraire, les 2’946 MW de capacités de production fossile de l’ONEE-BE (charbon, gaz et produits pétroliers), représentant pourtant 24,2% du total, n’étaient pas en mesure de fournir un supplément de 3’708 GWh pour éviter les imports de 2025 : dans ce cas, cela signifierait, qu’avec leur 8’144 GWh produits en 2025, ces 2’946 MW de capacité fossile, dont le modeste facteur de charge de 2025 était de 31,5%, auraient été incapables de produire un total de 11’852 GWh, ce qui aurait porté leur facteur de charge à la « raisonnable » valeur de 45,9%.

Comme l’ONEE-BE ne communique rien sur ce sujet (« dormez citoyens nous nous occupons de tout« ) et on reste sans explication réelle (1 ou 2) de l’augmentation des imports d’électricité.

Avec le recul, je suis obligé de constater que le choix d’évaluer l’état d’avancement du Maroc dans le domaine des renouvelables par leur puissance, qui plus est rapportée à la capacité totale, était un très mauvais choix car, finalement, ce qui compte sur le plan économique est la quantité d’énergie électrique produite et non un chiffre qui, in fine, ne décrit que la quantité de matériaux qui ont été déployés sur le terrain pour la produire.

Ah ! J’oubliais ! Que ceux qui veulent additionner les STEP à l’électricité renouvelable ne se gênent pas pour le faire en y ajoutant la valeur nette négative résultante de la déduction de l’électricité absorbée par le pompage à celle produite par le turbinage… la courbe verte de la Figure 4 n’en sera que plus basse encore !

par Amin BENNOUNA (sindibad@uca.ac.ma)

 4- RÉFÉRENCES 

[1] Royaume du Maroc, Ministère de l’Energie, des Mines et de l’Environnement, Portail qui a été désactivé des statistiques de l’Observatoire Marocain de l’Energie (OME), https://www.observatoirenergie.ma/data/

[2] Royaume du Maroc, Ministère de l’Economie, des Finances, et de la Réforme de l’Administration, Direction des Etudes et des Prévisions Financières (DEPF), « Notes de Conjoncture« , http://depf.finances.gov.ma/etudes-et-publications/note-de-conjoncture/

[3] Royaume du Maroc, Ministère de l’Economie, des Finances, et de la Réforme de l’Administration, Direction du Trésor et des Finances Extérieures (DTFE), « Notes de Conjoncture« , https://www.finances.gov.ma/fr/Nos-metiers/Pages/notes-conjoncture.aspx

[4] Royaume du Maroc, Bank Almaghrib, Revue de la Conjoncture Economique, http://www.bkam.ma/Publications-statistiques-et-recherche/Documents-d-analyse-et-de-reference/Revue-de-la-conjoncture-economique

[5] Haut Commissariat au Plan, « Annuaire Statistique du Maroc, Version électronique après 2013« , https://www.hcp.ma/downloads/Annuaire-statistique-du-Maroc-version-PDF_t11888.html, Version papier ou scannées avant 2013 https://cnd.hcp.ma/

[6] Haut Commissariat au Plan, « Bulletins statistiques« , https://www.hcp.ma/downloads/?tag=Bulletins+statistiques

[7] Red Eléctrica de España, Intercambios, https://www.ree.es/es/datos/intercambios

[8] Banque Mondiale, https://donnees.banquemondiale.org/pays/maroc?view=chart

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