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Economie

Fraude, concurrence et droits fermés : Hassan Boubrik décrypte le marché de la santé au Conseil de la Concurrence

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Ce 14 octobre 2026, face à un parterre de professionnels et de régulateurs réunis à Marrakech, Hassan Boubrik a rappelé que derrière l’immense chantier de l’Assurance Maladie Obligatoire (AMO) ne se cachent pas seulement des chiffres, mais le destin de 32 millions de Marocains. Le Directeur Général de la CNSS  a posé les jalons d’une régulation moderne où la performance du marché doit impérativement se conjuguer avec la dignité humaine.

Autour de la thématique centrale « Politique de la santé au Maroc : Concurrence, Régulation et Gouvernance à l’ère de la Couverture Sociale Universelle », le Conseil de la Concurrence a réuni le gotha de la gouvernance économique et sociale du Royaume. A cette occasion, dans son discours,  Hassan Boubrik, s’exprimant avec la double sensibilité de sa trajectoire — aujourd’hui grand architecte de la généralisation sociale à la tête de la CNSS et fort de son expertise historique en tant qu’ancien Président de l’Autorité de Contrôle des Assurances et de la Prévoyance Sociale (ACAPS) — a partagé une vision où les chiffres s’effacent derrière les visages de millions de Marocains.

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D’emblée, H. Boubrik a posé les bases d’une transformation irréversible initiée sous l’impulsion de Sa Majesté le Roi Mohammed VI. En franchissant le cap des 32 millions d’immatriculés en 2025, soit environ 88 % de la population, contre 42 % avant la généralisation. le Maroc a changé de dimension. Mais loin de tout triomphalisme, Hassan Boubrik a immédiatement recentré le débat sur l’humain, évoquant avec franchise le défi des « droits fermés » pour défaut de cotisation.

« La couverture maladie est devenue accessible à toute la population et personne n’y est exclu », a martelé Hassan Boubrik. « Notre obsession quotidienne n’est pas seulement d’immatriculer, mais de veiller à ce que chaque travailleur indépendant, chaque artisan, chaque famille vulnérable voie ses droits effectivement ouverts lorsqu’une urgence médicale frappe à sa porte. » Et de rappeler : 

La couverture maladie étant devenue accessible à toute la population et que personne n’y est exclu: En effet,

  • les montants des cotisations sont fixés à des niveaux accessibles et ne constituent pas un obstacle sur le plan financier. L’Etat prend par ailleurs en charge les cotisations des personnes vulnérables.
  • Les procédures d’adhésion sont simples et digitalisées; et
  • Les services rendus en termes de prise en charge et remboursement sont réels et efficaces.

La CNSS a été l’un des principaux acteurs de cette transformation. Initialement chargée de l’assurance maladie des salariés du secteur privé, elle a vu son périmètre élargi avec l’intégration des travailleurs non-salariés, le déploiement de l’AMO Tadamon et la mise en place de l’AMO Achamil.

En 2025, la population immatriculée aux différents régimes AMO gérés par la CNSS a atteint 25 millions de bénéficiaires, contre moins de 8 millions en 2022. Cette extension a nécessité une adaptation profonde de nos systèmes d’information, de nos processus et de nos capacités de gestion. La CNSS a réussi cette adaptation et a pu faire face à cette augmentation exponentielle de son activité en maintenant la qualité de service vis-à-vis de ses assurés et de ses affiliés.

« La généralisation de l’assurance maladie constitue une avancée sociale historique. Mais sa pérennité dépendra désormais de notre capacité collective à mieux organiser, mieux réguler et mieux maîtriser les dépenses de notre système de santé », rappelle H. Boubrik.

Et le Directeur de la CNSS en revient à son deuxième message qui est celui de la soutenabilité et sur la nécessité d’agir sur les déterminants de la dépense.

La généralisation de l’assurance maladie s’accompagne naturellement d’une augmentation de la consommation médicale. Cette évolution est en partie normale et souhaitable: elle traduit notamment l’accès aux soins de populations qui pouvaient auparavant y renoncer.

En 2025, les prestations AMO servies par la CNSS ont atteint 23 milliards de dirhams, en augmentation de 17 % par rapport à 2024. Sur la période 2022-2024, les dépenses des régimes AMO ont progressé de plus de 83 %, contre 36 % pour leurs ressources. Ces évolutions doivent être interprétées en tenant compte de l’élargissement des populations couvertes; elles illustrent néanmoins la pression qui s’exerce sur le système.

La réponse ne peut pas consister uniquement à rechercher des ressources supplémentaires pour financer une dépense dont les déterminants resteraient insuffisamment maîtrisés. La soutenabilité se joue autant dans l’organisation et le fonctionnement du système de santé que dans ses mécanismes de financement.

Premier levier: le rééquilibrage entre les secteurs public et privé. En 2025, près de 89 % des dépenses de prestations de soins des régimes AMO ont bénéficié au secteur privé, contre 11 % au secteur public. Il ne s’agit pas d’opposer les deux secteurs, dont la complémentarité est indispensable. Mais un système universel ne peut durablement atteindre ses objectifs sans un secteur public fort, performant et attractif.

Deuxième levier : les médicaments. Il faut garantir l’accès aux traitements nécessaires, y compris innovants, tout en recherchant des prix compatibles avec les ressources collectives. Cela implique une régulation adaptée, une place accrue pour les génériques et biosimilaires, et une évaluation rigoureuse de la valeur thérapeutique des innovations. Cela suppose également de garantir des pratiques concurrentielles saines et transparentes au sein de l’industrie pharmaceutique.

Troisième levier: la pertinence des soins. Une logique de paiement à l’acte sur uniquement sur prescription ne favorise pas toujours la coordination ni l’optimisation des parcours. Il faut progresser vers des parcours coordonnés, renforcer le rôle du médecin traitant et accélérer l’élaboration de protocoles thérapeutiques opposables, scientifiquement fondés et respectueux de la responsabilité médicale.

Quatrième levier : la prévention. Le dépistage précoce, la prévention des maladies chroniques et l’accompagnement des patients doivent prendre davantage de place. L’objectif n’est pas simplement de dépenser moins, mais de dépenser mieux, pour soigner mieux.

La CNSS peut renforcer ses contrôles, améliorer ses processus et exploiter davantage ses données. Mais les prix, les pratiques de prescription, les référentiels thérapeutiques et l’organisation de l’offre relèvent d’une responsabilité plus large. La soutenabilité de l’AMO est donc une responsabilité collective.

Le cœur du discours a vibré lors de l’évocation de l’avenir du système. Face à l’afflux massif de la demande de soins, Hassan Boubrik a plaidé pour un dialogue de confiance avec le secteur privé et les professionnels de santé, indispensables piliers de cette transition.

L’avenir, selon lui, s’articulera autour d’une architecture claire à deux vitesses protectrices : un socle de base universel et un secteur de la mutualité réinventé, axé sur la couverture complémentaire pour garantir la soutenabilité à long terme.

Boubrik a laissé l’auditoire face à une certitude collective : au Maroc, la régulation économique n’est plus une simple équation mathématique. Elle est devenue le bouclier protecteur de la dignité sociale.

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