Inclusion financière rurale : A. Bouazza (BAM) plaide pour une accélération des actions

Interviewé par Lamia Boumahrou I
L’inclusion financière en milieu rural demeure un chantier de long terme, nécessitant des efforts soutenus et une mobilisation collective. C’est le message central porté par le Directeur général de Bank Al-Maghrib, qui a souligné que l’accès effectif à des services financiers « utiles, abordables et durables » reste un levier clé de développement économique. Le point avec Abderrahim Bouazza, Directeur Général de Bank Al-Maghrib (BAM) en marge de la 18e du SIAM.
Cette dynamique s’inscrit pleinement dans l’orientation stratégique du Royaume du Maroc qui, sous la Haute Vision de Sa Majesté le Roi Mohammed VI poursuit la consolidation d’un modèle de développement fondé sur une croissance inclusive et durable. Cette vision vise à atténuer les disparités territoriales et à élargir l’accès aux opportunités économiques au profit des populations exclues ou peu desservies, faisant de l’inclusion socio-économique un cadre structurant de l’action publique.
Depuis près de deux décennies, Bank Al-Maghrib s’est engagée activement dans cette dynamique, avec une accélération notable depuis le lancement, en 2019, de la Stratégie Nationale d’Inclusion Financière (SNIF), pilotée conjointement avec le Ministère de l’Économie et des Finances. Cette feuille de route constitue un levier transversal de développement socio-économique, visant à élargir l’accès, l’usage effectif et la qualité des services financiers formels, notamment au profit des populations rurales, des femmes, des jeunes ainsi que des acteurs du monde agricole.
Malgré des progrès significatifs, les disparités territoriales persistent. « Environ 450 communes rurales ne disposent toujours d’aucun point d’accès aux services financiers », a relevé le responsable, appelant les établissements bancaires à intensifier leurs efforts pour couvrir ces zones, lorsque les conditions d’infrastructure le permettent.
Pour pallier ces contraintes, Bank Al-Maghrib mise fortement sur la digitalisation. Après le lancement du paiement mobile en 2018, encore peu utilisé en milieu rural, le virement instantané introduit en 2023 constitue une avancée importante pour faciliter les transactions. Parallèlement, la Banque centrale veille à l’accessibilité des services, notamment à travers la gratuité des services bancaires de base pour les populations à faible revenu.
L’éducation financière représente un autre pilier stratégique. À travers les actions de la Fondation Marocaine pour l’Éducation Financière, des programmes de sensibilisation ciblent particulièrement les femmes rurales, les artisans et les jeunes, avec un accent sur la gestion budgétaire, l’épargne et l’utilisation sécurisée des services financiers.
Dans cette dynamique, le Morocco Fintech Center joue également un rôle clé en accompagnant le développement de solutions innovantes, notamment des plateformes agritech adaptées aux besoins du monde agricole.
Toutefois, des freins socioculturels continuent de limiter l’adoption des services financiers formels. « Il s’agit d’un travail de fond, qui nécessite l’implication de l’ensemble des parties prenantes, y compris la société civile », a insisté le responsable.
Plusieurs initiatives concrètes ont été lancées en partenariat avec le ministère de l’Agriculture, dont des programmes d’autonomisation des femmes rurales, le développement de modèles de financement adaptés aux petits agriculteurs, ainsi qu’un projet pilote d’équipement de 50 coopératives agricoles en terminaux de paiement électronique pour encourager la digitalisation des transactions.

