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Economie

Intermédiaires agricoles : pourquoi le désordre persiste malgré les directives royales ?

intermédiaires agricoles

Ecrit par Lamiae Boumahrou I

La dernière sortie de Nizar Barak, membre du gouvernement, dénonçant la hausse des prix de la viande et pointant du doigt ceux qui sucent le sang des Marocains au su et au vu des pouvoirs publics, pose plusieurs points d’interrogation. Pourquoi les intermédiaires continuent-ils de faire la loi du marché ? Pourquoi le gouvernement ne bouge-t-il pas le petit doigt pour mettre de l’ordre dans le circuit de commercialisation des produits agricoles et de la viande ? Qu’est-ce qui empêchent l’application des Directives Royales relatives à plus de justice pour les petits agriculteurs et à mettre de l’ordre dans ce maillon de la chaîne ? 

Le gouvernement ne cesse d’attribuer la hausse des prix des produits agricoles ou encore des viandes au manque de pluie et à la sécheresse. Certes le faible taux de précipitations est responsable de cette situation qui asphyxie le pouvoir d’achat des Marocains, mais pas que. Il y a une autre gangrène qui ronge depuis longtemps l’économie à savoir les intermédiaires qui font la loi du marché et fixent les prix. Une pratique de spéculation qui se fait au su et au vu des pouvoirs publics.

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Certes les voix de producteurs, de consommateurs, d’associations de protection du consommateur…, se lèvent à chaque fois pour dénoncer les pratiques des intermédiaires, qui se croient au-dessus de la loi. Mais quand c’est un membre du gouvernement qui dénonce de telles pratiques, cela devrait poser plusieurs points d’interrogation.

En effet, Nizar Baraka, lors d’un meeting de son parti ce samedi, a crié au scandale quant à la hausse injustifiée des prix de la viande et des ovins. Le SG du Parti de l’Istiqlal a avoué que les prix appliqués ne correspondent aucunement à la réalité.

« Dans le cadre du dispositif de subvention mis en place par le gouvernement en 2024 à l’occasion de Aïd Al Adha, les importateurs ont importé des ovins à 2.000 DH alors qu’ils les ont revendus à 4.000 DH. Aussi, et bien que le gouvernement ait élargi les importations, les prix de la viande rouge n’ont diminué que légèrement passant de 140 à 110 DH. Les prix restent très élevés en raison de l’augmentation des marges bénéficiaires des importateurs et des commerçants », a-t-il dénoncé.

Et d’ajouter « arrêtez de prendre l’argent des Marocains ». Cette déclaration populiste qui a fait écho dans la presse nationale est-elle une propagande pré-électorale ou un vrai cri de cœur ? Une chose est cependant sûre : le gouvernement est bel et bien conscient de l’ampleur de ce fléau qui s’amplifie mais reste inactif. D’où la question de savoir où en est le gouvernement Akhannouch dans l’application des directives royales ?

Rappelons que dans son discours d’octobre 2018 à l’ouverture de la 1ère session de la 3ème année législative de la 10ème législature, SM le Roi a donné ses orientations pour plus de justice aux petits agriculteurs et pour mettre de l’ordre dans le circuit de commercialisation. «… Par ailleurs, une réflexion doit être engagée sur les meilleurs moyens à mettre en œuvre pour rendre justice aux petits agriculteurs, particulièrement en ce qui concerne la commercialisation de leurs produits, et la lutte vigoureuse contre les spéculations et la multiplication des intermédiaires », fin de citation.

En effet, le circuit de commercialisation des produits agricoles et de viandes au Maroc est très complexe en raison de la multitude des intervenants. Ramasseurs, courtiers, grossistes, semi-grossistes, détaillants, transporteurs, commerçants…, cette longue liste d’intervenants implique forcément un coût conséquent et surtout non métrisable. Il y a un manque de transparence flagrant qui ne semble pas déranger plus que ça les autorités.

Qu’attend le gouvernement pour mettre fin, ou du moins réduire, les pratiques illégales des intermédiaires et sauvegarder les petits agriculteurs et le pouvoir d’achat des Marocains ? Où en est la mise en œuvre du deuxième fondement de la Génération Green concernant la pérennisation du développement agricole, à travers des actions spécifiques notamment dans les circuits de distribution ?

Il faut dire aussi que le gouvernement ne peut continuer à subventionner le secteur agricole, le secteur des viandes, le transport pour maîtriser le prix des produits agricoles alors que la manette des prix est entre les mains des intermédiaires.

Malheureusement en l’absence de toute volonté politique d’y mettre fin au désordre qui règne dans ce maillon de la chaîne, les intermédiaires continuent et continueront de profiter de la vulnérabilité des petits agriculteurs et de celle des consommateurs.

Une sorte de rente déguisée étant donné que la valeur ajoutée des intermédiaires se limite au fait qu’ils ont de l’argent et des flottes de transport.

Aujourd’hui, toutes les parties concernées au sein du gouvernement, à leur tête Akhannouch, sont responsables de la hausse des prix des produits agricoles. Vivement une prise de conscience collective qui mettrait fin à cette anarchie qui a trop duré.


Lire également : Pourquoi les mesures du gouvernement n’ont pas réussi à préserver le cheptel national ?

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