La guerre au Moyen-Orient : quel impact sur l’économie mondiale, l’Europe et le Maroc ?

L’offensive militaire américano-israélienne contre l’Iran qui a débuté le 28 Février 2026 a déclenché une escalade des tensions au Moyen-Orient, et des répercussions importantes sur les marchés énergétiques ainsi que sur de nombreux autres produits. La fermeture du détroit d’Ormuz par l’Iran et les États-Unis, par où passaient 20% de la consommation mondiale d’hydrocarbures, a entraîné une pénurie de pétrole et une augmentation du baril à 94 dollars en 2026, soit une augmentation de 36% par rapport à l’année précédente. Ce qui se passe actuellement au Moyen-Orient dépasse le seul destin de la région et impacte toute l’économie mondiale.
Dans son rapport du 11 Juin 2026 intitulé « Perspectives de l’économie mondiale », la Banque mondiale ramène le taux de croissance à 2,5% en 2026 contre 2,9% en 2025, soit le niveau le plus bas depuis la crise sanitaire du Covid-19 de 2019. La Banque mondiale a revu à la baisse de la croissance de plus de 2/3 des économies mondiales par rapport aux estimations en début d’année. Le rapport indique également une inflation mondiale de 4% en 2026 contre 3,3% en 2025.
Les pays en développement ne connaîtront qu’une croissance de 3,6% en 2026, alors que les pays du Golfe durement frappés par les drones et missiles iraniens auront une croissance quasi-nulle en 2026 contre 3,6% en 2025. Cette situation entraîne également une hausse continue de l’endettement public, notamment pour les pays en développement dont l’endettement, qui n’était que de 40% du PIB en 2020 est passé à 70% en 2026.
La Banque mondiale a annoncé une mobilisation de 50 à 100 milliards de dollars pour soutenir les pays fragilisés par la crise qui se prolonge. Pour faire face à cette situation dangereuse, la Banque mondiale recommande d’accélérer les réformes économiques, de renforcer les infrastructures et de mobiliser davantage d’investissements privés dans un environnement mondial de plus en plus incertain.
L’Union européenne n’échappe pas non plus aux conséquences économiques du conflit au Moyen-Orient. C’est ainsi que la Banque Centrale Européenne a décidé une hausse de 0,25 point de ses taux directeurs à partir du 17 Juin 2026. Le taux de dépôt va passer à 2,25%, le taux de refinancement à 2,40% et le taux de financement de prêt marginal à 2,65%. Cette hausse des taux directs a pour objet de lutter contre l’inflation qui s’élève à 3% en 2026, en vue de la ramener à 2% à moyen terme. La guerre au Moyen-Orient continue d’exercer des pressions sur les prix et nul ne peut prévoir la durée du choc énergétique et de ses effets induits. Les perspectives se caractérisent par une forte incertitude, avec des risques humains pour l’emploi et une baisse de la croissance. Plus grave encore est le taux de croissance de l’Union européenne qui est estimé à 0,8% en 2026, 1,2% en 2027 et 1,5% en 2028.
Quant à notre pays le Maroc, selon le dernier rapport du Haut-Commissariat au Plan, son économie a obtenu de bons résultats en 2025 avec une croissance de 4,9% contre 4,4% en 2024 et une inflation de 1,6%. Ces résultats sont dûs principalement au secteur agricole qui a connu une progression de 8,2% en 2025, contre une régression de 5,7% en 2024. En effet, après plusieurs années de stress hydrique, l’année 2025 a connu une pluviométrie exceptionnelle avec un taux de remplissage global des barrages dépassent 70% en Juin 2026 contre moins de 40% en Juin 2025. Les réserves d’eau sont estimées à 12,8 milliards de mètres cubes. Cependant, malgré l’accélération des investissements, les activités non agricoles n’ont augmenté que de 3,9% en 2025 contre 5,1% en 2024.
Ceci prouve la dépendance de l’économie marocaine à la pluviométrie qui influence l’emploi rural, les revenus des campagnes et le dynamisme général de l’économie. Alors que l’agriculture ne représente que 10 à 15% du PIB, la population rurale reste importante, estimée à 37% de la population totale. Quand la pluviométrie est faible, les revenus ruraux se réduisent ainsi que la consommation globale. Aussi est-il indispensable de réduire progressivement la sensibilité du PIB aux aléas climatiques, en augmentant le dessalement de l’eau de mer, en multipliant les interconnexions des barrières hydrauliques, en généralisant l’irrigation goutte à goutte, en construisant de nouveaux barrages, et en réutilisant les eaux usées après traitement.
Les prévisions de croissance de l’économie marocaine pour 2026 selon le FMI, seraient de 4,4%. Cette croissance serait soutenue par une bonne campagne agricole, les investissements publics dans les infrastructures et une participation accrue du secteur privé grâce à l’organisation par le Maroc de la Coupe du monde de football en 2030. Les secteurs les plus dynamiques seraient l’automobile, les phosphates, le tourisme et les services. Il y a cependant des facteurs de risques pour la croissance de l’économie marocaine, tels que le ralentissement de l’économie mondiale et notamment de l’Europe qui est notre principal client et fournisseur.
Les tensions géopolitiques au Moyen-Orient pourraient entraîner une hausse des prix de l’énergie et des matières premières, alors que le Maroc est dépendant à 90% de l’importation pour les énergies fossiles. De plus, l’économie marocaine est ouverte sur l’extérieur avec un taux d’ouverture (Commerce extérieur/PIB) de 90%, une soixantaine d’accords de libre-échange, et des flux de capitaux importants, tels que les investissements directs étrangers, les investissements marocains à l’étranger, le financement de la dette, les entrées de devises étrangères provenant du tourisme et des résidents marocains à l’étranger. Le secteur le plus prioritaire est celui de l’énergie fossile, qu’il faut remplacer progressivement par les énergies renouvelables, et l’installation de capacités de raffinage du pétrole brut pour le valoriser sur place, et pour ne plus dépendre du marché international des produits raffinés. L’autre secteur absolument prioritaire est celui de l’accès à l’eau indispensable pour les besoins humains et industriels, ainsi que pour l’agriculture.
En conclusion, on est passé d’une « mondialisation heureuse » dans les années 1990 qui reposait sur l’idée que l’ouverture des marchés, le libre-échange et l’interdépendance économique favoriseraient la croissance, la stabilité et la paix. Depuis une quinzaine d’années, l’économie mondiale évolue vers un contexte davantage marqué par les rapports de force. C’est ainsi qu’on a assisté à une montée des tensions géopolitiques entre les États-Unis et la Chine, la guerre entre la Russie et l’Ukraine en 2022, l’offensive militaire américano-israélienne contre l’Iran et le Liban en 2026, l’utilisation des sanctions économiques, des restrictions technologiques et des barrières commerciales, ainsi que le retour des politiques de souveraineté économique et de réindustrialisation. On assiste également à un affaiblissement du multilatéralisme et des institutions créées après la Seconde Guerre mondiale.
Cette situation est très dangereuse pour le développement économique mondial et pour la paix et la solidarité entre les nations. Heureusement, des voix s’élèvent en Europe, dans les pays émergents et les pays en développement pour s’opposer à cette nouvelle mondialisation basée sur les rapports de force. C’est ainsi que par l’intermédiation principale du Pakistan, un accord de cessez-le-feu a été signé le 14 Juin 2026 entre les États-Unis et l’Iran. Prônant l’arrêt des opérations militaires sur tous les fronts y compris le Liban, ainsi que la réouverture sans restriction du droit d’Ormuz. Les autres questions telles que le devenir du nucléaire iranien et la suppression des sanctions contre l’Iran, seront examinées dans les soixante jours qui vont suivre la signature formelle de l’accord de paix le 19 Juin 2026 à Genève. Dès l’annonce de l’accord entre les États-Unis et l’Iran, le prix du pétrole a baissé de 5%, tandis que les bourses asiatiques ont connu une hausse de même niveau.
Par Jawad KERDOUDI
Président de l’IMRI
(Institut Marocain des Relations Internationales)



