Flash
Emprunts et financements : Lekjaa doté de nouveaux pouvoirs L’AMMPS lance VigiMobile et VigiUp pour renforcer la sécurité des médicaments et des produits de santé au Maroc Le Budget mérite mieux qu’un débat d’estrade Maroc : One Retail vise les 10 Mds de DH et 1 000 magasins d’ici 2030 Ciment : 12,6 millions de tonnes écoulées à fin octobre, soutenues par les grands chantiers Les actions progressent, le pétrole plonge en séance après la victoire électorale des démocrates Conjoncture : derrière l’embellie industrielle, l’inquiétante faiblesse des commandes 28 projets programmés pour la mise à niveau des infrastructures des installations judiciaires en 2027 (Ouahbi) De la mémoire à la célébration : la grande fresque musicale et patriotique de l’AMMA à Casablanca Melkisation des terres collectives : le grand chantier foncier entre dans une nouvelle phase
Édito

Le Budget mérite mieux qu’un débat d’estrade

budget PLF

Le budget est le moment où la nation se regarde dans un miroir chiffré. Encore faut-il savoir lire les chiffres. Chaque automne, le même rituel. Le ministre présente, les groupes répliquent, la majorité salue, l’opposition dénonce, et le texte passe. Le PLF 2027 n’a pas échappé à la règle. Sur 825,6 Mds de DH de charges, 400 Mds de DH d’investissement public et plus de 52 000 postes budgétaires, la Commission des finances a surtout entendu des déclarations de principe.

On y a parlé de carburants, de prix du bétail, de taxes sur l’alcool, de pouvoir d’achat. Questions légitimes. Mais qui a disséqué les hypothèses de croissance, interrogé la soutenabilité d’une masse salariale à 195 Mds de DH, ou demandé pourquoi la Justice perdra des effectifs nets en 2027 ? Le débat budgétaire marocain reste un débat d’estrade, pas un débat d’expertise.

Publicité

Des positions, pas des programmes

Publicité

Les comptes rendus publiés des séances de la Commission des finances racontent la même histoire. La majorité salue les mesures sociales et réclame « plus d’impact ». L’opposition critique la régulation des prix, la répartition des fonds territoriaux, l’absence de réforme des retraites. Ce sont des postures politiques respectables. Ce ne sont pas des analyses budgétaires.

Publicité

Les amendements en donnent la mesure. Lors du PLF 2025, plus de 540 amendements avaient été déposés en commission. 47 ont été adoptés, 373 rejetés, 120 retirés. Moins d’un amendement sur dix aboutit. Le chiffre dit autant la discipline de la majorité que la faible solidité technique de nombreuses propositions, souvent déposées sans chiffrage ni contrepartie de recettes.

Le malaise n’est pas nouveau. Dès 2016, un député reconnaissait publiquement : « Nous ne participons pas au débat sur les hypothèses de la Loi de Finances. » Dix ans plus tard, la croissance de 2027, le déficit de 3 % et la dette du Trésor proche de 67 % du PIB ont été commentés, rarement contestés chiffres contre chiffres.

Le diplôme ne fait pas le budgétaire

Il serait commode d’accuser le niveau d’instruction des élus. Les chiffres invitent à plus de nuance. Selon les données du ministère de l’Intérieur, 276 des 395 députés élus en septembre 2026, soit 69,9 %, ont un niveau d’études supérieur. Les listes régionales tirent le niveau vers le haut, avec 91 % de diplômés. Dans les circonscriptions locales, la proportion tombe à 63,6 %.

Reste une réalité qui ne peut être balayée : 26 députés, soit 6,6 % de la Chambre, ne dépassent pas le primaire, dont 2 sans aucun niveau scolaire. On demande à ces élus de voter une loi de finances de plusieurs centaines de pages, assortie de treize rapports techniques. L’exigence démocratique d’ouvrir le Parlement à tous ne dispense pas l’institution de leur donner les moyens de comprendre ce qu’ils votent.

Mais le vrai problème est ailleurs. Un doctorat en lettres ou en droit ne prépare pas à lire un tableau de financement, une prévision de clôture ou un indicateur de performance. Les statistiques officielles ne disent rien de la nature des diplômes ni des filières. La question n’est pas de savoir si les élus sont instruits, mais s’ils sont outillés. Et la réponse est non.

Un Parlement sans contre-expertise

Face à un ministère qui mobilise des centaines de cadres, d’économistes et de statisticiens, la Commission des finances avance presque à mains nues. Pas d’office parlementaire du budget pour chiffrer un amendement. Pas d’avis indépendant sur les hypothèses macroéconomiques. Pas de cellule capable de recouper les treize rapports qui accompagnent le texte en quelques semaines.

Les progrès existent, il faut le dire. Dans l’Enquête sur le budget ouvert 2025, le Maroc obtient 51 sur 100 en transparence, quatre points de mieux qu’en 2023. Son score de contrôle budgétaire passe de 43 à 51. Mais 51 sur 100, c’est encore une copie à peine moyenne. En 2017, le contrôle du Parlement sur l’exécution et l’audit du budget plafonnait à 13 sur 100.

Le Parlement vote l’autorisation de dépenser ; il ne suit presque pas l’usage qui en est fait. Or c’est l’exécution qui dit la vérité d’un budget. Un poste budgétaire n’est pas un recrutement, un crédit ouvert n’est pas un hôpital construit.

Cinq remèdes pour un budget responsable

  • Créer un office parlementaire du budget. Une équipe permanente et indépendante d’économistes et de spécialistes des finances publiques, au service de tous les groupes, majorité comme opposition. Elle chiffrerait les amendements et publierait une contre-analyse des hypothèses.
  • Former les membres de la Commission des finances. Un cycle obligatoire en début de législature : lecture d’une loi de finances, budget-programme, performance, dette, entreprises publiques. Le Code de la route s’apprend avant de conduire ; la loi organique des finances devrait s’apprendre avant de voter.
  • Associer la Cour des comptes en amont. Un avis public sur le réalisme des hypothèses, joint au projet, comme le font plusieurs démocraties avec leur conseil budgétaire indépendant.
  • Exiger un chiffrage de chaque amendement. Pas de proposition sans coût et sans financement. La discipline technique protège le débat de la démagogie.
  • Faire de la loi de règlement un grand rendez-vous. Consacrer autant de temps à l’exécution qu’à la prévision. C’est là que l’on mesure si les 52 644 postes sont devenus des recrutements, et les 400 milliards des chantiers.

Aucun de ces remèdes ne coûte cher au regard de l’enjeu. Un point d’efficacité gagné sur 825 milliards de dépenses représente plus de 8 milliards de dirhams.

Le gouvernement a rebaptisé le ministère des Finances « Économie, Finances et Performance publique ». Mais la performance ne se décrète pas dans un intitulé. Elle se contrôle, ligne par ligne, par des élus capables de poser la bonne question au bon moment.

La démocratie n’exige pas des députés qu’ils soient tous experts en finances publiques. Elle exige que l’institution parlementaire, elle, soit experte. Tant que le Parlement débattra du budget sans pouvoir le lire, la nation paiera le prix de ce qu’elle ne contrôle pas.

Publicité

Laisser un commentaire

Publicité
Publicité
error: Content is protected !!