Le dirham marocain s’impose face au dollar : décryptage d’une semaine de forte appréciation

Le dirham marocain confirme sa bonne dynamique. Durant la période du 12 au 16 octobre, la paire USD/MAD a poursuivi son recul avec une baisse marquée de 1,37%, s’établissant à 9,72 en clôture hebdomadaire, selon la note d’Attijari Global Research (AGR).
Pour les importateurs et les observateurs du marché, ce mouvement insuffle un vent de fraîcheur et témoigne de la résilience du dirham. Derrière cette performance brute, deux moteurs conjoints ont poussé la devise marocaine vers le haut.
Un double effet vertueux :
Les analystes d’AGR attribuent cette progression à une combinaison de facteurs techniques et macroéconomiques, qualifiée de « double effet » :
- L’effet liquidité (-1,18%) : C’est le principal moteur de cette hausse. Ce chiffre traduit un net allègement des conditions de liquidité du dirham sur le marché interbancaire des changes au Maroc, et ce, pour la deuxième semaine consécutive. En clair, l’offre et la demande de devises s’équilibrent à l’avant-garde de la monnaie nationale.
- L’effet panier (-0,19%) : Plus global, cet indicateur s’est aligné sur la trajectoire de la monnaie américaine à l’échelle internationale. Le dollar a globalement perdu du terrain face aux grandes devises mondiales, une dépréciation mécanique qui a profité par ricochet au dirham.
Dans cet environnement particulièrement favorable, les spreads de liquidité se sont établis à +0,07%, reflétant une détente spectaculaire de -120 points de base. Cette baisse significative montre que le marché des changes marocain devient plus fluide et moins stressé, offrant une meilleure prédictibilité au tissu économique national.
Un impact direct sur la compétitivité des entreprises marocaines
Cette appréciation du dirham face au billet vert redistribue toutefois les cartes pour les opérateurs économiques du Royaume, créant une situation à double tranchant selon leur cœur de métier :
- Une bouffée d’oxygène pour les importateurs : Pour les entreprises marocaines qui s’approvisionnent à l’international, cette baisse de la paire USD/MAD est une excellente nouvelle. Les factures de matières premières, de biens d’équipement ou d’énergie libellées en dollars deviennent mécaniquement moins chères. Cela permet de réduire les coûts de revient et d’alléger la pression sur les marges.
- Un défi de compétitivité pour les exportateurs : À l’inverse, les secteurs orientés vers l’export (comme le textile, l’agriculture ou certains composants industriels) dont les contrats sont adossés au dollar subissent un effet de change défavorable. Lors du rapatriement de leurs revenus au Maroc, la conversion en dirhams génère des gains moindres.
Face au risque de change : les stratégies de couverture pour les exportateurs
Pour les exportateurs marocains, dont les revenus en dollars se contractent, la passivité n’est pas une option. Afin de sécuriser leurs marges et stabiliser leur trésorerie, plusieurs outils de couverture financière et choix opérationnels s’offrent à eux :
- Le change à terme (Forward) : L’entreprise verrouille dès aujourd’hui un cours de change futur avec sa banque pour une date et un montant précis. Même si le dollar continue de baisser d’ici la livraison de la marchandise, l’exportateur est assuré de convertir ses devises au taux initialement fixé, éliminant toute incertitude.
- Les options de change : Plus flexibles, elles fonctionnent comme une police d’assurance. Moyennant le paiement d’une prime, l’exportateur achète le droit (et non l’obligation) de vendre ses dollars à un cours garanti. Si le dollar s’effondre, l’entreprise active son option. S’il remonte, elle l’abandonne pour vendre au cours du marché, plus avantageux.
- La diversification des monnaies de facturation : Une stratégie commerciale efficace consiste à négocier une partie des contrats en euros plutôt qu’en dollars, lorsque le partenaire le permet. Le dirham étant historiquement plus stable face à la monnaie unique européenne, le risque de change s’en trouve naturellement atténué.
- La couverture naturelle (Netting) : Si une entreprise exporte en dollars mais importe également des composants libellés dans cette même devise, elle peut compenser ses flux. En payant ses fournisseurs directement avec ses recettes en devises, elle s’immunise partiellement contre les fluctuations du marché des changes.
En somme, si cette appréciation renforce le pouvoir d’achat international de l’économie marocaine et stabilise son marché financier, elle rappelle l’importance cruciale d’une gestion proactive du risque de change pour les champions nationaux de l’export.


