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Finances

Le « Moussem » du PLF 2026 : Najib Akesbi pointe la transparence et la lisibilité

najib akesbi

Écrit Imane Bouhrara I

Le projet de Loi de Finances 2026, dernier du mandat de cet Exécutif pèche-t-il par excès d’ambitions et des promesses difficiles à tenir ? Là ce n’est qu’un aspect du texte décortiqué par l’économiste Najib Akesbi. Ce qui turlupine le professeur universitaire, ce sont les développements dans la gestion des Finances publiques, des développements qualifiés d’alarmants. Une mention spéciale à la transparence et à la lisibilité du texte que l’économiste pointe du doigt.

Le Rendez-vous annuel de présentations des grands axes du Projet de Loi de Finances cette année revêt la particularité de signer la fin du mandat de l’Exécutif et marquera le début d’un autre à l’issue des législatives prochaines.

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Dans son podcast, Najib Akesbi rappelle l’environnement et le contexte d’élaboration du PLF 2026. D’abord, l’éclatement des manifestations de la GenZ en septembre qui est venu perturber le texte de base à la veille de sa présentation. Ce qui a obligé des changements de dernière minute pour une prétendue réponse aux doléances afférentes aux secteur de la santé et l’éducation avec un budget dédié de 140 Mds de DH.

Pour Najib Akesbi, ces changements de dernière minute n’auraient pas manqué de créer un dysfonctionnement dans le budget 2026 et de révéler des aspects de financement ambigus, qu’il assimile à des boîtes noires.

La deuxième observation relevée par l’économiste est le fait que c’est un PLF de fin de mandat qui a tendance à être très ambitieux et vise à redorer le blason de l’équipe sortante et appelle dans ce sens à la prudence.

Un déficit budgétaire de 10% du PIB et non de 3% en 2026

Rappelant les hypothèses du PLF 2026, Najib Akesbi est revenu sur la prévision d’un déficit budgétaire de 3% selon le PLF 2026.

Chiffres à l’appui, Najib Akesbi décortique le budget tel que présenté dans le PLF 2026, avec 421 Mds de DH de recettes (sur la base de 376 Mds de DH de recettes fiscales et de 45 Mds de DH de recettes non fiscales) ; et des dépenses à 592 Mds de DH (Dont 348 Mds de DH de gestion, 136 Mds de DH d’investissement et 108 Mds de DH de service de la dette).

Le besoin en financement autrement dit le déficit réel du budget est de 171 Mds de DH soit un déficit budgétaire de 10% du PIB et non 3%.

Najib Akesbi détaille ce chiffre en soulignant le besoin vital de recourir à l’endettement pour combler ce gap entre recettes et dépenses de l’ordre de 123 Mds de DH pour couvrir une partie des 171 Mds de DH. Reste le besoin résiduel de 49 Mds de DH qui lui représente 3% du PIB.

Akesbi rappelle que le déficit budgétaire est devenu une caractéristique problématique principale depuis plus de 10 ans au Maroc. D’ailleurs, il estime que la réforme fiscale menée par le gouvernement, loin d’être complète, donne des effets inverses.

Certes, il relève une amélioration dans la collecte des recettes fiscales (en progression de 14,6% à 443 Mds de DH) mais il insiste sur l’effet aussi bien de l’inflation, de l’effort de l’administration dans la lutte contre la fraude mais insiste sur un élargissement de l’assiette fiscale au détriment des revenus bas, des TPME, et des consommateurs soit en somme la classe moyenne qui subit la pression fiscale.

Il donne pour exemple la réforme de la TVA avec deux taux seulement (10 et 20%) qui s’est traduite par une hausse de TVA pour certains produits et services, insistant sur le fait que la TVA est un impôt aveugle ne tenant pas compte de la capacité contributive et donc ne distingue pas le riche du pauvre.

Pour conclure que l’augmentation des recettes fiscales n’est que la consécration de l’injustice fiscale.

En matière de dépenses, l’économiste rappelle l’épineux piège de la dette qui se confirme dans ce PLF 2026, avec 108 Mds de DH alloués aux services de la dette publique dont 44 mds alloués aux intérêts de la dette et 64 DH aux amortissements.

Idem pour la répartition des investissements largement publics (2/3) soit aucun progrès contrairement à ce que préconise le Nouveau modèle de développement (2/3 privé , 1/3 public).

PLF 2026 : quelle transparence et quelle lisibilité ?

Dans de la composition du budget général pour l’exercice 2026, Najib Akesbi relève des zones d’ombre qui en compliquent la lisibilité et la compréhension.

Il cite dans ce sens au moins trois exemples dans le chapitre des dépenses de gestion, dont le budget est passé de 35 Mds de DH en 2015 à 94 Mds en 2026, soit un passage du simple au triple.

Dans ce chapitre, il s’agit en général des dépenses comme les équipements de bureaux etc. Or en analysant le document, Akesbi y trouve des dépenses liées à la couverture sociale.

Autre exemple sui suscite l’interrogation de Najib Akesbi est celui du volet des dépenses communes, dans la partie gestion, on y trouve encore une partie liée à la participation de l’État à la couverture sociale. Tout ça pour dire que les éléments sont dispersés dans cette présentation et composition du budget et ne permettent pas de savoir comment il est financé.

Le troisième point est celui des comptes spéciaux du Trésor. Une fois de plus la question revient au devant de la scène sur le contrôle en amont et la réédition de comptes dans la gestion de ces CST qui totalisent 357 Mds de DH, ce que Akesbi qualifie de budget parallèle.

Mais l’exemple le plus édifiant et le plus frappant pour Najib Akesbi dans ce déficit de transparence est celui des financements innovants qui s’apparente à des cessions temporaires, cessions-bails ou cessions fermes. D’ailleurs nul ne sait de quoi il s’agit dans ces contrats liant l’Etat avec quatre EEP puisque ces contrats sont frappés du sceau de la confidentialité.

Et dans ce sens, Najib Akesbi se pose des questions importantes. D’abord, pourquoi ces financements dits innovants sont limités aux EEP dont 4 cités par l’économiste et ne sont pas ouverts aux autres investisseurs institutionnels comme les banques ou les assurances ?

Ensuite, s’il s’agit de cessions temporaires des actifs de l’Etat et dans un élan de transparence, pour quelle durée ?

La troisième interrogation ou plutôt constat est celui de la rentabilité pour ces EEP entre 6% et 6,5%, soit le double des rendements des BDT. Ce qui sous-tend que ce financement dit innovant est plus coûteux pour l’Etat.

Enfin, dans quel volet faut-il mettre ce type d’opération : financement ou dette ? Là encore, Akesbi soulève des contradictions et incohérences entre ce qui est révélé par la Cour des Comptes et ce qui est dit dans les discours officiels, ce qui alimente davantage la confusion sur ces financements innovants, tout en alertant sur le retour du bâton !


Lire également : PLF 2026, arrêtez avec la dette publique qui se consomme en privé !

Intégralité du Podcast de Najib Akesbi :

 

 

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