Maroc : le spectre de la sécheresse est-il enfin derrière nous ?

Ecrit par Soubha Es-Siari I
Après 7 années de sécheresse, le Maroc est-il enfin sorti d’un cycle infernal marqué par une succession de périodes ponctuées de stress hydrique pesant comme une épée de Damoclès sur l’économie dans toutes ses composantes ? C’est en tout cas ce qu’a affirmé Nizar Baraka, ministre de l’Eau et de l’Equipement ce lundi 12 janvier devant le Parlement : le Maroc est officiellement sorti des 7 années de sécheresse, la 8e serait de bonne augure.
Une nouvelle rassurante pour le secteur agricole qui a pris un coup dur au cours de ces dernières années. Lors de la campagne agricole 2023-2024, les rendements céréaliers ont considérablement chuté, atteignant à peine 6 à 7 quintaux par hectare dans certaines régions, un niveau nettement inférieur aux performances enregistrées par le passé, comme lors des campagnes 2003 et 2019 où les productivités avaient atteint respectivement 12 et 17 quintaux à l’hectare.
Cette chute progressive des rendements a mis à rude épreuve la sécurité alimentaire du pays. Et pour cause : elle fragilise structurellement les stocks nationaux et accroît la dépendance aux importations alimentaires. Le Maroc importe déjà entre 50% et 60% de ses besoins en blé tendre et en blé dur, ce qui expose le pays à la volatilité des marchés mondiaux, une vulnérabilité accentuée par les récentes crises géopolitiques internationales.
Mais quels sont ces critères sur lesquels s’est basé Nizar Baraka pour être aussi confiant. Selon ses propos, nous parlons d’une année de sécheresse lorsque nous sommes à moins de 20% de pluviométrie par rapport à une année normale. Cette année, force est de rappeler que nous sommes à peine au mois de janvier et on est à un niveau à plus de 18% par rapport à une année moyenne.
Mieux encore, par rapport à la même période de l’année précédente, les précipitations ont augmenté de 95%. Toutefois, le pari n’est plus ou moins pas encore gagné parce que nous sommes actuellement à plus de 208 mm3 de pluies sachant que pour une année normale, une moyenne annuelle de pluviométrie se situe entre 400 et 500 mm3. C’est pour dire que les prochains mois jusqu’à la fin de la saison seront décisifs pour garantir une bonne compagne agricole.
Si la tendance actuelle de la pluviométrie se maintient, le Maroc pourra ainsi battre un record des pluies par rapport à ces dernières années où la sécheresse a bien dominé.
Sur un autre registre, nous pouvons dire que le Maroc a gagné une année d’eau potable si l’on prend en considération que l’an dernier des pluies abondantes se sont abattues sur le Maroc durant le mois de mars même si la saison n’était pas au rendez-vous à cause du déficit hydrique qui a marqué les premiers mois l’année soit de janvier à février 2025.
Autre indicateur important, illustrant les prémisses d’une bonne saison est le taux de remplissage des barrages ayant atteint valeur aujourd’hui 46% contre 28% l’an dernier. Soit un gain de 18 pts en une année. Sur 9 bassins hydrauliques seuls 3 ou 4 sont déficitaires ou en dessous de 50%.
Concernant le barrage Sidi Mohammed Ben Abdellah (bassin du Bouregreg), dont le taux de remplissage a atteint 92%; des lâchers d’eau y ont été effectués afin d’éviter le dépassement de sa capacité de retenue, a précisé le ministre.
Cette amélioration a, en outre, concerné plusieurs autres bassins, dont ceux d’Oum Er-rabia, du Tensift, du Souss-Massa et de la Moulouya, outre le bassin du Ziz-Rhéris, où le taux de remplissage du barrage Hassan Addakhil s’est établi à 71,5%, a-t-il relevé, ajoutant que 37 autres petits barrages ont affiché un taux de remplissage de plus de 100%, rendant nécessaires des lâchers d’eau.
Le ministre a par ailleurs mis l’accent sur la poursuite de la politique de dessalement de l’eau, avec le lancement de nouvelles stations à Nador, Driouch et à Tanger, ainsi que la programmation d’autres stations l’année prochaine à Souss-Massa, Tiznit, Guelmim, Tan-Tan et Rabat.
Des indicateurs qui parlent d’eux-mêmes laissant prédire en toute modestie que « l3am zine » comme disent les agriculteurs.
Une chose est sûre : pour construire une agriculture véritablement robuste capable de résister aux chocs climatiques présents et futurs, le Maroc doit impérativement renforcer et accélérer la diversification des cultures vers des espèces moins exigeantes en eau et mieux adaptées aux conditions climatiques et l’adoption des nouvelles technologies numériques destinées à optimiser l’utilisation des entrants (eau, engrais, produits phytosanitaires).
