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Chronique

Le FMI applaudit, mais le marché du travail doute : quelle réalité économique pour les Marocains ?

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Le dernier rapport du Fonds monétaire international (FMI) sur le Maroc dresse le portrait d’une économie résiliente, engagée dans des réformes ambitieuses et capable de maintenir des équilibres macroéconomiques solides dans un contexte mondial incertain.

Croissance en reprise, inflation maîtrisée, déficit budgétaire en réduction progressive : sur le papier, les indicateurs sont rassurants. Pourtant, derrière cette lecture institutionnelle optimiste, une question persiste : cette performance se traduit-elle réellement dans la vie quotidienne des Marocains ?

Car la réalité du marché du travail raconte une autre histoire. Le chômage demeure élevé, notamment chez les jeunes diplômés et les femmes. Le taux d’activité féminin reste structurellement faible, tandis que l’insertion professionnelle des jeunes qualifiés se heurte à un tissu productif encore insuffisamment diversifié.

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La croissance enregistrée ne semble pas générer suffisamment d’emplois stables et formels. Autrement dit, le Maroc connaît une croissance peu intensive en emploi, ce qui interroge la qualité même de son modèle de développement.

Le FMI met en avant les réformes structurelles engagées : modernisation fiscale, réforme des entreprises publiques, généralisation de la protection sociale, amélioration du climat des affaires. Ces chantiers sont indéniablement stratégiques.

Mais leur temporalité longue contraste avec l’urgence sociale. Les effets attendus sur la productivité et l’investissement privé prendront du temps, alors que le malaise sur le marché du travail est immédiat. L’écart entre stabilité macroéconomique et ressenti social devient ainsi un enjeu politique majeur.

La dépendance persistante à l’agriculture accentue cette fragilité. Une bonne campagne agricole améliore la croissance globale, mais elle ne crée pas nécessairement des emplois durables et qualifiés.

De plus, dans un contexte de stress hydrique croissant, cette dépendance rend l’économie vulnérable aux chocs climatiques. La transformation structurelle vers des secteurs à plus forte valeur ajoutée progresse, notamment dans l’industrie et les services exportateurs, mais elle reste insuffisante pour absorber le chômage structurel.

Sur le plan budgétaire, la discipline prônée par le FMI vise à préserver la soutenabilité de la dette et à consolider la crédibilité financière du pays. Toutefois, une consolidation trop rapide pourrait limiter la capacité de l’État à soutenir l’investissement public productif et les politiques actives d’emploi.

La généralisation de la protection sociale constitue une avancée majeure, mais son financement durable pose un défi dans un contexte de contraintes budgétaires.

Au-delà des chiffres, la question centrale est celle du contenu de la croissance. Une croissance inclusive suppose une meilleure répartition des opportunités, une montée en gamme du tissu productif et une réduction des inégalités territoriales.

Or, les disparités régionales persistent et l’informalité continue d’occuper une place importante dans l’économie. Tant que la création d’emplois formels et productifs ne suivra pas le rythme de la croissance, le décalage entre les indicateurs macroéconomiques et la perception sociale demeurera.

Le FMI applaudit donc une stabilité réelle et des réformes structurantes. Mais le marché du travail, lui, exprime un doute légitime. La réussite économique du Maroc ne pourra être pleinement reconnue que lorsque la croissance se traduira par des emplois massifs, qualifiés et décents. La véritable performance ne se mesurera pas seulement au taux de croissance ou au ratio dette/PIB, mais à la capacité du modèle économique à offrir des perspectives tangibles à sa jeunesse et à ses classes moyennes.

Écrit par Hamid Fayou,

Docteur en  économie

et membre adhérent du Centre africain pour la recherche et les études stratégiques.

 

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