L’Organisation Mondiale des Agrumes alerte sur les multiplications de normes

L’alerte lancée par l’Organisation mondiale des agrumes résonne comme un avertissement pragmatique pour les filières fruitières mondiales et, singulièrement, pour les principaux pays producteurs. À Madrid, lors de Fruit Attraction, l’organisme a mis en lumière une tendance lourde : la multiplication de normes privées imposées par les distributeurs qui, en dépassant les cadres juridiques et scientifiques, risquent d’éroder la durabilité économique et phytosanitaire de la production d’agrumes.
Pour les producteurs, ces exigences additionnelles ne sont pas de simples contraintes administratives. Elles se traduisent par des coûts directs et indirects qui pèsent sur la compétitivité des exportations, fragmentent les pratiques agronomiques et réduisent la marge de manœuvre indispensable à la lutte intégrée contre les bioagresseurs. Quand des limites maximales de résidus sont durcies sans fondement scientifique, le risque de résistance accrue aux produits phytopharmaceutiques et de gaspillage alimentaire s’accroît, au détriment des exploitations familiales comme des unités industrielles.
Les interventions des représentants africains et européens au sein de l’organisation ont rappelé une évidence souvent oubliée : la sécurité sanitaire des aliments s’appuie d’abord sur des réglementations publiques harmonisées, sur des évaluations scientifiques rigoureuses et sur la confiance accordée aux autorités compétentes. Toute prolifération d’exigences privées subjectives fragilise ce socle et introduit une complexité logistique qui peut, à terme, réduire l’offre disponible sur les marchés de consommation.
« Dans le contexte marocain, fortement engagé sur les marchés internationaux et soucieux de valoriser des agrumes de qualité, cette question revêt une importance particulière. Les producteurs nationaux, qui respectent déjà des référentiels nationaux et internationaux exigeants, voient dans ces critères privés une source de surcoûts et d’incertitudes qui peuvent freiner les investissements en innovation agronomique et en adaptation climatique », lit-on sur les colonnes de AgriMaroc.
Les auteurs du document de position de l’organisation internationale ne se contentent pas d’un constat : ils appellent à un dialogue structuré entre distributeurs, autorités réglementaires et producteurs, afin d’éviter une cascade d’exigences contradictoires. L’enjeu dépasse la simple conformité réglementaire ; il s’agit de préserver la résilience des systèmes de production, la qualité nutritionnelle des fruits et la disponibilité des agrumes sur les étals, sans alourdir inutilement la chaîne de valeur.
Badr Bennis (Les Domaines Agricoles, Maroc) a déclaré : « En tant que Président, je me félicite de cette importante analyse menée par l’Association. Parmi les catégories de fruits et légumes, les agrumes sont l’un des groupes les plus importants, avec environ 135 millions de tonnes d’agrumes produites chaque année sur 10 millions d’hectares dans le monde. Chaque année, en fonction de l’offre et de la demande du marché, entre 45 et 50 millions de tonnes sont échangées dans le monde pour une valeur de plus de 50 milliards de dollars. L’industrie des agrumes apporte la santé aux consommateurs grâce aux propriétés authentiques des agrumes. Nos producteurs prennent ce rôle au sérieux et se conforment aux pratiques agricoles les plus responsables et les plus durables pour apporter la confiance aux consommateurs du monde entier avec des agrumes de qualité et sûrs. »

