Marché du travail : le gouvernement réussira-t-il ou pas à tenir la promesse de 1 million d’emplois ?

Ecrit par Imane Bouhrara I
A raison de 250.000 emplois créés par an, le gouvernement aurait bien bouclé son mandat en réalisant largement l’un des engagements phares à savoir la création d’un million d’emplois. Mais c’est sans compter les aléas et il y en a légion. L’analyse.
L’exécutif a entamé l’année 2025 avec l’annonce de quelques axes stratégiques de la nouvelle feuille de route de l’emploi dotée de 14 Mds de DH. Un vœu d’échec sur la création d’un million d’emplois à horizon 2026, l’un des engagements phares du gouvernement ?
Il faut d’abord rappeler que la faible création d’emplois par l’économie marocaine est une question qui date, notamment des emplois en nombre suffisant et en qualité raisonnable, sauf que là, le taux de chômage a atteint des records historiques avec un chômage longue durée structurel dans un contexte post-pandémie et de sécheresse durable. Des aléas qui certes dépassent les capacités de l’Exécutif mais auxquels s’ajoute un dialogue social revenu à la case départ, une loi de grève qui suscite une levée de bouclier des syndicats et une réforme du Code du travail à venir qui annonce un été chaud. Un concours de circonstances des moins enviables pour l’exécutif et pour le ministère de l’Emploi qui se retrouve sur la ligne du front.
La promesse du gouvernement à jamais compromise ?
Peut-être que l’élan de la campagne électorale et l’euphorie de la victoire écrasante de la majorité ont boosté la confiance de l’exécutif de venir à bout d’un problème qui en devenait endémique, négligeant au passage des données factuelles notamment qu’au cours de la dernière décennie, la population en âge de travailler a augmenté de plus de 10 %, tandis que l’emploi n’a progressé que de 1,5 %. Sans oublier que la situation s’aggrave pour les femmes, les jeunes et les diplômés, en plus des disparités territoriales qui accentuent la situation.
Selon la Banque mondiale, cet écart structurel en matière de création d’emplois s’explique par plusieurs facteurs, notamment l’impact cumulé des chocs post-pandémiques, l’effet encore limité des politiques et réformes actuelles sur la croissance économique. Un constat déjà établi par les économistes et spécialistes de l’emploi. Déjà que la loi d’Okun sur la relation empirique entre taux de croissance de PIB et évolution du taux de chômage semble se heurter à la réalité marocaine.
En effet, même avec des taux de croissance plus au moins corrects, la création d’emploi a ralenti passant de 32 000 postes pour un point de croissance entre 2000 et 2009 à seulement 20 000 entre 2010 et 2019, rappelle pour sa part le PCNS. De plus, l’économie nationale a perdu 181.000 emplois entre 2021 et 2023. Par ailleurs, et malgré la hausse de l’emploi salarié ces dernières années, la qualité des emplois créés représente un défi majeur, notamment en raison du poids du secteur informel (un tiers des emplois non agricoles) et de l’inadéquation souvent relevée entre les programmes de formation et les besoins réels sur le marché de travail.
Que dire lorsque le taux de croissance est atone n’excédant pas les 4%. Autant dire qu’on est loin des ambitions du nouveau modèle de développement et de ses 6,5% de croissance à long terme pour résorber des problèmes comme la création de l’’emploi.
Dans son rapport de suivi de la situation économique du Maroc en 2025, la banque mondiale cite un autre facteur contributif à cette situation, à savoir, le manque de dynamisme du secteur privé marocain, avec peu d’entreprises à forte croissance, essentielles à la création d’emplois selon l’expérience d’autres pays. Cette situation pourrait refléter des faiblesses structurelles sous-jacentes dans l’environnement des affaires, une question que cette équipe gouvernementale a essayé de juguler avec la Charte d’investissement, la loi organique sur la grève et la réforme annoncée du Code du travail.
A ce tableau, s’ajoutent les effets de l’automation, le recours à l’intelligence artificielle et même l’évolution de la cartographie des métiers à une vitesse supérieure à l’évolution des offres formations alimentant ainsi une autre problématique d’adéquation entre offre et demande du marché du travail.
Une feuille de route pour l’emploi, on joue les prolongations !
Après les résultats mitigés des initiatives gouvernementales en faveur de l’emploi lancées en début de mandat (Awrach, Força), il y a exactement 2 ans, le ministère de l’emploi dévoilait les résultats d’une étude en prélude à l’élaboration d’une stratégie nationale de l’emploi et l’entrepreneuriat (PNEE 2035 dont on ne saura jamais les détails ni l’évolution sur le terrain).
Deux ans plus tard, on évoque une sorte de plan d’urgence pour pallier les scores tristement élevés du chômage. C’est là un vœu d’impuissance que l’on ne saurait ignorer. Une feuille de route (ou plutôt les prémices) est dévoilée avec une enveloppe de 14 Mds de DH et l’ambitieux objectif de réduire le taux de chômage d’au moins 4 points pour le ramener à 9% et créer 1,45 million d’emploi à horizon 2029-2030… ce qui est bien loin de l’échéance première de créer 1 million d’emplois lors de ce mandat. D’autant que les initiatives de la feuille de route de l’emploi sont loin de constituer cette réforme globale que les économistes appellent de leur vœu.
Même son de cloche du côté de la Banque mondiale qui préconise un programme global de réformes structurelles pour relever ce défi. Une réforme qui s’attaque aux contraintes qui pèsent sur le marché du travail tant du côté de la demande que de l’offre et d’améliorer la réglementation et les politiques du travail.
Du côté de la demande, la banque mondiale estime que le manque de dynamisme des entreprises à forte croissance constitue une contrainte importante. Du côté de l’offre, il est essentiel d’améliorer les conditions de l’autonomisation économique des femmes et de faire correspondre les compétences des jeunes travailleurs aux besoins du marché. En outre, les coûts élevés associés aux procédures de recrutement et de licenciement, ainsi que la fragmentation des programmes du marché du travail, entravent les progrès.
La feuille de route pour la création d’emplois récemment dévoilée par le gouvernement met l’accent sur le renforcement des programmes actifs du marché du travail et l’introduction d’incitations ciblées pour stimuler l’investissement dans les PME. Mais à elle seule, elle ne saurait apporter une réponse fiable et durable à cette problématique de création d’emplois.
Pour ce qui est de la promesse gouvernementale, on peut parier sans prendre de risque aucun que c’est un objectif hors de portée d’ici la fin de mandat. Pour le nouvel objectif de créer 1,45 million d’emplois à horizon 2030, il est encore taux d’en juger avant que les premières actions de la feuille de route ne soient mises en application. Sauf si c’est une promesse pour en faire oublier une autre.

