92 % de production renouvelable, moins de 12 % de consommation nette en 2025.

Le présent article fait une synthèse de toute l’énergie produite et consommée au Maroc durant l’année 2025. Il n’était pas prévu pour répondre une polémique récente reprise par la télévision suite à des débats basés sur des chiffres erronés mais puisque sa diffusion coïncide… tant mieux !
Pour pouvoir additionner le contenu énergétique de produits différents, tous les combustibles sont convertis à l’aide de leur pouvoir calorifique alors que l’électricité renouvelable et importée sont converties à l’aide d’un facteur conventionnel de 0,26 tep/MWh d’électricité[1].
La plupart des agrégats à fin décembre 2025 sont tirés de plusieurs sources officielles[2], [3], [4], [5], [6], [7], [8], [9]. Toutefois, puisque la variation des stocks des combustibles entre fin 2024 et fin 2025 a été négligée et que quelques-uns des chiffres de l’année 2025 sont estimés par nos soins, il est possible qu’il en résulte de légers écarts avec les futures données définitives de l’Annuaire Statistique du Maroc qui contiendra les chiffres de 2025 et qui sera publié vers le dernier trimestre de 2026.
1- Segmentation de la consommation totale d’énergie à fin d’année
La Figure 1 montre la segmentation de la consommation totale d’énergie au Maroc durant l’année 2025.
Pour les traits entrant dans chaque cellule (1 ktep = 1’000 tonnes d’équivalent pétrole) :
- la part que la cellule par rapport à l’agrégat hiérarchiquement au dessus est au-dessus du trait, cette part est écrite en noir et, bien évidemment dépourvue de signe,
- la croissance de la valeur de l’année en cours par rapport à l’année précédente est au-dessous du trait. cette croissance annuelle est en bleu ou en rouge avec le signe idoine.

Figure 1 Segmentation de la consommation totale d’énergie au Maroc durant l’année 2025
2- Contextualisation de la croissance annuelle de la consommation totale d’énergie de l’année
Pour les 45 dernières années, la Figure 2 montre :
- l’évolution de l’énergie totale et de son lissage sur des segments de 21 ans (bleu, échelle de gauche),
- l’évolution de sa croissance annuelle et de celle dudit lissage (rouge, échelle de droite).

Figure 2 Évolution de l’énergie totale consommée (ETC) entre 1950 et 2025
La courbe d’évolution de l’énergie totale (bleu) a subi une phase convexe entre 2010 et 2015 mais il n’est pas évident de savoir si elle va subir une nouvelle inflexion dans le futur immédiat. Reste qu’en 2025, l’énergie totale a subi une croissance de 2,2% et se situe dans une période où cette croissance ralentit de façon tendancielle depuis pratiquement 2005.
2- Schéma des flux d’énergie à fin d’année
La Figure 3 montre le schéma simplifié des flux d’énergie jusqu’à la sortie où les énergies finales sont partagées en 4 familles (électricité nette appelée, carburants blancs, butane et reliquat « Autres thermiques »).

Figure 3 Schéma des flux d’énergie durant l’année 2025
Avec une très large dominante éolienne, les 2’944 ktep d’hydroélectricité conventionnelle, d’éolien et de solaire qui composent les renouvelables ont représenté 92,8% de la production brute locale d’énergie produite localement mais seulement 11,6% du total de l’énergie nette consommée qui s’identifie presque au taux d’indépendance énergétique si l’on néglige la chaleur industrielle qui ne compte que pour 0,22%.
A la sortie :
- l’électricité nette appelée a représenté 47,47% de l’énergie nette consommée,
- les carburants blancs (gasoil et super), 35,04%,
- le gaz butane, 10,37%,
- le reliquat est affecté à un poste dit des « Autres thermiques » qui comporte la totalité du gaz propane (382 ktep) ainsi que la part des combustibles qui ne sont pas utilisés pour la production d’électricité, notamment : 737 ktep de fuel, 423 ktep de charbon, 66 ktep de gaz naturel.
3- Satisfaction de la variation de la demande durant l’année
Comment a-t-on augmenté l’offre face à la hausse de +550 tep (soit +2.2%) de l’énergie nette consommée, qui figure en dernier à droite dans la Figure 4 ?

Figure 4 Satisfaction de la variation de l’énergie nette consommée (ENC) entre 2025 et 2024
1° Par une augmentation de 459 ktep du poste ‘Produits pétroliers’ à 13’359 ktep en 2025,
2° Par une augmentation de 289 ktep du poste ‘Net import d’électricité’ à 964 ktep en 2025,
3° Par une augmentation de 91 ktep du poste ‘Gaz naturel’ à 930 ktep en 2025,
4° Par une augmentation de 41 ktep du poste ‘Solaire’ à 469 ktep en 2025,
5° Par une augmentation de 29 ktep du poste ‘Hydroélectricité + STEP’ à 207 ktep en 2025,
6° Par une augmentation de 18 ktep du poste ‘Chaleur industrielle’ à 57 ktep en 2025,
7° Par une diminution de 7 ktep du poste ‘Absorptions (négatives)’ à -148 ktep en 2025,
8° Par une diminution de 36 ktep du poste ‘Éolien’ à 2’370 ktep en 2025,
9° Par une diminution de 333 ktep du poste ‘Charbons’ à 7’143 ktep en 2025.
4- Émissions de gaz à effet de serre par l’énergie
La Figure 5 montre la segmentation des 69 Mt des émissions annuelles par l’énergie consommée au Maroc.

Figure 5 Synthèse des émissions de gaz à effet de serre par l’énergie totale consommée durant l’année
6- Contextualisation de la croissance annuelle des émissions de GES par habitant
Pour les 45 dernières années, la Figure 6 montre :

Figure 6 Évolution des émissions par habitant de gaz à effet de serre causés par l’énergie
- l’évolution des émissions de GES par habitant et de son lissage (bleu, échelle de gauche),
- l’évolution de leur croissance annuelle et de celle dudit lissage (rouge, échelle de droite).
La courbe d’évolution des émissions de GES par habitant (bleu) est devenue convexe en attendant de savoir si elle seulement se stabiliser, s’infléchir ou baisser. Reste qu’en 2025, les émissions de GES par habitant ont subi une baisse de -0,5% et se situent aussi, comme l’énergie totale, dans une période où cette croissance ralentit de façon tendancielle plus fort, mais seulement depuis 2015.
7- Principale conclusion des chiffres de 2025
Le poste des « autres thermiques » a compté pour 1,804 millions de tonnes d’équivalent pétrole (Mtep) en 2025 et contient les pouvoirs calorifiques de tout le gaz propane ainsi que celui de tous les combustibles qui ne sont pas utilisés pour la production d’électricité (dont une partie du charbon, du fuel destinés aux usages industriels et professionnels). En y ajoutant les 0,864 Mtep de gaz naturel importé, on obtient le total de 2,668 Mtep que l’on pourrait arrondir à 3 Mtep pour y intégrer les besoins de la future turbine à gaz de Al Wahda, ce qui serait le « substituable immédiat » par la production d’une centrale locale de gazéification de gaz naturel liquéfié à Nador West Med. Or, à 1’150 Nm³ par tep, la question de la compétitivité de la gazéification de moins de 3,45 milliards de Nm³ par an doit être posée, même si nous étions déjà équipés pour distribuer la totalité. Or, nous ne pourrions distribuer que 1,3 Mtep (1,5 milliards de Nm³).
Avec la gazéification locale, nous sommes dans le même dilemme que celui de la remise en service de la SAMIR qui, avec son passif, risque de ne pas être compétitive avec son pic de production 7,5 millions de tonnes sur ses deux sites de Mohammedia et Sidi Kacem alors que les géants du raffinage ferment les sites de raffinage produisant moins de 13 millions de tonnes par an et qu’une recherche bibliographique rapide par IA indique un seuil de rentabilité à 18 millions de tonnes. Redémarrage de la SAMIR et gazéification à Nador West Med pourraient-ils se faire sans abandon de créance et/ou un gros apport de l’Etat ?
Si, comme le dit l’adage, la vraie sagesse est de connaître ses limites, il va être très difficile, dans les circonstances actuelles de pouvoir récupérer le petit bout de souveraineté avec le raffinage local de pétrole et la gazéification locale de GNL ainsi, hélas, que la valeur ajoutée et les emplois qui vont avec.
5- Références
[1] Dans une centrale thermique conventionnelle, c’est 0,26 tep qu’il faudrait, en moyenne, pour produire 1 MWh d’électricité. Dans les balances énergétiques annuelles figurant dans les Annuaires Statistiques du Maroc (https://www.hcp.ma/downloads/Annuaires-statistiques-du-Maroc-Format-PDF_t22369.html), le Haut Commissariat au Plan du Maroc utilise exactement ce même coefficient que l’on pourra aussi trouver dans des site scientifiques tels celui de Mines Paris Tech https://direns.minesparis.psl.eu/Sites/Thopt/fr/co/equivalences-energetiques.html
[2] Royaume du Maroc, Ministère de l’Energie, des Mines et de l’Environnement, Portail qui a été désactivé des statistiques de l’Observatoire Marocain de l’Energie (OME), https://www.observatoirenergie.ma/data/
[3] Royaume du Maroc, Ministère de l’Economie, des Finances, et de la Réforme de l’Administration, Direction des Etudes et des Prévisions Financières (DEPF), « Notes de Conjoncture« , http://depf.finances.gov.ma/etudes-et-publications/note-de-conjoncture/
[4] Royaume du Maroc, Ministère de l’Economie, des Finances, et de la Réforme de l’Administration, Direction du Trésor et des Finances Extérieures (DTFE), « Notes de Conjoncture« , https://www.finances.gov.ma/fr/Nos-metiers/Pages/notes-conjoncture.aspx
[5] Royaume du Maroc, Bank Almaghrib, Revue de la Conjoncture Economique, http://www.bkam.ma/Publications-statistiques-et-recherche/Documents-d-analyse-et-de-reference/Revue-de-la-conjoncture-economique
[6] Haut Commissariat au Plan, « Annuaire Statistique du Maroc, Version électronique après 2013« , https://www.hcp.ma/downloads/Annuaire-statistique-du-Maroc-version-PDF_t11888.html, Version papier ou scannées avant 2013 https://cnd.hcp.ma/
[7] Haut Commissariat au Plan, « Bulletins statistiques« , https://www.hcp.ma/downloads/?tag=Bulletins+statistiques
[8] Red Eléctrica de España, Intercambios, https://www.ree.es/es/datos/intercambios
[9] Corporación de Reservas Estratégicas de Productos Petrolíferos, Corporación de Derecho Público tutelada por el Ministerio para la Transición Ecológica y el Reto Demográfico, « Estadísticas« , https://www.cores.es/es/estadisticas


