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Economie

Emploi : une économie qui décolle, une jeunesse qui stagne

Maroc NEET

Les chiffres agrégés sur l’emploi par le dernier rapport annuel de Bank Al-Maghrib dessinent une trajectoire à double vitesse pour le Royaume. D’un côté, les voyants macroéconomiques virent au vert : l’économie marocaine affiche une croissance robuste de 4,9 % et a généré 193 000 emplois nets. C’est plus du double des performances enregistrées l’année précédente. De l’autre côté de ce miroir doré, la réalité sociale de la jeunesse s’avère brutale.

Près de 3 millions de Marocains âgés de 15 à 29 ans stagnent dans la catégorie des NEET, sans emploi, ni études, ni formation. Plus alarmant encore, le taux de chômage des 15-24 ans culmine à 37,2 %, touchant quasiment un jeune actif sur deux dans les centres urbains.

Comment un pays en pleine expansion, salué pour ses chantiers d’infrastructure et son attractivité industrielle, peut-il faire face à une telle fracture ? L’analyse de ce grand décalage met en exergue des défaillances profondément ancrées dans la structure économique du pays.

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Une croissance « capital intensive » à faible pouvoir d’absorption

La première explication de ce découplage réside dans la nature même de la dynamique de croissance marocaine. Pour moderniser son tissu productif, le Maroc a massivement investi dans des écosystèmes industriels de pointe, à l’instar de l’automobile, de l’aéronautique ou des énergies renouvelables. Ces secteurs à forte valeur ajoutée tirent le Produit Intérieur Brut (PIB) vers le haut mais se caractérisent par un modèle hautement capitalistique et automatisé.

Il en résulte ce que les économistes qualifient de « faible élasticité de l’emploi » : chaque point de croissance génère proportionnellement moins de postes qu’auparavant. Le rapport de la Banque centrale confirme d’ailleurs que la poussée de l’emploi a été largement portée par le secteur des services, alors que le monde agricole, structurellement affecté par les aléas climatiques, continue de détruire des postes traditionnels. Les jeunes ruraux fuyant les emplois familiaux non rémunérés rejoignent les villes, où ils viennent gonfler les statistiques de l’inactivité et du chômage urbain.

L’inadéquation des compétences : le grand fossé

Le deuxième verrou structurel est le décalage persistant entre l’offre de formation et les besoins réels du marché du travail. Le système éducatif et universitaire marocain continue de saturer le marché de profils académiques traditionnels, tandis que les entreprises peinent à recruter des profils techniques qualifiés.

Au-delà des savoirs théoriques, le déficit se situe au niveau des compétences douces, ou soft skills. La maîtrise des langues étrangères, les capacités de communication et l’adaptabilité au monde de l’entreprise font cruellement défaut. Cette situation crée une barrière quasi infranchissable pour l’accès au premier emploi, d’autant que 52,9 % des chômeurs recensés par Bank Al-Maghrib sont des primo-demandeurs confrontés à des exigences d’expérience déconnectées de leur réalité.

Le marché du travail souffre également d’une forte précarité de ses structures. Le secteur privé marocain reste dominé par des Très Petites, Petites et Moyennes Entreprises (TPME) qui font face à de lourdes barrières de financement et à des contraintes réglementaires majeures. Ces structures manquent de la visibilité financière nécessaire pour s’engager dans des politiques de recrutement durables et préfèrent souvent recourir à des contrats précaires ou saisonniers.

Faute de débouchés dans le circuit formel, une part écrasante de la jeunesse bascule dans l’économie informelle. Or, ce secteur n’offre ni stabilité, ni couverture médicale (68,4 % des actifs occupés n’en bénéficient pas au niveau national), ce qui contribue à alimenter un fort sentiment de précarisation et de découragement. Les initiatives d’auto-emploi, bien que prometteuses, n’ont pas encore bénéficié d’un écosystème d’accompagnement assez robuste pour stabiliser ces micro-entrepreneurs sur le long terme.

Des pistes pour inverser la tendance

Face à ce constat, le statu quo n’est plus tenable. Pour Mehdi Griny, président de l’Association HOPE pour l’Employabilité, la réponse doit être multidimensionnelle. Il devient impératif de revoir les mécanismes d’orientation dès le cycle secondaire afin de valoriser la formation professionnelle et de l’aligner sur les besoins industriels immédiats.

Parallèlement, l’intégration de dispositifs d’encadrement plus stricts des contrats de stage et l’accélération des programmes d’aide à l’insertion portés par le tissu associatif sont indispensables pour redonner confiance à une génération qui se sent exclue des fruits de la richesse nationale. Sans une réforme en profondeur du modèle d’insertion et une implication accrue du secteur privé, la croissance marocaine continuera de briller dans les bilans comptables sans pour autant éclairer l’avenir de sa jeunesse.

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