L’objet de cette étude : l’analyse, statistique et spatiale, du choix des pays s’intéressant aux MNBC, sur la période 2014 et 2023, entre les MNBC en général, les MNBC de gros et les MNBC de détail.
En 2023, et selon le think tank américain « Atlantic Council », 114 pays ont engagé une réflexion sur La (MNBC) Monnaie numérique de banque centrale. Cette réflexion concerne la MNBC de gros, visant à repenser l’interbancarité et la MNBC de détail, celle que la Chine développe avec un succès certain depuis 2014 avec son e yuan, réservé aujourd’hui au seul marché intérieur chinois, en attendant mieux.
L’objet de ce Policy Brief est, tout d’abord, de rappeler que les MNBC ne sont ni une monnaie électronique ni un crypto actif, mais une monnaie plurielle. Il se propose, ensuite, et à partir de données du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque des règlements internationaux (BRI), de procéder à une approche, globale et statistique, du nombre de banques centrales et de pays concernés. Enfin, cette approche est complétée par l’exploitation spatiale de données précisant les pays concernés, leurs banques centrales respectives, leur préférence pour une MNBC de gros et/ ou de détail…
L’approche globale et statistique montre que : si les MNBC progressent en nombre, de façon spectaculaire entre 2018-2022, 80 % des banques sondées sont toujours au stade d’étude de faisabilité ou de la recherche, et qu’elles sont très majoritairement concernées par des MNBC de détail.
L’approche spatiale, regroupant 49 pays, confirme cet engouement et cette préférence. Elle montre également un écosystème MNBC diversifié et guère homogène. Ce qui explique pourquoi, si la révolution monétaire est bien en marche, cette marche est des plus contrastées. Elle confirme enfin un temps d’avance pour un pays, la Chine, et pour un continent, l’Asie.
Dès le lancement du bitcoin, en 2009, en pleine crise monétaire internationale, les banques centrales vont manifester, et le mot est faible, de la méfiance à son égard tout en prenant soin de bien distinguer le bitcoin de l’innovation technologique à laquelle il est associé : la Blockchain.
Méfiance justifiée, si on se rappelle les propos prêtés à l’époque à un certain Nakamoto. Personne ne sait, aujourd’hui encore, s’il s’agit d’une personne, d’un collectif, d’une personnalité morale etc. Mais celles ou ceux ayant en charge la communication d’un Nakamoto totalement invisible, rappelaient à cette époque travailler à la création d’une monnaie numérique, affranchie de toute autorité, invitant les développeurs qui le souhaitent à aider à la réalisation de ce projet.
Les années 2008-2009, celles de la crise financière sont aussi celles où le système bancaire est mis au banc des accusés. Accusations qui n’épargnent pas les institutions monétaires internationales, jugées trop liées au dollar américain et à son avenir. Cette monnaie arrive dans le domaine public en 2009, au pire des moments pour le système bancaire traditionnel en plein discrédit. Elle prend le nom de « bitcoin ». Pour attirer les futurs utilisateurs du bitcoin, on va s’appuyer sur un protocole informatique considéré comme infaillible et infalsifiable, privilégiant deux technologies : une technique d’enregistrement, de stockage et de transmission des données : la Blockchain ; une technologie qui garantit l’intégrité du registre, le validant et vérifiant les transferts monétaires qui y sont liés : le minage.
Les objectifs du bitcoin étaient clairs : proposer une monnaie privée alternative décentralisée, présentant les mêmes garanties de sécurité que les monnaies publiques centralisées des banques centrales. Après des années difficiles, les cours du bitcoin s’envolent, en atteignant dans les années 2020 un niveau record au-delà des 60 000 dollars, tirant vers le haut le cours de nombreuses cryptomonnaies qui se sont multipliées, entre- temps.
Le succès des cryptomonnaies va conforter et amplifier la méfiance des banquiers centraux à leur égard, les conduisant à s’intéresser aux MNBC, monnaie numérique refusant toujours et plus que jamais de les considérer comme des cryptomonnaies, les appelant avec raison des cryptos actifs.
Pour cela, ils vont eux aussi s’appuyer sur la technologie Blockchain, pour sa capacité à sécuriser une monnaie numérique de banque centrale, améliorant la rapidité et la transparence des transactions.
L’objet de cette étude : l’analyse, statistique et spatiale, du choix des pays s’intéressant aux MNBC, sur la période 2014 et 2023, entre les MNBC en général, les MNBC de gros et les MNBC de détail.
L’auteur Henri-Louis Vedie, tout abord, pourquoi les MNBC sont plurielles, sans être pour autant des monnaies électroniques ou des cryptoactifs (I). Ensuite, à partir d’une enquête du FMI portant sur la période 2018-2022, il proposera une analyse purement statistique de l’évolution du nombre de banques centrales déclarant s’intéresser aux MNBC, prenant en compte aussi, à partir de ces données, l’état d’avancement des travaux et études de ces pays.
Ce qui permet une première et double conclusion : si les MNBC progressent en nombre, de façon spectaculaire depuis 2018, elles restent cependant toujours au stade de la recherche ou de la faisabilité pour 80 % d’entre elles, première conclusion ; les banques centrales sont très majoritairement concernées par les MNBC de détail, deuxième conclusion (II).
Enfin, à partir de données, essentiellement BRI et banques centrales, il a réuni en les regroupant, 49 pays ayant officiellement marqué intérêt pour les MNBC, rattachées à 24 banques centrales, pour lesquels il dispose des données suivantes : population de ces pays et continents et/ou régions de rattachement ; préférence initiale pour une MNBC de détail, ou de gros et évolution de cette préférence. Ce que nous appellerons une approche spatiale de l’évolution de la demande de MNBC permettant de mettre en évidence un écosystème MNBC placé sous le sceau d’une grande diversité (III).
La Monnaie numérique de banque centrale est d’abord un élément du passif de la Banque centrale, à disposition sous forme numérique des agents économiques et des utilisateurs potentiels. Elle est totalement fongible avec les différentes composantes de la monnaie que sont les billets et les dépôts des banques auprès de la Banque centrale. Billets et pièces constituent la monnaie fiduciaire. Les dépôts, volontaires ou non, sont ceux des banques commerciales auprès de la banque centrale. Ces dépôts peuvent être utilisés par la banque centrale dans le cadre de la politique monétaire.
Cette monnaie centrale est à distinguer de la monnaie commerciale, laquelle se confond avec les sommes inscrites sur les comptes clients des banques commerciales et peut être aussi liée à des emprunts souscrits par les ménages et les entreprises pour financer leurs activités.
Malgré leurs différences, il existe un lien entre monnaie centrale et monnaie commerciale. Il est en effet possible, pour chaque détenteur et chaque utilisateur, de retirer de l’argent de son compte bancaire, quel qu’il soit, sous forme de billets ou d’en déposer. C’est ce qu’on appelle « l’unicité bancaire » : un Euro égale un Euro, quelle que soit sa forme, numérique ou pas, et quelle que soit la nature de son émission. (Avec Policy Brief)







