Modernisation budgétaire : l’empreinte durable de Nourredine Bensouda sur les finances publiques marocaines

Dans l’histoire récente des finances publiques marocaines, peu de responsables auront laissé une empreinte aussi structurante que Nourredine Bensouda. À la tête de la Trésorerie Générale du Royaume pendant plus d’une décennie, il a été l’un des principaux architectes de la modernisation budgétaire de l’État, contribuant à refonder en profondeur la gestion des comptes publics dans un contexte de fortes exigences de transparence, de soutenabilité et de performance.
L’une des réalisations majeures de l’ère Bensouda réside dans la consolidation durable de la discipline budgétaire. Le renforcement des mécanismes de contrôle, la fiabilisation des circuits comptables et l’amélioration de la traçabilité des flux financiers ont permis de sécuriser l’exécution de la dépense publique et de réduire significativement les risques d’irrégularités. Cette rigueur s’est traduite par des résultats tangibles : en 2025, les recettes ordinaires de l’État ont atteint près de 424 milliards de dirhams, en hausse de plus de 14 % sur un an, confirmant la solidité du cadre budgétaire et la capacité de l’administration financière à mobiliser efficacement les ressources publiques.
Sous son impulsion, la Trésorerie Générale du Royaume a également joué un rôle central dans la mise en œuvre de la Loi organique relative à la loi de finances, véritable tournant institutionnel de la gouvernance budgétaire. Le passage à la budgétisation par programmes, la généralisation des objectifs et indicateurs de performance ainsi que l’instauration des rapports annuels de performance ont profondément transformé l’architecture du budget de l’État. Ces réformes ont permis de rapprocher le Maroc des standards internationaux en matière de gestion publique, tout en renforçant la lisibilité des choix budgétaires.
La modernisation portée par Nourredine Bensouda s’est aussi appuyée sur une digitalisation avancée des finances publiques. Le déploiement de systèmes intégrés de gestion budgétaire, comptable et financière a permis de raccourcir les délais de traitement, d’améliorer la qualité de l’information financière et de renforcer le contrôle interne. Cette transformation numérique a constitué un levier décisif pour une gestion plus réactive et plus transparente des deniers publics.
Un autre acquis majeur, souvent moins médiatisé, concerne le renforcement de l’assiette et des équilibres des finances locales, enjeu central de la régionalisation avancée. En 2024, les ressources fiscales des collectivités territoriales ont atteint environ 43,4 milliards de dirhams, enregistrant une progression de plus de 21 % par rapport à l’année précédente. Cette performance reflète une amélioration substantielle de la mobilisation de l’assiette fiscale locale, soutenue par une meilleure structuration des mécanismes de recouvrement et par l’augmentation des parts des collectivités dans les recettes fiscales nationales. À la fin de l’année 2024, les finances locales ont dégagé un excédent global supérieur à 10 milliards de dirhams, renforçant l’autonomie financière des territoires et leur capacité à financer l’investissement local.
Au-delà des chiffres, l’action de Bensouda a contribué à diffuser une véritable culture de la responsabilité financière au sein de l’administration publique. Dans un système longtemps dominé par une logique de moyens, la rigueur comptable, le respect des équilibres et la conformité aux règles budgétaires sont progressivement devenus des principes structurants. Cette culture a joué un rôle stabilisateur déterminant, notamment lors des périodes de tension économique et sociale.
Certes, la modernisation budgétaire demeure un processus continu. Mais les acquis sont réels : crédibilité des comptes publics, robustesse des procédures, professionnalisation de la gestion financière et montée en puissance des finances territoriales. Ces fondations solides constituent aujourd’hui un atout stratégique pour accompagner les ambitions économiques et sociales du Royaume.
En définitive, l’héritage de Nourredine Bensouda dépasse la seule dimension technocratique. Il a contribué à renforcer la capacité de l’État (central comme territorial) à agir, à planifier et à rendre compte. Dans un contexte où les finances publiques sont appelées à soutenir des politiques publiques de plus en plus complexes, cette modernisation apparaît non seulement comme un acquis majeur, mais comme un prérequis indispensable pour les réformes de demain.
Écrit par Hamid Fayou,
Docteur en économie
