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Economie Nationale

Moteurs de croissance au Maroc : le diagnostic de François Marchal

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Écrit par Imane Bouhrara I

Le Maroc dispose d’une dynamique de croissance propre tirée par la transition énergétique et hydrogène vert, boostée par une consommation intérieure forte et une facilité d’accès aux marchés internationaux. François Marchal, Directeur général et membre du Directoire de Société Générale Maroc a mis en relief les données macroéconomiques mais également son expertise de banquier pour les moteurs de croissance économique du Maroc.

C’est une véritable radioscopie des attraits du Maroc livrée par François Marchal aux participants à la 3e édition du Forum International de la Chimie organisée à Rabat par la Fédération de la Chimie et de la Parachimie.

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Entamant son propos par le fait que lorsqu’on parle de l’industrie de la chimie, on parle de toutes les activités notamment industrielles, François Marchal a mis en relief les perspectives de développement au Maroc à travers les données macroéconomiques.

D’emblée, il a expliqué que l’avantage du Maroc est d’avoir développé une dynamique de croissance propre avec des moteurs internes qui le prémunissent des différents soubresauts de l’économie mondiale et qui permettent d’avoir une perspective, une vision et une planification dans la durée.

Pour François Marchal, le Maroc est dans une ligne intermédiaire entre les champions de la croissance que sont l’Inde et la Chine et les grandes puissances industrialisées qui, elles sont en retrait.

Le Maroc se retrouve dans une position intermédiaire entre ces deux pôles et l’idée développer est comment aider le Maroc à « incentiver » l’investissement pour rejoindre ces champions de la croissance internationale.

L’intervenant a rappelé que le pays a subi les conséquences du choc Covid qui s’est poursuivi d’un fort cycle d’inflation, mais la bonne nouvelle c’est une neutralisation de cette inflation avec des prévisions qui tournent au tour de 2 ou 2,5%.  

Ce qui donne de la sérénité de l’investissement, selon l’intervenant.

François Marchal a évoqué le 2e volet qu’est la dynamique d’activité, une dynamique intrinsèque propre au Maroc reposant à la fois que l’activité agricole et non agricole.

La première accordant un point de plus avec une bonne année agricole, l’activité non agricole en ressort avec des taux de croissance autour de 4%.

L’autre volet important pour le Maroc c’est la dynamique des échanges extérieurs : avoir une économie forte qui exporte et qui permette de soutenir la devise dans un contexte de flexibilisation qui est déjà engagée et d’une convertibilité qui est à l’horizon.

Pour cela, il y a besoin d’une bonne dynamique des échanges extérieurs et d’exportations qui se diversifient et qui se renforcent, explique Marchal.

Dans ce sens, l’industrie de la chimie a un rôle important à jouer dans la substitution à l’exportation puisque le Maroc continue d’importer des produits, non seulement en produisant localement mais aussi en devenant un moteur d’exportation sur nombre de branches.

Dans ce tableau plutôt positif, une ombre au tableau. « Le marché du travail est le point le plus compliqué. Une industrie importante peut contribuer, repérer d’autres bassins d’emplois dans d’autres régions », plaide François Marchal.

Le banquier a par la suite évoqué la question de liquidité, la recherche des investissements colossaux…

Dans ce sens, il rappelle que le Trésor est dans une situation assez confortable, puisqu’à fin avril, il a rempli 50% de ses besoins pour l’année 2025.

En parallèle, le Maroc a mis en place des mesures de soutien à l’économie notamment les PME et TPE, banques levée de liquidité auprès de la banque centrale, là on peut utiliser les prêts à l’économie.

Une économique qui affiche au T1 un taux de croissance de 3,9 % au-dessus de la moyenne mondiale, avec un redressement de l’agriculture et la stabilisation de l’inflation et une robustesse de la demande interne.

« La maîtrise de l’inflation ne s’est pas faite comme ça, on est le pays où le taux directeur est le plus bas, hormis la zone euro. Le resserrement monétaire a été relativement modéré certes a doublé mais comparativement à l’Egypte et la Turquie, il offre une situation financière favorable et stable. Tout cela se traduit par une accélération de la distribution des crédits qui est indexée sur la croissance du PIB, de 3 à 4%, la même croissance du crédit », explique François Marchal.

Il relève néanmoins qu’au Maroc il y a un accès au financement mais il n’y a pas une accélération de l’investissement au regard des projets annoncés et qui aurait dû donner lieu à une accélération de la distribution de crédit.

Pour ce qui est des taux débiteurs, le coût de financement reste compétitif au Maroc.

« Cette stabilité économique et politique sont importantes notamment pour les investisseurs internationaux puisqu’avec une monnaie stable, le financement en devises ne se déprécie pas au Maroc, pays qui offre un accès au financement compétitif », relève F. Marchal.

Dans ce sillage, vu les annonces des projets et des dépenses à venir qu’ils peuvent susciter, François Marchal était plutôt confiant puisqu’avec la dynamique autour des grands évènements sportifs notamment la Coupe du Monde 2030, certes beaucoup d’investissements seront portés par l’Etat, mais il y a lieu de souligner que ce financement n’est pas que public avec de fortes entrées en devises grâce au tourisme, la diaspora, les exportations des phosphates, des services, de l’automobile, l’aéronautique…

Néanmoins cette dynamique d’investissement se traduit par l’importation de biens intermédiaires pour créer les capacités de production avec une balance commerciale challengée… D’où l’importance de la substitution aux importations, estime François Marchal.

« Pour ce qui est de l’Etat, il a réussi l’année dernière un saut qualitatif dans la capacité à collecter des recettes et ce qui est un accompagnement fondamental pour assurer une confiance dans la vague d’investissement sur les 5 prochaines années », insiste François Marchal.

Cette capacité à augmenter la collecte et à maitriser le déficit budgétaire et la dette publique avec des éléments structurants qui redessinent le tissu économique, un déficit budgétaire en réduction et une dette stable essentiellement en dirham et moins soumise aux taux internationaux… sont autant de points positifs.

François Marchal revient également sur l’importance du rating du Maroc comparable à des investisseurs Investment grade, ce qui se traduit par une perception du marché international de la signature Maroc extrêmement positive.

Par ailleurs, le benchmark sur le reste de l’Afrique, relève que le Maroc a la particularité sur le continent d’exporter de la matière transformée et non de la matière première et donc cette capacité du Maroc à s’intégrer dans les chaînes de valeurs internationales et à essayer de les remonter est l’une des caractéristiques qui donne de la visibilité au développement et bien évidemment à l’investissement.

Les plateformes de production au Maroc sont intégrées dans les cycles de producteurs internationaux (avec de la compétence, des écosystèmes intégrés et une fluidité avec les donneurs d’ordre). Ce qui est plus pérenne  que d’exporter que de la matière première brute au risque de se faire remplacer par un autre fournisseur.

Bien évidemment, l’analyse des données ne peut se faire sans une mise en contexte qui est marqué par de fortes tensions et une véritable guerre commerciale lancée par les États-Unis.

Dans ce sens, François Marchal s’est voulu rassurant puisque le Maroc a une dynamique propre bien que c’est un pays ouvert sur le marché mondial, mais les exportations vers les USA ne représente de 4,2% des exportations marocaines, par conséquent la dépendance à ce marché américain est plus réduite.

Toujours est-il, que le risque est de voir des produits qui n’ont plus accès au marché américain se déverser sur le marché marocain, souligne François Marchal. « C’est une opportunité pour les importateurs mais c’est un challenge pour les producteurs nationaux », explique-t-il.

Autre élément à prendre en considération est celui des surcoûts à arriver une fois que les droits de douanes seront intégrés dans les coûts de productions de certains produits.

Le point positif à relever est le repli du coût de l’énergie ce qui est intéressant pour le Maroc.

« Le Maroc a la chance d’être multi-partenaire avec une capacité de mobiliser des investissements et de négocier des contrats avec l’ensemble des acteurs économiques ce qui permet d’avoir cette diversification et agilité par rapport à la conjoncture », rassure François Marchal.

Il cite par ailleurs un vrai changement dans le comportement de consommation au Maroc avec une vrai prise de conscience de l’importance du made in Morocco.

« Aussi le Maroc a cette stratégie de friendshoring, c’est-à-dire le Maroc a des ALE avec une politique positive et une stabilité politique qui font que pour un investisseur international c’est une destination facile à décider et l’image que les investisseurs ont du Maroc est excellente », explique François Marchal.

Un pays en passe d’accueillir une vague d’investissements sans précédent drivée par la transition énergétique notamment d’hydrogène vert et des acteurs dans les carburants verts et ceux qui se lancent dans d’autres intrants fondamentaux de la métallurgie. « Rien que pour l’hydrogène vert ce sont 30 milliards d’euros d’investissement et 30.000 ha de foncier alloués », rappelle F. Marchal.

Il cite également l’amorçage de l’écosystème de batteries avec des investissements déjà annoncés de 1,5, à 2 milliards d’euros avec une capacité de s’intégrer avec les matières premières.

« C’est-à-dire que le Maroc n’est pas juste une plateforme de production mais les minerais sont présents au Maroc et peuvent apporter avec des partenaires technologiques pour avoir l’éligibilité du produit fini aux accords de libre-échange que le Maroc a la chance d’avoir avec l’UE et les USA », explique le banquier.

Il souligne à juste titre qu’au-delà de cette vague d’investissements, il existe au Maroc un socle d’infrastructures performantes, avec l’OCP avec le complexe de Jorf Lasfar et des infrastructures portuaires et d’autres acteurs présents pour continuer à se développer et à intégrer de plus en plus de productions locales pour bénéficier des matières premières et de l’énergie renouvelable disponible.

Et de conclure « on a la chance d’avoir une dynamique propre tirée par la transition énergétique et celle de hydrogène vert boostée par une consommation intérieure forte et une facilité d’accès aux marchés internationaux ».

Dans cette analyse François Marchal a fait plus qu’analyser mais plaidoyer en faveur de la destination Maroc en mettant le curseur sur les points forts auxquels les investisseurs internationaux sont sensibles.

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