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Economie Nationale

MRE : une jeune élite, une manne financière et un vide abyssal

MRE

Ecrit par Imane Bouhrara I

Près de 60 % de plus de 5 millions de Marocains résidant à l’étranger (MRE) est âgée de « 15 à 39 ans », tandis que les personnes de plus de 60 ans représentent moins de 4 %. Cette configuration démographique confère à cette communauté un potentiel puissant pour contribuer au développement national et renforcer la présence marocaine sur la scène internationale. Mais plusieurs verrous doivent sauter pour en explorer le plein potentiel.

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Sa Majesté le Roi Mohammed VI, dans son discours à l’occasion du 49e anniversaire de la Marche Verte, a souligné l’importance du rôle de la diaspora dans le développement dynamique du Maroc et la nécessité de la soutenir et de renforcer ses liens avec la nation. Cette démarche vise à bâtir un partenariat actif et renouvelé entre les Marocains de l’intérieur et de l’extérieur.

Le 8 novembre, l’Exécutif tient une réunion pour procéder à l’examen des mécanismes nécessaires à la mise en œuvre de la Vision Royale visant à opérer un nouveau virage dans le domaine de la gestion des affaires de la Communauté marocaine résidant à l’étranger (MRE). On verra bien ce que cela va bien donner.

Et il y a du pain sur la planche, comme le souligne l’Observatoire du travail gouvernemental (OTRAGO) dans une analyse qui détaille la contribution des marocains résidant à l’étranger dans les domaines « économiques, sociaux, politiques, culturels et sportifs ». Mais met également en lumière les opportunités et défis qu’ils rencontrent, illustrant leur rôle stratégique dans le développement national et le renforcement des liens avec leur pays d’origine.

Un soutien financier semé au vent

L’importance de la contribution des MRE au développement du pays s’illustre à travers une évolution constante des transferts financiers qui devraient atteindre 120 milliards de DH en 2024 et qui représentent 7% du PIB, contribuant à renforcer les réserves de devises étrangères et stabiliser le dirham marocain, entre autres. Mais seuls 10 % de ces fonds sont destinés à des investissements productifs, tandis que 70 % vont à l’achat de biens immobiliers et 60 % au soutien des familles. 

Par ailleurs, les transferts financiers représentent environ 20 % des ressources du système bancaire marocain.

Mais, il n’y a pas de politiques spécialement destinées à attirer leurs investissements de manière structurée et réfléchie. Ce manque se traduit par l’absence d’un plan clair définissant les secteurs économiques prioritaires qui pourraient être des moteurs de croissance, ainsi que l’absence d’une carte d’investissement détaillant les opportunités dans les régions les plus délaissées ou nécessitant plus de soutien pour atteindre un développement durable. 

 Ce vide conduit à une dispersion des efforts et des investissements de la diaspora, qui se retrouvent souvent confrontés à des choix mal structurés et mal étudiés, rendant leurs investissements souvent aléatoires ou confinés à des secteurs traditionnels comme les services et l’immobilier, au lieu de viser des secteurs à forte valeur ajoutée.

OTRAGO note ainsi, l’absence d’une vision stratégique globale et intégrée visant à les intégrer de manière efficace dans le tissu économique national.

Pis, malgré l’importance des mécanismes de financement pour stimuler et soutenir les investissements des Marocains résidant à l’étranger, les outils disponibles actuellement semblent limités et incapables de répondre aux attentes de cette population. Par exemple, le fonds MDM Invest, créé spécifiquement pour soutenir les projets des Marocains résidant à l’étranger, n’a pas réussi à avoir un impact significatif. Depuis sa création en 2002 jusqu’en 2022, seulement 48 projets ont été soutenus, ce qui reflète clairement la limitation de son impact par rapport aux énormes capacités d’investissement de la diaspora. 

Sans oublier la complexité des démarches administratives qui peuvent débouter les MRE et l’absence d’institutions nationales spécialisées dans l’investissement dans les pays d’accueil.

Otrago alerte d’ailleurs sur le fait que la diaspora est particulièrement exposée à des pratiques de corruption telles que les pots-de-vin et l’abus de pouvoir, en raison de l’absence de transparence dans les procédures et du manque de contrôle. Les membres de la diaspora souffrent parfois de discrimination tacite, étant perçus comme une catégorie susceptible de payer des frais illégaux pour accélérer leurs services, ce qui érode la confiance de la diaspora dans les institutions et renforce leur sentiment d’injustice par rapport aux autres citoyens.

Faible représentation politique

La participation politique des Marocains résidant à l’étranger souffre de plusieurs dysfonctionnements, qui affectent leur représentation au sein des institutions nationales et leur influence sur les politiques publiques, ce qui renforce leur faible lien politique avec le pays. Bien que le Conseil de la communauté marocaine à l’étranger ait été créé en tant qu’organe consultatif visant à représenter les intérêts de la diaspora, son impact reste limité, tant en termes de garantir une véritable représentation pour cette catégorie que d’exercer une influence effective dans l’élaboration des politiques nationales. Ce conseil, qui était censé être le canal principal pour faire entendre la voix de la diaspora, souffre d’un manque de continuité et d’efficacité. Son rôle demeure purement consultatif, incapable de transformer ses recommandations en décisions concrètes qui affectent les grandes questions touchant la communauté. 

OTRAGO relève également les limites des services consulaires fournis, faute de ressources. En effet, bien que le Maroc dispose d’environ 125 consulats à travers le monde, ce nombre reste insuffisant au regard de la taille de la diaspora, qui dépasse les 5 millions de personnes réparties dans plusieurs pays.

L’encadrement culturel et sportif de la diaspora montre également quelques limites.

Par ailleurs, on constate l’absence quasi totale des Marocains résidant à l’étranger dans les institutions de gouvernance nationales, telles que le Conseil économique, social et environnemental, les institutions de lutte contre la corruption et les organes concernés par le développement durable, ce qui aggrave leur marginalisation politique.

Une stratégie globale et pluridisciplinaire s’impose

Dans son analyse consacrée aux MRE, Otrago recommande l’élaboration d’une vision stratégique globale : Adopter un plan national clair visant à intégrer les Marocains du monde dans le tissu économique national, en identifiant les secteurs prioritaires tels que la technologie, les énergies renouvelables, l’industrie manufacturière et l’agriculture.

Dans ce sens, le Maroc gagnerait à lancer une banque de projets dédiée à travers une plateforme numérique complète regroupant des opportunités d’investissement actualisées, structurées par région et secteur économique, accompagnées de données précises sur leur viabilité économique.

Toujours sur le plan économique, il est recommandé de mettre en place de nouveaux fonds de financement pour les projets des MRE, offrant des prêts à des conditions avantageuses et des garanties incitatives. Et de restructurer le fonds « MDM Invest » pour le rendre plus efficace et accessible. La création de bureaux d’investissement à l’étranger ne serait pas un luxe.

Pour Otrago, il est temps d’activation du guichet unique dédié aux MRE, offrant tous les services administratifs aux MRE dans leurs lieux de rassemblement en été et dans les administrations principales. Avec à la clé, la digitalisation des procédures administratives et le renforcement des mécanismes de transparence.

Mais il ne faut pas se limiter à ces aspects économique et financier au risque de les faire passer pour une vache à lait. Cette intégration doit s’élargir au champ politique, notamment l’intégration des MRE dans les institutions nationales de gouvernance : Réserver des sièges aux représentants des MRE dans des institutions telles que le Conseil économique, social et environnemental et les instances de lutte contre la corruption.

Une demande revenait également en boucle et qu’exprimaient les MRE, c’est la mise en œuvre du droit de vote et d’éligibilité : Renforcer les mécanismes juridiques garantissant la participation des MRE aux élections nationales, et leur permettre de défendre directement leurs intérêts au sein du Parlement.

Le renforcement de la couverture consulaire est également un prérequis de proximité de la diaspora marocaine à l’étranger, de même que le renforcement de l’encadrement culturel et sportif.

Une élite jeune et disputée au Maroc

Le Maroc gagne à connecter les talents marocains à l’étranger avec les institutions nationales pour faciliter les échanges d’expertise. Mieux encore, développer des programmes pour attirer les talents.

Des talents par ailleurs disputés au Maroc par d’autres pays notamment dans certains secteurs stratégiques.

Une élite aussi que le Royaume peut mettre à profit de la cause nationale, en engageant les MRE dans la diplomatie parallèle, notamment que sur la question du Sahara marocain en leur fournissant les preuves juridiques et historiques nécessaires.

Pour Otrago, le Maroc doit également renforcer les associations marocaines à l’étranger unifier les efforts en faveur des causes nationales et renforcer l’identité marocaine.

Ces recommandations visent à renforcer les liens entre le Maroc et ses citoyens résidant à l’étranger, tout en consolidant leur rôle en tant que partenaires stratégiques dans le développement national.

 

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