OPEP+ : un nouveau système de quotas pétroliers devrait déclencher une course aux investissements

Les changements apportés par l’OPEP+ à son système de quotas de production pétrolière devraient susciter une vague d’investissements dans l’amont parmi ses membres, notamment chez les producteurs du Golfe à faibles coûts, dissipant ainsi les craintes de pénuries d’approvisionnement à long terme.
L’Organisation des pays exportateurs de pétrole et d’autres grands pays producteurs, dont la Russie et le Kazakhstan, regroupés sous l’appellation OPEP+, ont approuvé dimanche un nouveau mécanisme d’évaluation de la capacité maximale de production de leurs membres, qui servira à fixer les seuils de production à partir de 2027.
Ce point peut sembler très technique. Mais il pourrait, en théorie, marquer une rupture bienvenue avec les turbulences des dernières années, durant lesquelles certains membres ont allègrement dépassé leurs quotas de production, tandis que l’Arabie saoudite, leader de facto de l’OPEP, peinait à imposer la discipline, déconcertant les marchés pétroliers.
Le ministre saoudien de l’Énergie, le prince Abdulaziz ben Salmane, a déclaré lundi que ce nouveau mécanisme contribuerait à stabiliser les marchés et à récompenser ceux qui investissent dans la production. Selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE), l’OPEP+ représentera près de la moitié de l’offre mondiale de pétrole, estimée à 106 millions de barils par jour en 2025.
Comprendre le nouveau mécanisme de Capacité Maximale Durable (MSC)
L’évaluation de la capacité se déroulera entre janvier et septembre, sous l’égide d’un auditeur américain reconnu pour 19 des 22 membres du groupe. Cette évaluation impliquera un examen des champs pétrolifères et des infrastructures de chaque pays afin de déterminer la quantité de pétrole pouvant être mise en production en 90 jours et maintenue pendant un an.
Parmi les trois pays soumis à des sanctions américaines, la Russie et le Venezuela feront appel à un auditeur non américain, tandis que l’Iran a choisi de fixer sa base de référence sur la moyenne de sa production durant les trois mois précédant octobre.
Les capacités des membres seront validées lors d’une réunion en novembre, où l’OPEP+ s’accordera également sur les quotas de production pour 2027, qui représenteront un pourcentage égal de la capacité pour chaque membre. Le MSC sera revu annuellement par la suite.
Une vague d’investissements dans le Golfe
Ce système semble prêt à déclencher une vague d’investissements chez les membres désireux d’accroître leur production et leurs revenus. Il favorise néanmoins les membres les plus riches, qui bénéficient de coûts de développement et de production faibles, comme l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis et le Koweït.
Les producteurs du Golfe anticipent déjà au-delà des préoccupations d’excédent à court terme et minimisent les questions sur la demande future de pétrole, alors que le monde amorce une transition hors des énergies fossiles.
Les Émirats arabes unis visent une capacité de production de 5 millions de barils par jour d’ici 2027, contre 4,85 millions actuellement, bien que certains spéculent sur une possible augmentation jusqu’à 6 millions de barils par jour. Les investissements en cours semblent confirmer cette ambition. La compagnie pétrolière nationale d’Abou Dhabi, ADNOC, a annoncé le 24 novembre son intention d’investir 150 milliards de dollars sur les cinq prochaines années pour étendre ses activités. Elle a également augmenté de 6 % les réserves conventionnelles de pétrole des Émirats, qui atteignent désormais 120 milliards de barils, à la faveur de nouvelles découvertes. ADNOC cherche en outre à exploiter les réserves dites « non conventionnelles » de schiste, estimées à 22 milliards de barils.
L’Arabie saoudite, premier exportateur mondial de pétrole, dispose d’une capacité de production de 12 millions de barils par jour et de la plus grande capacité de réserve du groupe, atteignant 2,2 millions de barils par jour en octobre, soit 60 % de la capacité de réserve totale de l’OPEP+, selon l’AIE. La compagnie nationale saoudienne Aramco extrait le pétrole à 2 dollars le baril, selon son PDG Amin Nasser, l’un des coûts les plus bas au monde.
Aramco, dont les dépenses d’investissement devraient atteindre 52 à 55 milliards de dollars cette année, prévoit de mettre en service deux nouveaux champs d’ici la fin de l’année, ajoutant 550 000 barils par jour de capacité, selon ses résultats du troisième trimestre. (Avec Zonebourse)
