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Finances

PLF 2027 : le financement du déficit à l’épreuve du marché domestique

trésor PLF 2027

L’enjeu central du PLF 2027 ne réside pas tant dans le niveau du déficit que dans les conditions de son financement. C’est là que se jouera une partie importante de la crédibilité de la trajectoire budgétaire annoncée pour 2027.

Derrière l’affichage d’un déficit maîtrisé à 3 % du PIB, le Projet de loi de finances 2027 (PLF 2027) repose sur plusieurs paris majeurs : une forte progression des recettes fiscales, portée principalement par l’impôt sur les sociétés, un recours conséquent au financement extérieur et une hypothèse pétrolière jugée optimiste. En filigrane, une question domine : le marché domestique pourra-t-il absorber les besoins croissants du Trésor sans provoquer une tension durable sur les taux d’intérêt s’interroge Marogest, société de gestion des OPCVM?

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Le PLF 2027 affiche une ambition de continuité budgétaire. Le déficit est maintenu à 58,7 Mds de DH, soit 3 % du PIB, tandis que l’investissement public atteint un niveau historique de 400 Mds de DH. Sur le papier, l’équation semble maîtrisée. Dans les faits, plusieurs fragilités apparaissent derrière cette trajectoire.

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Première d’entre elles : la dépendance croissante à l’impôt sur les sociétés. Les recettes attendues de l’IS sont projetées à 124,8 Mds de DH, en hausse de plus de 32 % par rapport à la loi de finances 2026. Désormais, près de 30 % des recettes fiscales proviendraient de cet impôt, contre à peine 21 % en 2021. Cette montée en puissance reflète certes l’effet de la réforme fiscale engagée depuis plusieurs années, mais elle accroît également l’exposition du budget aux résultats des entreprises et aux fluctuations du cycle économique.

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L’analyse du document nuance toutefois l’ampleur de cette progression. En tenant compte des encaissements déjà réalisés en 2026, la hausse réellement nécessaire pour atteindre l’objectif de 2027 serait comprise entre 10 % et 14 %, et non 32 %. Cette précision change sensiblement la perception de l’effort demandé à l’économie.

Autre point de vigilance selon Marogest : le cadrage énergétique. Le gouvernement retient une hypothèse moyenne de 75 dollars pour le baril de Brent, alors que celui-ci évoluait autour de 114 dollars fin octobre 2026. L’écart est loin d’être anodin. Un maintien des prix élevés de l’énergie pourrait renchérir les dépenses de compensation, accentuer les pressions inflationnistes et alourdir davantage la facture des importations énergétiques.

La question du financement constitue sans doute le cœur du débat. Le PLF prévoit une enveloppe de 60 Mds de DH de financements extérieurs. Or l’expérience récente montre que cette enveloppe n’est généralement pas mobilisée intégralement. Entre 2023 et 2025, le Trésor n’a utilisé qu’environ 71 % des montants autorisés. Toute sous-réalisation devra être compensée par davantage d’émissions sur le marché intérieur.

Dans le scénario central, les besoins du Trésor sur le marché domestique atteindraient déjà 105,7 Mds de DH, soit près de 8,8 Mds de DH par mois. Mais en cas de recettes fiscales inférieures aux prévisions ou de moindre mobilisation du financement extérieur, ce volume pourrait grimper jusqu’à 14,8 Mds de DH mensuels. Un niveau qui rappelle certaines périodes de tension sur le marché obligataire marocain.

Le risque est d’autant plus réel que les établissements et entreprises publics prévoient eux aussi des programmes d’investissement massifs. Avec 251 Mds de DH d’investissements programmés, les EEP devront également mobiliser des ressources financières importantes, créant une concurrence accrue avec le Trésor pour accéder à l’épargne domestique.

Au final, le PLF 2027 apparaît moins comme un budget d’austérité que comme un budget de pari. Pari sur la capacité des entreprises à maintenir un niveau élevé de rentabilité. Pari sur un reflux des cours énergétiques. Pari sur une mobilisation substantielle des financements extérieurs. Et surtout, pari sur la capacité du marché financier marocain à absorber simultanément les besoins de l’État et ceux des grands opérateurs publics sans provoquer une hausse significative du coût de financement de l’économie.

À bien des égards, la véritable question n’est donc pas de savoir si le déficit restera contenu à 3 % du PIB, mais si les hypothèses qui soutiennent cette trajectoire résisteront à l’épreuve des faits. Car si l’un des piliers du budget venait à vaciller, qu’il s’agisse du rendement de l’IS, des financements extérieurs ou des cours de l’énergie, c’est l’ensemble de l’équation de financement qui devrait être réajustée. Le défi du PLF 2027 ne se situe pas seulement dans l’équilibre des comptes publics, mais dans la capacité du Royaume à mobiliser durablement les ressources nécessaires à ses ambitions sans renchérir le coût de l’argent pour l’économie.

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