Projections macroéconomiques en 2025 : ce que révèle le rapport de BAM

Le déficit du compte courant devrait légèrement se creuser en 2025, alors que le déficit de liquidité bancaire devrait s’alléger. Selon les projections macroéconomiques de BAM, la croissance de l’économie nationale s’accélérerait de 3,8% en 2024 à 4,6% en 2025, avant de se consolider à 4,4% en 2026. Avec à la clé, des exportations qui s’améliorent, des avoirs officiels de réserves qui se renforcent et une accélération du crédit. L’inflation devrait ressortir à 1% en 2025, soit une révision à la baisse de 0,1 point de pourcentage comparativement aux projections de juin, avant de s’établir à 1,9% en 2026.
Après s’être établi à 1,2% du PIB en 2024, le déficit du compte courant devrait légèrement se creuser à 2,3% en 2025 puis à 2% en 2026.
En 2025, les exportations devraient augmenter de 6,2%, portées essentiellement par une amélioration de 27,2% des ventes de phosphates et dérivés à 110,7 Mds de DH, tandis que les ventes du secteur automobile devraient terminer l’année avec un recul de 0,8% à 156,3 Mds de DH.
En parallèle, le rythme de progression des importations devrait s’accélérer à 7,4%, tiré par une augmentation de 14,8% des acquisitions de biens d’équipement, en lien avec la dynamique prévue de l’investissement. S’agissant des recettes de voyages, elles devraient maintenir leur dynamique, avec une hausse de 11,3% à 125,2 Mds de DH.
Les transferts des MRE, quant à eux, s’inscriraient en légère hausse de 0,6% pour s’établir à 119,7 Mds de DH. Les recettes d’IDE devraient poursuivre leur bonne performance pour atteindre 55,9 Mds de DH, soit l’équivalent de 3,3% du PIB après 2,7% en 2024.
Sous l’hypothèse de la concrétisation des financements extérieurs prévus, les avoirs officiels de réserve devraient se renforcer à 418 Mds de DH à fin 2025, soit l’équivalent de 5 mois et 13 jours d’importations de biens et services. En 2026, les exportations s’amélioreraient de 9,4%, sous l’effet de la reprise prévue du segment de la construction dont les ventes devraient bondir de 25,2%. De même, les ventes de phosphates et dérivés devraient augmenter de 5,1% à 116,4 Mds de DH.
Quant aux importations, elles augmenteraient de 7,1%, reflétant en particulier une progression de 12,5% des acquisitions de biens d’équipement. La facture énergétique devrait, pour sa part, s’alléger de 2,5% à 94,4 Mds de DH.
S’agissant des recettes de voyages, elles devraient afficher une hausse de 4,8% à 131,2 Mds de DH, alors que les transferts des MRE devraient s’élever à 125,5 Mds de DH, en accroissement de 4,8%.
En ce qui concerne les recettes d’IDE, les projections tablent sur un niveau équivalent à 3,5% du PIB en 2026. Tenant compte notamment des tirages extérieurs prévus par le Trésor, les AOR devraient s’élever à 434,5 Mds de DH à fin 2026, représentant l’équivalent de 5 mois et 19 jours d’importations de biens et services.
Accélération de la progression du crédit au secteur non financier sur l’horizon de prévision
Le déficit de liquidité bancaire devrait s’alléger pour ressortir à 115 Mds de DH à fin 2025. En 2026, il devrait se creuser à 133 Mds de DH en lien essentiellement avec la progression des billets et monnaies en circulation. Après un accroissement de 7,6% en 2024, ces derniers devraient croitre de 8,1% en 2025 et de 7,1% en 2026.
Pour ce qui est du crédit bancaire au secteur non financier, tenant compte des réalisations, des projections de l’activité économique et des anticipations du système bancaire, il devrait s’accroître de 5,9% en 2025 et en 2026. Dans ces conditions, et en ligne avec l’évolution prévue des autres contreparties de la masse monétaire, l’agrégat M3 devrait augmenter de 7,7% en 2025 et de 6,2% en 2026.
Pour sa part, le taux de change effectif devrait s’apprécier en 2025 de 4,2% en termes nominaux et de 2,2% en termes réels avant de connaitre une dépréciation en 2026 de 1,2% en termes nominaux et de 2,3% en termes réels.
Le déficit budgétaire devrait se stabiliser en 2025 avant de s’atténuer en 2026 Le déficit budgétaire devrait se stabiliser à 3,9% du PIB en 2025, avant de s’alléger à 3,4% du PIB en 2026.
Ces projections de BAM se basent sur la LF 2025, la PBT 2025-2027, les données de l’exécution budgétaire à fin juillet 2025 et les nouvelles prévisions macroéconomiques de BAM. Elles tiennent compte également des crédits supplémentaires de 13 Mds de DH ouverts en avril au titre du budget général. En 2025, les recettes fiscales s’amélioreraient de 10,8%, reflétant des accroissements de 10,7% du produit des impôts indirects et de 14% de celui des impôts directs.
Les rentrées non fiscales, quant à elles, enregistreraient un repli de 0,8%, impactées essentiellement par les baisses dans la rubrique des « autres recettes » non fiscales de 43,6% et de celles des mécanismes de financement innovants de 0,8% à 35 Mds de DH. En regard, les dépenses ordinaires devraient s’alourdir de 15%, avec notamment un accroissement de 18,7% de celles au titre des biens et services. La masse salariale augmenteraient de 11,3% et les charges des autres biens et services de 32,9%.
De même, les paiements d’intérêts de la dette devraient progresser de 23,9%. En revanche, les dépenses de compensation devraient reculer de 40,9% et celles d’investissement de 1,5% à 115,6 Mds de DH, ou 6,9% du PIB.
En 2026, le produit fiscal devrait se renforcer de 5,9%, avec des hausses de 1,3% des rentrées des impôts directs et de 8,4% de celles des impôts indirects. Pour leur part, les recettes non fiscales régresseraient de 1,2%, avec notamment un recul de 4,4% des ressources en provenance des EEP, celles des mécanismes de financement innovants devant se maintenir à 35 Mds de DH.
En parallèle, les dépenses ordinaires devraient s’alourdir de 4%, tirées principalement par les augmentations de 4,8% de celles de biens et services et de 1% des charges en intérêts de la dette. La masse salariale s’accroitrait de 5,3% et les dépenses au titre des autres biens et services de 4,1%. Les charges de compensation devraient s’alléger de 23,6% à 11,5 Mds de DH et celles d’investissement augmenter de 0,6% à 116,3 Mds de DH.
Croissance soutenue des activités non agricoles à moyen terme
La croissance de l’économie nationale s’accélérerait de 3,8% en 2024 à 4,6% en 2025, avant de se consolider à 4,4% en 2026, des prévisions inchangées comparativement à celles de juin. Cette évolution recouvre, du côté de l’offre, une progression de 5% de la valeur ajoutée agricole en 2025, suivie d’une hausse de 3,2% en 2026 sous l’hypothèse d’un retour à une récolte céréalière moyenne de 50 MQx.
Pour sa part, la croissance non agricole devrait s’établir à 4,5% en 2025 et en 2026, poursuivant ainsi la dynamique favorable observée en 2024 où elle s’est située à 4,8%. Du côté de la demande, la croissance resterait portée par sa composante intérieure, à la faveur notamment d’une dynamique soutenue de l’investissement, liée aux projets d’infrastructure lancés ou programmés, et de la poursuite de la consolidation de la consommation finale des ménages en lien avec l’amélioration des revenus agricoles et non agricoles.
En revanche, les exportations nettes devraient y participer négativement, les importations de biens et services devant progresser à un rythme plus important que celui des exportations.
Inflation modérée sur l’horizon de prévision
Après un net ralentissement à 0,9% en 2024, l’inflation devrait ressortir à 1% en 2025, soit une révision à la baisse de 0,1 point de pourcentage comparativement aux projections de juin, avant de s’établir à 1,9% en 2026.
Tirée principalement par le ralentissement des prix des « viandes fraîches » et par le recul de l’inflation importée, sa composante sous-jacente décélérerait de 2,2% en 2024 à 1,1% en 2025, avant de revenir à 2% en 2026. Concernant les prix des carburants et lubrifiants, ils enregistreraient un repli de 10,2% en 2025, suivie d’une hausse de 5,4% en 2026, en ligne avec les évolutions prévues des cours mondiaux du Brent et du taux de change vis-à-vis le dollar.
Pour leur part, les tarifs réglementés afficheraient une hausse moyenne de 2,1% sur l’horizon de prévision, tenant compte de la poursuite du processus de décompensation graduel du gaz butane. Quant aux prix des produits alimentaires à prix volatils, les projections tablent sur une hausse en 2025 et une stabilité en 2026.
Balances des risques
Malgré la relative atténuation des tensions commerciales, les incertitudes entourant les perspectives de l’économie mondiale demeurent élevées et risquent de freiner le commerce international, de perturber les chaînes d’approvisionnement et de peser in fine sur la croissance mondiale.
À cela s’ajoutent les difficultés persistantes du secteur immobilier en Chine, l’accroissement de la dette publique mondiale, ainsi que la persistance de pressions inflationnistes dans certaines économies majeures telles que les Etats-Unis. Enfin, la persistance des conflits au Moyen-Orient et de la guerre en Ukraine pourrait fragiliser davantage l’activité économique mondiale et perturber les chaines d’approvisionnement, en particulier énergétiques.
Au niveau national, les principaux risques pour l’activité économique sont liés à la récurrence des sécheresses et à l’aggravation du stress hydrique. En revanche, les chantiers lancés ou programmés dans le cadre de l’accueil de manifestations sportives internationales peuvent avoir des effets d’entrainement plus importants et engendrer un rythme plus rapide de la croissance. En ce qui concerne l’inflation, les risques restent orientés à la hausse. Outre les pressions externes, des conditions climatiques défavorables pourraient entraîner une hausse des prix des denrées alimentaires.

