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Politique

Il est temps de passer des promesses électorales au contrat de performance

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Le bal des promesses électorales reprend ses droits. Mais entre les engagements annoncés et leur concrétisation, le fossé reste souvent profond. Avant de formuler de nouvelles promesses, les partis ne devraient-ils pas rendre des comptes sur celles du précédent mandat ? Au-delà du simple bilan électoral, c’est un véritable mécanisme de suivi et de reddition des comptes, tout au long du mandat, qui s’impose pour transformer les promesses en engagements mesurables et vérifiables.

À l’approche des prochaines élections, le traditionnel bal des promesses électorales reprend ses droits. À écouter certains discours, on se croirait dans un Maroc de demain qui semble à portée de main : pouvoir d’achat en forte hausse, centaines de milliers d’emplois à créer, santé publique profondément réformée, école transformée, retraites revalorisées, logement facilité, aides sociales renforcées…

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Les chiffres pleuvent, les engagements s’accumulent et les lendemains meilleurs sont promis à grands renforts de milliards de dirhams. Mais une question, aussi simple qu’essentielle, s’impose : vivons-nous dans le même Maroc que ceux qui prétendent gouverner le Maroc de demain ?

Car le problème n’est pas de promettre. Le problème commence lorsque la promesse devient un outil de séduction électorale plutôt qu’un véritable contrat politique avec les citoyens. Et c’est là où le bât blesse.

À quelques semaines du scrutin, les partis rivalisent de chiffres et d’annonces. Un million d’emplois ici, plusieurs centaines de milliers de bénéficiaires là, des hausses de revenus, des réductions d’impôts, des investissements colossaux et des réformes qui semblent pouvoir être réalisées simultanément.

Mais derrière ces chiffres se cache une question beaucoup moins séduisante : combien ces promesses coûteront-elles réellement ? Et surtout, comment seront-elles financées ?

Promettre n’est pas gouverner

En effet, une promesse électorale n’a de valeur que si elle repose sur une vision, un calendrier, un financement et des indicateurs permettant d’en mesurer la réalisation.

Annoncer la création d’un million d’emplois ne suffit pas. Il faut préciser dans quels secteurs, avec quels investissements, dans quelles régions, sur quelle période et avec quels mécanismes de suivi. Faut-il rappeler que la promesse phare du RNI, alors au pouvoir, de créer un million d’emplois n’a jamais été tenue ? Bien au contraire, loin de reculer, le chômage s’est aggravé, venant ainsi rappeler l’écart flagrant entre les promesses électorales et la réalité du terrain.

Promettre une amélioration du pouvoir d’achat ne peut davantage se résumer à annoncer une hausse des revenus. Il faut expliquer comment elle sera financée, comment elle résistera à l’inflation et surtout quelle sera son incidence réelle sur le niveau de vie des ménages.

Même logique pour la santé et l’éducation. Dire que l’on va améliorer les hôpitaux ou l’école publique est politiquement facile. Mais comment et à quel coût ? C’est là tout l’enjeu.

Ceux qui promettent aujourd’hui doivent aussi répondre de leurs résultats d’hier. Le paradoxe est d’autant plus frappant que certains des partis qui promettent de transformer le quotidien des Marocains étaient au pouvoir durant cinq longues années.

La question est donc légitime : qu’ont-ils fait des engagements pris lors de la précédente campagne électorale ?

Avant de demander aux citoyens de croire à de nouvelles promesses, ne faudrait-il pas rendre des comptes sur les anciennes ?

Il ne s’agit pas de considérer qu’une promesse non tenue constitue nécessairement un échec. Une crise économique, une sécheresse exceptionnelle, une pandémie ou une évolution géopolitique peuvent évidemment modifier les priorités d’un gouvernement. Mais précisément, un gouvernement responsable doit fournir des explications.

La reddition des comptes ne consiste pas uniquement à dire « nous avons réussi » ou « nous avons échoué ». Elle consiste à expliquer pourquoi un objectif n’a pas été atteint, quels obstacles ont été rencontrés, combien a été dépensé et quelles mesures correctives ont été prises.

Il faut respecter l’intelligence des citoyens

Il serait également injuste de considérer les Marocains comme des électeurs naïfs, prêts à croire à toutes les promesses qui leur sont faites.

Le citoyen marocain n’attend pas que les responsables politiques lui décrochent la lune. Il demande surtout des résultats concrets dans son quotidien : un hôpital où il peut être soigné dignement, une école capable de donner à ses enfants une véritable chance de réussir, un emploi convenablement rémunéré, des transports efficaces, une administration qui fonctionne et un pouvoir d’achat qui lui permette de vivre dignement.

Autrement dit, l’État doit jouer son rôle pour garantir la qualité des services essentiels et ne pas laisser le citoyen otage du privé, comme c’est trop souvent le cas aujourd’hui.

Nous avons aujourd’hui besoin d’un véritable mécanisme permettant de distinguer une ambition crédible d’une simple promesse électorale.

Un mécanisme qui permette de suivre la transformation de la promesse électorale en contrat de performance. C’est ici que le Maroc pourrait franchir une étape importante dans la maturité de son débat démocratique.

Le principal défaut du système actuel est que la reddition des comptes n’est toujours pas opérationnelle au niveau souhaité. Il faudrait instaurer une reddition des comptes tout au long du mandat afin de mesurer la réalisation des engagements, et non attendre la fin du mandat pour dresser le bilan.

Ceci dit, au fond, le véritable enjeu des prochaines élections ne sera pas de savoir qui promettra le plus, mais qui est en mesure de réaliser et d’accepter de rendre des comptes sur ce qu’il a promis. Car une démocratie mature ne se mesure pas au nombre d’engagements annoncés, mais à la capacité de les transformer en résultats et d’expliquer, publiquement, pourquoi certains n’ont pas été tenus. Le temps est peut-être venu de passer de la promesse électorale au contrat de performance, et du discours de campagne à l’obligation de résultat.

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