Recueil des préjugés et des stéréotypes sexistes véhiculés dans les lycées : les principales conclusions de l’ADFM

Les résultats de l’étude « Recueil des préjugés et des stéréotypes sexistes véhiculés dans les lycées » sont sans appel : les lycées au Maroc ne sont pas exempts de sexisme. Les préjugés et stéréotypes sexistes étant encore largement véhiculés par tous les acteurs.
L’Association Démocratique des Femmes du Maroc (ADFM), célébrant son 40ème anniversaire et poursuivant son engagement pour la promotion de la culture de l’égalité dans le système éducatif, a présenté les principales conclusions du « Recueil des préjugés et des stéréotypes sexistes véhiculés dans les lycées ».
Réalisé dans le cadre de la dynamique « Pour une école de l’égalité » et du programme « Génération Genre » – un espace de réflexion et de partage entre les représentant.e.s du Gouvernement, les institutions nationales , la société civile et les jeunes lycéen.n.e.s et les partenaires de la coopération internationale– cette étude révèle les mécanismes profonds qui entravent l’épanouissement des apprenantes et apprenants et des garçons et perpétuent les inégalités au sein du système éducatif marocain.
Une étude au cœur des lycées marocains
Ce recueil est le fruit d’une recherche qualitative exploratoire menée par l’ADFM dans 13 lycées des régions de Rabat-Salé-Kénitra et Casablanca-Settat. L’étude a ciblé spécifiquement le cycle de l’enseignement secondaire qualifiant (15-19 ans), une période cruciale pour l’intériorisation des normes de genre les apprenant-e-s , les enseignant-e-s et le personnel administratif, un échantillon diversifié permettant de recueillir des opinions contrastées et représentatives.
L’objectif principal de cette étude est de se focaliser sur les préjugés et stéréotypes sexistes qui servent à légitimer les inégalités fondées sur le genre au sein des lycées et qui ont des répercussions directes et/ou indirectes sur les perceptions et comportements des apprenant.e.s et sur leurs parcours scolaires et professionnels.
Des constats alarmants : Le sexisme enraciné dans l’environnement scolaire
Les résultats de l’étude « Recueil des préjugés et des stéréotypes sexistes véhiculés dans les lycées » sont sans appel : les lycées au Maroc ne sont pas exempts de sexisme. Les préjugés et stéréotypes sexistes étant encore largement véhiculés par tous les acteurs. Cette étude dévoile :
- Des stéréotypes corporels et de personnalité : persistance de préjugés sur la « nature » physiologique des femmes, perçues comme physiquement plus faibles. Le corps des filles est également vu comme une « source de désordre » à contrôler, le harcèlement sexuel étant souvent imputé à leur tenue. Concernant les traits de personnalité, les femmes sont souvent associées à l’émotion et à l’empathie, tandis que les hommes le sont à l’affirmation et à la rationalité. Cette hiérarchisation influence fortement les choix d’orientation.
- Un discours sexiste en pleine reconfiguration : L’enquête a révélé l’émergence de nouvelles formes de sexisme, plus nuancées (« sexisme latent » ou « bienveillant »), particulièrement chez les enseignant.e.s et le personnel administratif. Ce discours intègre des éléments d’égalité pour légitimer des hiérarchies traditionnelles, les rendant plus difficiles à identifier.
- Un espace mixte, mais séparé : Malgré le principe de mixité, la non-mixité reste dominante dans les pratiques quotidiennes dans les lycées (positionnement en classe, activités sportives).
- Propension au sexisme en milieu rural et périurbain : Ces milieux présentent une adhésion accrue aux clichés masculinistes et à une rhétorique antiféministe, une tendance intériorisée par les garçons et une proportion significative de filles. Cette situation est liée à la vulnérabilité socio-économique et à une exposition limitée aux idées progressistes.
- Le poids de la matière enseignée : Les perceptions des enseignant.e.s sur l’égalité sont fortement influencées par leur discipline. Si la majorité promeut l’égalité des droits et des opportunités, les enseignant.e.s d’éducation islamique tendent à privilégier l’équité et la complémentarité religieuse. Cette divergence crée des tensions et des ambiguïtés chez les élèves.
- Les stéréotypes véhiculés dans les manuels scolaires : « transmission aveugle » des stéréotypes à travers les manuels scolaires. Les enseignant.e.s se limitent souvent au curriculum transcrit, ce qui perpétue des représentations sexistes (ex: figures féminines analphabètes ou soumises dans les œuvres littéraires).
- L’impact de l’environnement numérique : les espaces numériques sont identifiés comme des vecteurs majeurs de diffusion du sexisme, où les images, les influenceurs et les algorithmes peuvent amplifier les biais de genre.
Des recommandations concrètes pour une école de l’égalité
Le Recueil ne se contente pas d’un diagnostic. Il propose un ensemble de recommandations détaillées visant à transformer durablement le système éducatif en agissant sur les causes structurelles et les effets visibles des inégalités de genre.
Ces pistes d’action appellent notamment à :
- Renforcer l’égalité dans la législation éducative et créer des mécanismes de suivi contraignants.
- Soutenir et généraliser les campagnes de sensibilisation ciblées contre le sexisme et la violence.
- Revoir les curriculums pour des représentations plus équitables et former les acteurs de la vie scolaire à l’approche genre.
- Renforcer l’utilisation critique des espaces numériques scolaires par les élèves.
- Introduire des mécanismes d’évaluation régulière sensibles au genre et encourager les bonnes pratiques au sein des lycées.
- Impliquer davantage les garçons dans les campagnes de sensibilisation et établir des collaborations stratégiques avec la société civile.
L’école, pilier de l’égalité : Un engagement ancré dans l’histoire de la Dynamique
La publication de ce Recueil s’inscrit dans la continuité de l’engagement de la Dynamique « Pour une école de l’égalité », pilotée par l’ADFM et ses partenaires. Parmi les actions notables déjà menées figurent :
- La présentation en décembre 2022 du Mémorandum « Pour l’école de l’égalité entre les deux sexes » au Ministre de l’Éducation Nationale, du Préscolaire et des Sports ;
- Une rencontre et journée d’étude avec les parlementaires de la Commission Éducation, Culture et Communication de la Chambre des Représentants en décembre 2022 ;
- Le lancement d’une campagne de sensibilisation à l’échelle nationale en janvier 2023 et l’organisation d’une table ronde le 24 janvier 2023 à Rabat à l’occasion de la journée internationale de l’éducation ;
- Une étude analytique sur les stéréotypes et préjugés sexistes dans la vie scolaire publiée en février 2025 ;
- Une campagne de sensibilisation et l’organisation d’ateliers interactifs contre les stéréotypes de genre dans des lycées et maisons de la culture à Rabat, Salé ; Kénitra et Casablanca en mai 2025, des actions qui ont d’ailleurs mis en évidence l’engagement des jeunes observé sur le terrain en tant que force motrice de changement des mentalités.
Par le biais de la publication de ce Recueil et des actions à venir, l’ADFM et ses partenaires appellent l’ensemble de la société – institutions, société civile et familles – à s’unir pour édifier une école marocaine véritablement inclusive et équitable, ainsi qu’une société plus juste et où l’égalité des genres ne soit plus une simple aspiration, mais une réalité quotidienne pour chacun et chacune.

