Réformes et méformes

Écrit par Imane Bouhrara I
Améliorer, rendre plus efficace, plus équitable… bref il existe une pléiade d’objectifs attendus d’une réforme quel qu’en soit le secteur ou le sujet.
Une réforme efficace passe par le diagnostic, la concertation et des pistes d’amélioration auxquelles tout le monde adhère, du moins une majorité, pour en assurer le plein succès : un consensus qui ne fait que rehausser l’action politique, débattre démocratiquement avec authenticité et éviter la tyrannie de la majorité telle qu’éludée par Tocqueville. Et quelle majorité, en y reviendra.
Des réformes au Maroc, il y en a à la pelle mais pas toujours orientées dans le bon sens de la chose et où souvent le consensus passe à la trappe, provoquant des réactions pouvant aller jusqu’aux manifestations dans la rue. Le cas des professionnels de la santé en 2024 et bien d’autres.
Des protestations qui obligent le politique à se rétracter et de trouver un compromis en aval à défaut d’un consensus en amont.
Ce qui démontre qu’on est plutôt dans certains cas dans un processus de méforme, empêtrant des secteurs dans de mauvaises conditions, frustrant les professionnels et mettant le bazar plus qu’apportant des solutions concrètes. C’est ce qui arrive pour au moins dans trois secteurs ces derniers mois : les médias, les avocats et l’enseignement supérieur.
Pour plusieurs raisons d’ailleurs, pour ne citer que le calcul politicien et cette course contre la montre, le temps d’un mandat, pour augmenter son tableau de chasse.
Venons-en à la tyrannie de la majorité lorsque le pouvoir exécutif réduit le législatif à une caisse de résonnance ou un bureau d’ordre, entamant ainsi l’équilibre des pouvoirs.
Et quelle majorité ! Si l’on s’attarde sur le projet de loi n° 026.25 portant sur la réorganisation du Conseil national de la presse, le texte a recueilli 87 voix pour, 25 voix contre, dans une première chambre qui compte 395 représentants.
Soit que la majorité avance véritablement en ordre dispersé soit qu’elle ne cautionne pas totalement ce projet. Soit les deux tiers des députés étaient absents. En tous les cas, pour une réforme de cette taille pour le 4e pouvoir, ça fait tâche.
Guère mieux en deuxième chambre où l’on évoque un vote à l’unanimité. Mais de quelle unanimité parle-t-on en l’absence d’un consensus général, sans désaccord, alors que l’opposition s’était retirée. Surtout qu’en commission, le texte a été approuvé par six voix pour et cinq voix contre.
Une loi qui risque de faire d’un organe d’autorégulation, un organe d’autoflagellation. Pour celles et ceux qui n’aiment pas les journalistes, les professionnels cela s’entend, il est plus utile d’avoir une personne désagréable qui vous dise vrai qu’une personne conciliante qui enjolive la réalité.
J’aimerai plus que quelqu’un me dise qu’on fonce droit dans le mur pour dévier de trajectoire que de suivre à l’aveuglette celui qui me dira qu’il agit d’une haie qu’on peut sauter en voiture.
La fable de la Fontaine est là pour nous le rappeler : « Tout flatteur vit aux dépens de celui qui l’écoute ».
Aujourd’hui, les groupes d’opposition saisissent la Cour constitutionnelle.
Indépendamment de la résistance naturelle au changement, on est véritablement face à la politique politicienne sans profondeur ni conscience des conséquences de certaines lois. D’ailleurs certains ministres ont un parcours politique aussi long que le mien en nanochirurgie, c’est-à-dire aucun. Et agissent de fait dans l’hémisphère tel un éléphant dans un magasin de porcelaine.
C’est ce qui a fait que plusieurs réformes et chantiers cruciaux ont été menés en dehors de l’hémisphère par des commissions sans aucun enjeu politique, économique, financier ou social du moins… juste établir les piliers d’une réforme loin de la politique politicienne en espérant qu’elle soit efficace.
Il est vraiment temps de sortir de ce marasme et faire montre d’une véritable culture politique dans un État démocratique, qui priorise l’intérêt général sur l’intérêt personnel.
