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Reste à charge de l’AMO : le plan d’action d’Abdelkader Amara (CESE) face à une grille tarifaire obsolète

reste à charge Amara

Alors que le Maroc affiche une progression spectaculaire de sa couverture médicale (AMO), le Conseil Économique, Social et Environnemental (CESE), sous la voix de son président Abdelkader Amara, pointe du doigt une anomalie majeure : le décalage flagrant entre les tarifs réels des soins et une Tarification Nationale de Référence (TNR) figée depuis 2006. Pour l’institution, la véritable réussite de cette révolution sociale ne se mesurera pas seulement au nombre d’assurés, mais à la capacité de l’État à réduire le reste à charge des ménages à travers une révision urgente et un contrôle strict des prix de santé.

Le président du CESE a tenu de prime abord à rappeler la pertinence de la thématique débattue par le Conseil de la Concurrence :  » Politique de la santé au Maroc : Concurrence, Régulation et Gouvernance à l’ère de la Couverture Sociale Universelle » qui intervient, selon lui, à un véritable moment charnière pour l’avenir du système de santé national.

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Abdelkader Amara a mis en avant la dimension profondément sociale du projet. Il a ainsi expliqué que sous l’impulsion directe de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, le Maroc a su engager un chantier historique de généralisation de la protection sociale. Derrière les réformes administratives, le président a insisté sur l’impact humain de cette dynamique : en quelques années à peine, des millions de citoyennes et de citoyens marocains, qui vivaient auparavant dans la précarité de l’absence de toute assurance maladie, ont pu intégrer dignement le système national.

Pour illustrer le chemin parcouru, le haut responsable a brandi des indicateurs qui témoignent d’un changement de paradigme spectaculaire. Il a ainsi révélé qu’à la fin de l’année 2025, près de 88 % de la population — représentant désormais plus de 32 millions de personnes — bénéficient d’une couverture médicale active. Un bond de géant, quand on sait que ce taux stagnait à 42 % avant le lancement de ce grand chantier. Pour le président du CESE, il ne s’agit pas de simples statistiques, mais bien d’une transformation sociale majeure et d’une étape déterminante vers la consolidation définitive de l’État social marocain.

Enfin, réaffirmant l’engagement de l’institution qu’il dirige, Abdelkader Amara a rappelé que les enjeux liés à la santé et à la protection sociale occupent une place fondamentale et historique dans les travaux du Conseil. Il a conclu en rappelant que, depuis sa création, le CESE s’est constamment mobilisé pour le bien-être des citoyens en y consacrant de nombreux avis et études approfondies.

Il reconnaît que des efforts considérables ont été engagés ces dernières années pour renforcer et moderniser l’offre nationale de soins.

Le réseau hospitalier s’étend, de nouvelles infrastructures voient le jour, les centres hospitaliers universitaires se développent dans plusieurs régions et un vaste programme de mise à niveau des établissements de soins de santé primaires est déployé à travers le Royaume.

Cette dynamique est indispensable. Mais les infrastructures, à elles seules, ne font pas un système de santé. Encore faut-il disposer des femmes et des hommes qui les font vivre : médecins, infirmiers, techniciens et autres professionnels de santé.

L’effort de formation est engagé et les effectifs progressent. Le défi demeure néanmoins considérable et peut se résumer en trois impératifs : former davantage, mieux répartir et mieux retenir les compétences.

Former davantage, pour répondre à des besoins croissants.

Mieux répartir, pour réduire les disparités territoriales qui persistent dans l’accès aux professionnels de santé.

Et mieux retenir, car aux difficultés d’attractivité et de fidélisation que connaît le secteur public s’ajoute le départ d’une partie de nos compétences médicales vers l’étranger.

Pour le CESE, la réponse doit être globale : accroître les capacités de formation, améliorer les conditions d’exercice et les perspectives professionnelles dans le secteur public, et mettre en place des incitations adaptées pour assurer une présence durable des professionnels dans les territoires qui en ont le plus besoin.

Cette action doit s’appuyer sur de véritables cartes sanitaires régionales, fondées sur les besoins des populations et une connaissance actualisée de l’offre disponible, afin d’assurer une répartition plus équilibrée des établissements, des équipements et des professionnels de santé.

L’enjeu n’est pas seulement de disposer de davantage de moyens, mais de faire en sorte que ces moyens soient présents là où les citoyens en ont le plus besoin.

Cette exigence de proximité et d’équité nous conduit naturellement à la place de l’hôpital public dans le système de santé que nous construisons.

Pour le CESE, le renforcement du secteur public doit demeurer une priorité, tout en favorisant un développement coordonné et complémentaire du secteur privé, du secteur mutualiste et du tiers secteur à but non lucratif.

Il s’agit d’abord d’un impératif d’équité : l’accès à des soins de qualité ne peut dépendre ni du lieu de résidence ni du niveau de revenu.

Mais il s’agit aussi d’un impératif de soutenabilité.

Les travaux du Conseil ont mis en évidence un constat qui mérite toute notre attention : la majorité des dépenses de l’AMO est drainée vers le secteur privé de la santé, où le coût moyen de prise en charge d’un dossier médical est 5,6 fois supérieur à celui observé dans le secteur public, selon les données de la CNOPS.

Selon Amara, si l’élargissement de la couverture médicale se traduit principalement par une augmentation des flux financiers vers une offre privée plus coûteuse, sans renforcement parallèle d’une offre publique attractive et performante, l’équilibre financier du système pourrait, à terme, s’en trouver fragilisé.

Le président du CESE a par ailleurs mis le doigt sur des points qui fâchent : même lorsque les droits sont ouverts et que les soins sont disponibles, leur coût permet-il réellement à chacun d’y accéder ?

Selon la Cour des comptes, le reste à charge représentait, en 2024, près de 34 % des coûts effectifs des soins facturés, un niveau susceptible de conduire certains assurés à différer, voire à renoncer, à des soins essentiels.

Parmi les facteurs qui contribuent à cette situation figure le décalage entre les tarifs réellement pratiqués et la tarification nationale de référence (TNR), qui sert de base au remboursement des soins. Or, cette grille n’a pas fait l’objet d’une révision d’ensemble depuis 2006, hormis quelques ajustements intervenus en 2008.

Pour le CESE, la réduction du reste à charge doit constituer un indicateur central de réussite de la généralisation de l’AMO. À cette fin, le Conseil recommande notamment d’engager un plan d’action pour assurer la révision régulière de la TNR et renforcer le contrôle de son respect.

La question du médicament s’inscrit dans cette même exigence d’accessibilité financière, tout en soulevant des enjeux de maîtrise des dépenses de santé et de souveraineté sanitaire.

A cet égard, le Conseil recommande de renforcer la régulation des prix, de favoriser davantage le recours aux médicaments génériques et aux biosimilaires lorsqu’ils sont disponibles et de développer l’évaluation médico-économique.

Mais l’enjeu du médicament ne se limite pas à son prix. Sa disponibilité et la sécurisation de son approvisionnement constituent également des dimensions essentielles de notre souveraineté sanitaire.

Le renforcement des capacités nationales de production, la sécurisation des produits de santé essentiels et le soutien à la recherche et à l’innovation sont autant de leviers pour réduire nos dépendances et renforcer notre résilience face aux crises.

La souveraineté sanitaire ne signifie pas nécessairement tout produire sur notre territoire. Elle signifie disposer des capacités nécessaires pour garantir, en toutes circonstances, la disponibilité des médicaments et des produits de santé essentiels.

« Nous avons accompli une étape historique en élargissant massivement la couverture médicale. Il nous appartient désormais de faire de cette avancée une protection réelle et effective pour chaque citoyen », annonce A. Amara. Et d’ajouter : « La réussite de la généralisation de l’AMO ne pourra plus être appréciée au seul regard du nombre de personnes immatriculées. Elle devra aussi se mesurer à l’aune d’une question beaucoup plus concrète : chaque citoyen peut-il accéder aux soins dont il a besoin, au moment où il en a besoin, en bénéficiant d’une prise en charge de qualité et sans que leur coût constitue un obstacle ? »

C’est à cette exigence que doivent répondre, ensemble, les organismes d’assurance maladie, les établissements de santé publics et privés, les professionnels, les autorités de régulation et l’ensemble des acteurs de notre système de santé.

Un seul système, plusieurs acteurs, mais une même finalité : le citoyen.

 

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