Services financiers : la levée des fonds ne suffit pas à elle seule pour libérer les énergies en Afrique (Fettah)

Plus de 1.000 leaders du secteur financier africain, des décideurs politiques et des régulateurs sont en conclave à Casablanca pour prendre part à l’édition 2024 de l’Africa Financial Summit (AFIS 2024). Une édition consacrée sur les réformes structurelles nécessaires pour renforcer la résilience du secteur financier africain et lever les obstacles au financement des économies du continent.
Intervenant à la séance d’ouverture, Nadia Fettah, Ministre de l’Économie et des Finances a mis l’accent sur 3 aspects importants à savoir la fluidité, qui vise à améliorer la circulation des capitaux, à les orienter vers des usages stratégiques et à les rendre accessibles à tous; la solidité, qui concerne les fondations de notre système financier : régulation, gouvernance et résilience macroéconomique ainsi que la libération des énergies, en mobilisant des financements innovants pour répondre aux défis cruciaux de la transition écologique et de l’inclusion sociale.
Concernant le dernier axe, Fettah a précisé que pour transformer les défis en opportunités, l’Afrique doit libérer ses énergies latentes, qu’elles soient humaines, financières ou institutionnelles. « Cette libération est essentielle pour répondre aux besoins de financement croissants, soutenir la transition écologique, et bâtir un État social inclusif. La mobilisation massive des ressources, l’innovation financière et l’inclusion économique sont autant de leviers pour déverrouiller ce potentiel », a-t-elle souligné.
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Et d’ajouter « le financement des grands projets africains reste un défi central. Chaque année, l’Afrique doit combler un déficit de financement de 108 milliards de dollars pour les infrastructures et de 250 milliards de dollars pour répondre à ses besoins climatiques, selon la Banque africaine de développement. Pourtant, les instruments financiers adaptés, comme les obligations vertes, sont sous-utilisés. En 2023, ces instruments ont représenté 588 milliards de dollars à l’échelle mondiale, mais seulement 2 milliards de dollars ont été émis en Afrique ».
C’es pourquoi il est impératif dans l’optique d’attirer davantage de capitaux vers des projets durables, de renforcer les cadres réglementaires afin d’offrir transparence et sécurité aux investisseurs. L’émission croissante d’obligations vertes et sociales par des pays comme le Maroc montre la voie a précisé la ministre. La multiplication de ces initiatives pourraient transformer le continent en une destination privilégiée pour les investissements responsables.
La ministre a rappelé que des modèles innovants émergent déjà. Le cas de la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) qui expérimente des prêts concessionnels pour soutenir des secteurs stratégiques. Ces initiatives doivent être amplifiées et adaptées à d’autres régions du continent, créant ainsi un environnement monétaire favorable à l’investissement.
« Mais la finance ne doit pas seulement soutenir la croissance économique ; elle doit également renforcer l’inclusion sociale. Bâtir un État social inclusif est un impératif pour garantir l’accès universel à la santé, à l’éducation et à la protection sociale. Les plateformes numériques, combinées à des innovations comme la microfinance et les « Gender Bonds », peuvent jouer un rôle crucial. Ces derniers, en ciblant des groupes spécifiques comme les femmes entrepreneurs, aident à combler les lacunes en matière de financement inclusif », a insisté N. Fettah.
Elle rappelle que le secteur privé doit devenir un acteur central dans la mobilisation des financements nécessaires à la transformation du continent. « Actuellement, les investisseurs institutionnels africains gèrent environ 1 850 milliards de dollars d’actifs, mais moins de 3 % de ces fonds sont investis dans des actifs alternatifs comme les infrastructures ou les énergies renouvelables. Pour encourager ce type d’investissement, des réformes fiscales incitatives et des mécanismes de financement mixte (blended finance) doivent être mis en place », a souligné la ministre .
Autre moyen efficace de combler le déficit de financement, les partenariats public-privé (PPP). En associant ressources publiques et capitaux privés, des projets d’envergure peuvent voir le jour, tout en partageant les risques entre les parties prenantes. Des initiatives comme l’Africa50, qui finance des projets d’infrastructure stratégiques, montrent que cette approche peut être un puissant catalyseur de transformation, a rappelé Fettah.
Et d’ajouter « Enfin, la libération des énergies passe par l’investissement dans le capital humain. Avec 60 % de la population africaine âgée de moins de 25 ans, le continent dispose d’un réservoir unique de talents. Toutefois, ce potentiel reste largement sous-exploité. Pour maximiser cet impact, il est essentiel de réduire les obstacles à la formalisation des entreprises et d’élargir l’accès à la formation et aux opportunités économiques. L’Afrique doit également miser sur l’internationalisation de ses talents, en favorisant les partenariats avec les diasporas et en développant des réseaux transfrontaliers d’expertise ».
La libération des énergies de l’Afrique repose sur un effort collectif. Les gouvernements, les institutions financières et le secteur privé doivent collaborer pour maximiser l’impact des ressources disponibles. Il ne s’agit pas seulement de lever des fonds, mais de bâtir un écosystème qui catalyse l’innovation, renforce les capacités humaines et assure une croissance durable.
« L’Afrique a tout pour réussir : un potentiel démographique unique, des ressources naturelles abondantes et une capacité d’innovation sans cesse croissante. En libérant pleinement ces énergies, le continent peut s’imposer comme une force économique mondiale et offrir un avenir meilleur à ses citoyens. La route est ambitieuse, mais elle est aussi inévitable pour un continent résolument tourné vers l’avenir », a conclut la ministre.


