SIAM 2026 : l’agroécologie au Maroc en débat

L’agroécologie n’est pas un concept importé. Les intervenants au débat sur l’agroécologie lors du SIAM 2026 ont rappelé qu’elle est ancrée dans des siècles de savoir-faire au Maroc, dans la connaissance intime des terres, des saisons et des équilibres naturels que les agriculteurs transmettent de génération en génération.
Lors du Salon International de l’Agriculture du Maroc (SIAM) à Meknès, l’Agence pour le Développement Agricole (ADA), l’Institut National de la Recherche Agronomique (INRA) au Maroc, l’International Center for Agricultural Research in the Dry Areas (ICARDA), et l’Ecole Nationale d’Agriculture de Meknès (ENAM) se sont réunis sous l’égide du Réseau des initiatives agro-écologiques au Maroc (RIAM) et avec la collaboration d’expert.e.s de l’assistance technique du Programme Al Ard Al Khadraa / Terre Verte du Ministère de l’Agriculture, de la Pêche Maritime, du Développement Rural et des Eaux et Forêts (MAPMDREF) et financé par l’Union européenne (UE) pour poser une question fondamentale : qu’est-ce que l’agroécologie, ici, pour nous, au Maroc ?
L’agroécologie n’est pas un concept importé. Les intervenant.e.s ont rappelé qu’elle est ancrée dans des siècles de savoir-faire au Maroc, dans la connaissance intime des terres, des saisons et des équilibres naturels que les agriculteur.rice.s transmettent de génération en génération.
Aujourd’hui, cette approche prend une dimension innovante. L’agroécologie ne se limite pas à des pratiques agricoles : elle incarne une vision globale. Elle parle de biodiversité, de santé des sols, de respect de la faune et de la flore, de gestion rationnelle de l’eau et de préservation des systèmes agroforestiers. Mais elle porte aussi des enjeux sociaux et économiques essentiels, tels que l’équité, le développement des circuits courts et la création d’emplois durables.
Comme l’a souligné Rachida Mehdioui, Présidente du RIAM : « Au Maroc, où le changement climatique et la rareté de l’eau posent des défis majeurs, l’agroécologie est le levier naturel de résilience et d’éco-efficience. Elle garantit que les systèmes agricoles produisent non seulement de la nourriture, mais régénèrent aussi les ressources naturelles et renforcent les communautés rurales. »
Au Maroc, l’agroécologie n’est pas seulement une alternative : c’est une continuité, une adaptation et une opportunité pour construire un modèle agricole durable, ancré dans nos territoires et tourné vers l’avenir.
Pour Ghizlane Echchgadda, professeure à l’Ecole Nationale d’Agriculture (ENAM) « l’agroécologie est aussi un champ scientifique et de formation en plein essor, qui contribue à adapter ces pratiques aux défis contemporains de productivité et de sécurité alimentaire du Royaume ». L’ENAM s’inscrit dans le projet IBTIKAR aux côtés de l’Institut Agronomique et Vétérinaire Hassan II, l’Ecole Nationale Forestière d’Ingénieurs et l’INRA, pour réformer les cursus de formation agricoles et forestiers et encourager la recherche action et l’innovation autour de l’agroécologie.
Le programme Al Ard Al Khadraa / Terre Verte, du MAPMDREF et financé par l’UE, illustre concrètement ce potentiel : l’appui budgétaire européen a servi d’incitation à la plantation de 4 000 ha en semis directs et 4 100 ha en productions résilientes et plantes aromatiques et médicinales additionnels, venant s’ajouter aux efforts déjà engagés par le Ministère. La preuve, selon Jean Vignon, chef de l’assistance technique du volet agricole du Programme Al Ard Al Khadraa que « l’agroécologie n’est pas une niche mais un modèle à encourager et capable de se déployer à grande échelle ».
Pour Filippo Bassi, chercheur à l’ICARDA, qui accueille l’événement, se doter d’une vision partagée de l’agroécologie est une nécessité stratégique. « Comme pour l’agriculture biologique, dont la définition a été le socle de son essor mondial, cadrer ce que recouvre l’agroécologie pour le Maroc permettrait de tracer un cap clair, ancré dans les réalités nationales, et d’amplifier l’appropriation par tou.te.s les acteur.rice.s. »
A travers des débats ouverts entre intervenant.e.s et participant.e.s, l’événement a donc permis de construire collectivement une vision partagée de l’agroécologie : « Mobiliser l’innovation agronomique et sociale pour construire des filières courtes qui redistribuent équitablement la valeur aux communautés rurales, renforçant leur résilience et préservant l’environnement dont elles dépendent – pour les populations, et pour la planète. »
Dans cette définition, les technologies et innovations (anciennes ou modernes) sont les moteurs de la durabilité. Rachid Moussadek, Responsable scientifique du programme
1MHA de l’INRA s’exprimant en marge de l’événement, exprime dans ce sens le rôle crucial de l’agriculture de conservation comme « un tremplin sur lequel une transition agroécologique de masse peut s’opérer au Maroc, en accompagnant les agriculteur.rice.s avec des innovations pour un système agricole plus résilient, et ce en alignement avec la vision nationale d’atteindre un million d’hectare d’agriculture de conservation à l’horizon 2030. » Les approches biologiques sont jugées quant à elles adaptées aux systèmes agricoles où des primes de prix peuvent être obtenues (c’est-à-dire un prix de vente supérieur en contrepartie de leurs pratiques écologiques).
L’agroécologie, en tout cas, reconnaît le rôle critique des circuits courts, de la ferme à la table, pour redistribuer équitablement les bénéfices, en passant par l’autonomisation des moteurs du développement économique rural marocain : les coopératives féminines. Ainsi, la réussite de l’agroécologie se mesure autant au profit rural qu’à ses bénéfices pour l’environnement et le climat.
Le projet MountainHER, mené dans la région d’Azrou et présenté lors de l’événement par M. Bassi, a par exemple permis de générer quatre fois plus de revenus par hectare de céréales cultivées, une fois que tou.te.s les acteur.rice.s ont été alignés de la ferme à la table, mais aussi d’améliorer l’écologie de tout la chaîne de production.
L’événement du SIAM Meknès a réaffirmé le leadership du Maroc en matière d’agroécologie. En unissant recherche, politiques et initiatives locales, le pays trace une voie vers des systèmes agricoles durables qui équilibrent productivité, équité et protection de l’environnement. « La communauté agroécologique marocaine est déjà en marche –et chacun.e peut en faire partie. », conclut Soumiya Chbar, Cheffe de service des bailleurs de fonds internationaux à l’Agence pour le Développement Agricole.

