Soutenabilité de la dette : quels scénarios à horizon 2027 ?

Ecrit par Imane Bouhrara I
En attendant l’introduction d’une règle budgétaire ancrée sur la dette, envisagée dans le cadre du projet d’amendement de la loi organique relative à la loi de finances (LOF), quels scénarios retenus dans la programmation budgétaire triennale globale 2025-2027 face aux risques liées à la dette ?
Le niveau actuel de la dette reste soutenable et ce, compte tenu de sa structure saine dominée par la composante intérieure (75%) et de ses indicateurs de coût et de risque qui demeurent maitrisés et ce, comme en témoignent les analyses réalisées par plusieurs partenaires internationaux, notamment le FMI et la Banque Mondiale, affirme la programmation budgétaire triennale globale 2025-2027.
Selon la même source, les risques liés à la soutenabilité de la dette devraient être contenus grâce à la trajectoire de consolidation progressive du déficit budgétaire qui devrait être ramené à un niveau de 3% à partir de l’année 2026.
Cette évolution, couplée à une amélioration des perspectives de croissance, devrait permettre de reconstituer les marges de manœuvre pour assurer la pérennité des chantiers de réformes prioritaires de notre pays et pour pouvoir faire face à d’éventuels chocs futurs.
Ainsi et dans le cadre de l’analyse de soutenabilité de la dette du Trésor, des simulations ont été effectuées pour évaluer les trajectoires du ratio d’endettement. Ces analyses s’appuient sur les données historiques observées et les hypothèses du cadre macroéconomique retenues dans la PBT 2025-2027, notamment en matière d’évolution de la croissance économique et du solde budgétaire.
Les simulations reposent, en effet, sur la génération de plusieurs scenarios pour les variables clés autour de la tendance du scénario de référence correspondant à la PBT 2025-2027.
Cette analyse enrichit substantiellement l’appréciation de la soutenabilité de la dette du Trésor et fournit un éclairage sur les ajustements nécessaires à entreprendre en cas de besoin pour maintenir les finances publiques sur une trajectoire soutenable.
Ainsi, les simulations effectuées des trajectoires du ratio d’endettement montrent qu’à l’horizon 2027, ce ratio se situerait, avec une probabilité de 90%, dans un corridor entre 66,3% et 67,1% du PIB autour de la trajectoire du scénario de référence de 66,6%.
Les tests de sensibilité montrent que la dynamique de la dette est particulièrement sensible aux hypothèses de la croissance économique et aux niveaux projetés des déficits budgétaires sur la période.
Globalement, la trajectoire du scénario de référence, évaluée conformément au cadre macroéconomique retenu, devrait suivre, sur la période 2025-2027, une tendance baissière et maitrisée à moins de 70% avec une baisse annuelle moyenne de 1,1 point du PIB. Ainsi, le ratio d’endettement devrait passer de 69,5% du PIB à fin 2023 à moins de 67% en 2027, dans la perspective de le ramener à près de 65% du PIB à l’horizon 2030.
Impact des chocs climatiques sur la soutenabilité de la dette
Ainsi, et tenant compte de l’ampleur des impacts, des mesures mises en œuvre en 2022 et 2023 pour atténuer les effets de la sécheresse, sur aussi bien la croissance économique que le déficit budgétaire, une évaluation du ratio d’endettement sur la période 2025-2027 a été effectuée en combinant des chocs de même ampleur pour les années 2025 et 2026.
Les chocs déroulés se scindent en trois catégories avec un 1er choc qui porte sur la croissance économique avec l’hypothèse d’une perte de 0,4 point de pourcentage par an en 2025 et 2026, un 2ème choc sur le déficit budgétaire avec une aggravation de 0,7 point de pourcentage en moyenne par an, et un dernier choc qui combine ces deux premiers chocs.
Les résultats de cette analyse de sensibilité font ressortir qu’à l’horizon 2027, le ratio de la dette devrait enregistrer, par rapport au scénario de référence, une hausse de 0,4% du PIB pour s’établir à 67% pour le choc sur la croissance, de +1,3% du PIB pour atteindre 67,9% pour le choc sur le déficit budgétaire et de +1,7% du PIB pour s’établir à 68,3% pour le choc combiné.
Tenant compte de ces résultats, il ressort que la trajectoire du ratio d’endettement devrait maintenir sa tendance baissière même en cas de choc climatique lié à la sécheresse avec, toutefois, une ampleur moins prononcée que celle de la trajectoire du scénario de référence. Par ailleurs, les niveaux du ratio d’endettement resteraient inférieurs à la moyenne enregistrée durant les années 2022 et 2023 (70,5% du PIB).
En conclusion, la préservation d’une évolution maitrisée du ratio d’endettement sera assurée grâce à la poursuite de la trajectoire de la consolidation budgétaire prévue dans le cadre de la PBT 2025-2027. De même, l’introduction d’une règle budgétaire ancrée sur la dette, envisagée dans le cadre du projet d’amendement de la loi organique relative à la loi de finances, est de nature à renforcer davantage la soutenabilité des finances publiques.
Dépenses en intérêts et commissions se rapportant à la dette publique
En 2025, les charges en intérêts de la dette devraient augmenter de 8,9 Mds de DH ou 26,5% par rapport aux prévisions actualisées au titre de 2024.
Cette évolution, qui concerne la dette aussi bien intérieure (+8,1 Mds de DH) qu’extérieure (+0,8 Mds de DH), est due principalement à l’augmentation à la fois de l’encours de la dette et de son coût en lien avec la hausse des taux d’intérêt sur le marché domestique suite aux 3 relèvements successifs du taux directeur opérés par Bank Al-Maghrib entre septembre 2022 et mars 2023 et à l’international suite aux resserrements monétaires consécutifs ayant été opérés par la FED et la BCE dès le premier trimestre de 2022.
En 2026, les charges en intérêts devraient augmenter légèrement de 0,6% (+0,2 Mds de DH) avant de se stabiliser au même niveau en 2027, bénéficiant ainsi de l’assouplissement en cours des politiques monétaires et des conditions de financement.
