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Economie Nationale

Soutien au carburant : l’arbre qui cache « le gouvernement »

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Écrit par Imane Bouhrara I

La guerre au Moyen-Orient a tendu une belle perche pour le PJD pour réitérer ses critiques acerbes concernant la gestion gouvernementale de ce nouveau choc. Pour sa part, la CDT plaide pour un changement de politique afin d’en finir avec les « dysfonctionnements structurels profonds » dans le secteur des hydrocarbures. Un tir groupé auquel le gouvernement a essayé de répondre. Une réponse pourtant étriquée.

Au bout du 31e jour de la guerre au Moyen-Orient, donc un mois que le monde est sens dessus dessous, le gouvernement marocain a enfin tenu la première réunion de la commission ministérielle chargée du suivi des répercussions des tensions géopolitiques au Moyen-Orient sur l’économie nationale.

Sachant que les répercussions ne s’étaient pas faites tant attendre en particulier une hausse des prix du carburant opérée dès le 16 mars à laquelle le gouvernement a, une fois de plus, répondu par la mise en place d’un soutien « exceptionnel » aux professionnels du transport et une nouvelle hausse qui fait jaser. Sans oublier l’impact de la hausse de la facture énergétique sur les prix de manière générale, amplifié par les intermédiaires qui n’attendaient que ce chaos mondial pour sévir.

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D’ailleurs, les critiques continuent de pleuvoir sur la gestion du choc enclenché par le conflit au Moyen-Orient et qui s’est répercutée sur les prix au Maroc notamment les prix à la pompe qui ont progressé de 2 DH dès le 16 mars.

Voilà qu’enfin, le gouvernement réagit au climat de tensions au sein de la société marocaine dont le pouvoir d’achat trinque à chaque nouveau choc non anticipé, en amont de manière structurelle, ou non bien géré, en aval en tirant les leçons du passé et en déployant des mécanismes de contrôle de l’impact du soutien jusqu’au porte-monnaie des citoyens.

D’emblée le PJD, dont le secrétariat général a tenu sa réunion ordinaire le week-end, rappelle le gouvernement à sa responsabilité de garantir la libre concurrence et de lutter contre les monopoles, les accords et les collusions sur le marché des carburants afin de préserver les intérêts des citoyens et de maintenir la stabilité socio-économique.

Le PJD n’y va pas de main morte pour exprimer sa vive inquiétude de la gestion défaillante par le gouvernement des répercussions de la guerre notamment en ce qui concerne le marché des carburants et les hausses de prix simultanées.

Le Secrétariat général constate l’échec habituel de la communication du gouvernement et l’absence de communication responsable, franche et transparente avec le public.

Mais il ne s’arrête pas là. En effet, le PJD met à nu des déclarations contradictoires puisqu’après avoir reçu des assurances de la ministre de l’Énergie le 5 mars et après que le gouvernement ait salué les résultats économiques et financiers lors du Conseil du gouvernement du 12 mars, les citoyens ont été surpris par une hausse de 2 DH dans la nuit du 16 mars, appliquée simultanément dans toutes les stations-service.

Le PJD rappelle que cette hausse est bien plus élevée des prévisions de prix présentées le 13 avril 2022 par le ministre de la Transition énergétique et du Développement durable devant la commission des Infrastructures, de l’Énergie, des Mines et de l’Environnement de la Chambre des représentants, dans le tableau relatif aux prévisions des prix des produits pétroliers sur le marché intérieur par rapport au cours international du Brent.

Le Secrétariat général du PJD constate également la défaillance du gouvernement en matière de contrôle et son incapacité à faire respecter la libre concurrence, à lutter contre les monopoles et à prévenir les ententes illicites sur le marché des carburants.

Dans ce sens, le PJD tient le gouvernement et ses appareils pleinement responsables de leur absence totale dans ce domaine.

« Cette situation a entraîné une hausse simultanée des prix dans toutes les stations-service, signe que nous sommes désormais confrontés à un secteur monopolistique, déconnecté de toute activité économique menée dans le cadre de la liberté et de la concurrence loyale », déplore le PJD.

Le Secrétariat général constate également l’incapacité du gouvernement à assurer une répartition équitable et effective des subventions allouées aux professionnels du transport de marchandises et de voyageurs. Cela confirme la pratique persistante du gouvernement consistant à soutenir les grandes entreprises au détriment des groupes vulnérables et marginalisés dans divers secteurs.

Hydrocarbures : le gouvernement déclare-t-il forfait ?

La Confédération démocratique du travail (CDT), pour sa part, appelle carrément à un changement de cap, rappelant que ces « dysfonctionnements structurels profonds » dans le secteur des hydrocarbures suite à des choix opérés depuis les années 1990, notamment la privatisation progressive du secteur et, surtout, la libéralisation des prix intervenue en 2015.

La CDT ne blanchit pas entièrement le gouvernement de sa responsabilité actuelle à en finir avec ces dysfonctionnements puisqu’elle évoque des tensions récurrentes sur les stocks, des épisodes de rareté, notamment début 2026, qui interpelle sur la capacité réelle du gouvernement à sécuriser son approvisionnement énergétique dans un contexte géopolitique instable.

Elle pointe également du doigt le fait que chaque hausse des cours internationaux se traduit par une augmentation jugée « disproportionnée » sur le marché national, aggravant la facture énergétique des ménages et des professionnels.

Par ailleurs, la CDT réitère son appel à la relance du raffinage national, à travers la remise en activité de la raffinerie de Mohammedia, La Samir, une alternative qui permet d’augmenter capacités de stockage que la ministre de l’Energie n’arrive pas à atteindre sans Samir, et de réduire la dépendance aux marchés extérieurs.

Concrètement, autant de points sur lesquels le gouvernement n’a enregistré aucun progrès notable.

Ce n’est pas tant le temps de réaction qui dérange, mais la réaction elle-même

Certes, le gouvernement a bien fait de sortir de son silence et de rassurer l’opinion publique

Mais la question est celles des actions entreprises et qui ont été décrié en 2022 même. Donc, des mesures qui manquent d’innovation et d’audace politique et qui continuent à puiser et épuiser le budget de l’État.

Le PJD lui propose le plafonnement des marges bénéficiaires sur le marché des carburants, l’instauration d’une taxe exceptionnelle sur les profits excessifs des entreprises importatrices, stockeuses et distributrices de gazole et d’essence, et l’imposition d’un taux d’imposition de 40 % aux entreprises du secteur de la distribution de produits pétroliers, à l’instar du taux appliqué aux autres secteurs protégés, comme l’a recommandé le Conseil de la concurrence.

La CDT elle, propose de revenir sur la libéralisation des prix et l’introduction des mécanismes de régulation pour encadrer les marges et protéger les consommateurs, etc.

Mais quand on sait que les acteurs du secteur ne se conforment même pas à la loi sur le stock stratégique sans en être inquiétés, il est difficile de croire que le gouvernement oserait ne serait-ce qu’évoquer de telles initiatives.

D’ailleurs, le communiqué à l’issue de la réunion de la commission ministérielle présidée par le chef du gouvernement le 30 mars ne livre aucune réponse que les actions en faveur d’une véritable souveraineté énergétique qui réduise les expositions à la volatilité des prix due aux chocs externes comme des conflits ou des hausses vertigineuses des marchés mondiaux.

Près de 20 ans se sont pourtant écoulés depuis le lancement de la stratégie nationale de l’énergie en 2009, 10 ans depuis la libéralisation du marché des hydrocarbures et 5 ans que cet exécutif est aux commandes… résultats ? Il a fallu ce conflit pour démontrer par les faits que les actions menées en faveur d’une souveraineté énergétique, d’une diversification du mix énergétiques, de l’établissement d’un stock stratégique, et d’une concurrence saine sur le marché sont insuffisantes.

Autrement dit, le gouvernement apporte une réponse conjoncturelle qui avait suscité polémique par le passé.

De fait, la facture énergétique qui a certes continué à baisser jusqu’en 2025, revient sur les devants de la scène comme un goulot d’étranglement budgétaire, économique et sociétal.

Enfin, la réponse du gouvernement n’émane pas d’une vision globale ou un tableau de bord qui prend en considération l’impact du conflit sur d’autres secteurs.

La réunion s’est focalisée sur l’impact du conflit sur le volet énergétique, occultant d’autres aspects tout aussi importants.

En effet, si 20% de la production mondiale de pétrole transite par le détroit d’Ormuz, le commerce des engrais est affecté, ce qui est une opportunité, et l’hélium, ce qui est un risque à entrevoir pour l’industrie automobile (industrie des semi-conducteurs en particulier) notamment marocaine. Pour illustrer ce risque, le Qatar produit à lui seul entre 30 et 40 % de ce gaz nécessaire à la fabrication des puces.

Aujourd’hui, au 32e jour du conflit, l’espoir est que les négociations puissent aboutir à une désescalade et une ouverture du Détroit d’Ormuz.

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