Souveraineté Numérique : l’Audace Marocaine face au Choc de l’IA

À l’heure où le fracas des armes de haute intensité redessine les frontières et où l’intelligence artificielle (IA) accélère l’histoire, le monde bascule dans une ère d’incertitudes radicales. Entre fractures géopolitiques et compétition acharnée pour la maîtrise des supercalculateurs, l’IA n’est plus une simple évolution technique : elle est devenue le nouveau nerf de la guerre, un levier de puissance et le socle des souverainetés de demain.
Marrakech accueille le Gitex Africa du 07 au 09 avril dans son édition 2026. Cette édition a réuni plus de 50 000 participants, incluant des décideurs publics, des innovateurs, des investisseurs et des penseurs venus du monde entier. Cet événement s’impose désormais comme une plateforme stratégique incontournable où se dessinent les grandes orientations du futur numérique de notre continent et, au-delà, de l’équilibre technologique mondial.
« Les cartes du monde sont en train de changer. Cette recomposition ne concerne pas uniquement les frontières, mais aussi les rapports de puissance et d’influence : technologiques, militaires, scientifiques et économiques. », annonce Amal El Fallah Seghrouchni, Ministre de la Transition Numérique et de la Réforme de l’Administration dans son discours d’ouverture.
Deux nouvelles donnes bousculent aujourd’hui l’ordre international : le retour des conflits armés de haute intensité et l’accélération de l’intelligence artificielle (IA). Dans un contexte de fractures géopolitiques croissantes et de crises à répétition, l’IA devient à la fois un levier de compétitivité, un enjeu de souveraineté, un objet de régulation et une nouvelle manière de vivre et de gouverner.
Dans une telle configuration, le Maroc n’a jamais été un isolat : il se pense comme un passeur et un bâtisseur de ponts entre le Nord et le Sud, entre l’Est et l’Ouest. C’est dans cet esprit que le ministère de la Transition numérique et de la Réforme de l’administration entend poser un constat lucide et mobiliser ses parties prenantes, nationales et internationales, afin de structurer une trajectoire marocaine fédératrice en matière de nouvelle gouvernance digitale renforcée par l’IA.
Le narratif stratégique s’appuie donc sur un double paradoxe :
D’un côté, une appréciation critique concernant l’état actuel de l’ordre technologique international ;
De l’autre, une conviction affirmée que le multilatéralisme inclusif constitue la seule voie viable.
L’arrivée de l’intelligence artificielle accélère le changement du paradigme digital mais aussi sociétal.
L’IA peut également accélérer la fragmentation du monde et conduire au repli, sur fond de compétition exacerbée entre puissances pour dominer les chaines de valeurs de GPU et des supercalculateurs afin d’envisager de nouvelles méthodes d’analyse, de calcul et de décision.
Aussi, il est essentiel d’envisager une construction nouvelle et innovante de nouvelles alliances pour répondre aux défis globaux liés :
· À la paix ;
· À la prospérité ;
· Et à la stabilité.
Cette bataille est selon Amal Seghrouchni aussi une bataille d’investissements.
Les États-Unis mobilisent des moyens financiers considérables pour soutenir leurs champions technologiques. En 2023, plus de 67 milliards de dollars d’investissements privés ont été consacrés à l’intelligence artificielle, soit de loin le premier niveau mondial, auxquels s’ajoutent de grands programmes industriels comme le CHIPS and Science Act (280 milliards de dollars) destiné à renforcer la souveraineté technologique américaine.[1]
La Chine poursuit une stratégie industrielle tout aussi ambitieuse, intégrant pleinement l’intelligence artificielle à sa puissance d’État et à son objectif de leadership technologique d’ici 2030, avec plus de 100 milliards de dollars d’investissements publics et privés cumulés dans l’IA au cours de la dernière décennie.
L’Union européenne cherche de son côté à concilier innovation et régulation. Elle mobilise des instruments financiers majeurs, notamment le programme Horizon Europe (95,5 milliards d’euros) et le programme Digital Europe (7,5 milliards d’euros), tout en préparant un plan d’investissement pouvant atteindre 200 milliards d’euros dans l’intelligence artificielle.
« Dans ce contexte, nous sommes conscients que la compétition technologique mondiale est aussi une compétition d’investissements, de capacités industrielles et de souveraineté scientifique », tient-elle à rappeler. Notre ambition marocaine ne consiste pas à se positionner comme un poids plume face à des poids lourds. L’enjeu est d’inventer un nouveau jeu. C’est la troisième voie. C’est le pari technologique marocain au service du citoyen. C’est l’authenticité et la modernité.
Le pari technologique marocain est une initiative audacieuse qui consiste à démontrer qu’il est possible de construire une puissance technologique qui ne se définit pas par la domination, mais par sa capacité à fédérer, à mettre l’innovation au service du développement et du bien commun, à l’échelle globale.
Et dans cette perspective, il ne s’agit pas seulement de répondre aux défis du présent, mais déjà de préparer l’après. Car la prochaine révolution technologique se profile déjà : celle des technologies quantiques, entre autres. Le véritable temps long consiste à anticiper ce saut, pour commencer, ce qui transformera profondément les capacités de calcul, la cryptographie, la sécurité des données et les équilibres technologiques mondiaux.
Face au retour de la guerre mondialisée, qui montre que la technologie et l’intelligence artificielle sont devenues des instruments centraux de puissance, la souveraineté technologique est plus que jamais un enjeu stratégique majeur.
Dans ce contexte, les modèles dominants se structurent autour de logiques divergentes : le techno-libéralisme porté par les grandes plateformes américaines, le modèle chinois où la technologie est étroitement intégrée à la puissance de l’État, et une régulation européenne, parfois, en difficulté opérationnelle
Entre ces approches, le Maroc peut incarner une troisième voie du digital et de l’intelligence artificielle.
La troisième voie repose sur quatre piliers structurants :
· Une souveraineté technologique opérationnelle, orientée vers l’intérêt général et la transformation des secteurs stratégiques ;
· Une modernité authentique, fondée sur un digital et une intelligence artificielle adaptés aux réalités économiques, sociales et culturelles du Royaume ;
· Une puissance technologique d’équilibre, capable de relier l’Europe, l’Afrique et l’Atlantique dans la recomposition des rapports de force à l’échelle mondiale ;
· Et une boussole stratégique pour le dialogue international sur le digital et l’intelligence artificielle.
Par sa position géographique, la diversité de ses partenariats et sa tradition de dialogue multilatéral, le Royaume du Maroc dispose d’atouts uniques pour devenir une plateforme internationale de dialogue sur les grands enjeux de l’IA éthique donc moderne et authentique, à même de réunir des acteurs issus de différents modèles technologiques et de promouvoir une approche équilibrée entre innovation, souveraineté et responsabilité.
« En se positionnant comme puissance technologique d’équilibre, capable de relier l’Europe, l’Afrique et l’Atlantique dans la recomposition géopolitique en cours, le Royaume du Maroc offre plus qu’un hub, il offre un liant », explique la ministre de la transition énergétique.
